Sonic Youth

Daydream Nation

Daydream Nation

 Label :     Enigma 
 Sortie :    1988 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Ce disque est un tournant dans la longue discographie du groupe. Non seulement il est le dernier à sortir sur un label indépendant, mais surtout il semble clôturer un travail de 7 ans de carrière. "Daydream Nation" est un impressionnant monolithe où l'on retrouve le sens mélodique de "Sister", l'ambiance froide et l'unicité qui régnaient sur "Bad Moon Rising", et bien évidemment l'expérimentation sonore propre au groupe. Le titre d'ouverture "Teenage Riot" est un chef d'oeuvre mélodique et laisse place à un enchaînement de morceaux bruts et noisys, comme "Silver Rocket" et "Eric's Trip", et de longues plages atmosphériques comme "The Sprawl". L'utilisation du larsen est ici magnifiée, et le disque restera comme une référence de son utilisation comme créateur d'ambiance malsaine. L'apogée du disque est la trilogie finale de 14 minutes qui peut résumer le travail effectué ici et qui clôture la première période du groupe par le violent "Eliminator Jr". La suite sera plus rock.


Exceptionnel ! !   19/20
par X_Elmo


  "Daydream Nation" a été réédité tel quel en 1993 chez Geffen ; il existe également des versions CD et vinyl de "Daydream Nation"chez Blast First et SST.


 Moyenne 18.54/20 

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Posté le 24 novembre 2003 à 17 h 58

Particulièrement dur d'accès, cet opus de Sonic Youth se révèle, écoute après écoute, être un album richissime, qui promène l'auditeur entre noise brutal, et longues expérimentations atmosphériques....
On pense à une pop brutale, noisy et partiellement barrée, de longues plages instrumentales qui arrachent la tête ou reposent.....une longue thérapie sonique au but avoué de vous faire plonger dans la schizophrénie, empreinte d'un génie hors du commun, parsemée de morceaux cultes ou de riffs parfaits " 'cross the breeze", "total thrash", "hey Joni" sont manifestes de la magie qui émane du groupe, de sa toute puissance, de son génie.
Impressionnant de franchise, un opus majeur dans la discographie du groupe...
Parfait   17/20



Posté le 10 avril 2005 à 22 h 42

L'album qui me fit découvrir les (super)soniques new-yorkais.
Entre titres noisy pêchus ("Total Trash"), longues complaintes atmosphériques ("The Sprawl") et titres plus musclés ("Silver Rocket"), Thurston Moore et ses acolytes nous gratifient d'un des meilleurs albums du groupe. Aucune fausse note, les dissonances free-jazz les plus expérimentales du groupe servant admirablement la musique. Le dernier titre, véritable morceau de bravoure, célèbre la créativité artistique d'un groupe sans barrières, source intarissable d'inspiration pour une large frange du rock... Tout simplement, Sonic Youth est éternel.

Rien à ajouter, tant les albums du groupe et en particulier celui-ci, se vivent et ne se racontent pas...
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 20 août 2005 à 09 h 58

Cet album est un monument. Sans doute le monument rock des années 80. Une incroyable exploration du son électrique, mais aussi une critique acerbe de la société américaine à la fin des années Reagan. Dans ses précédents albums tels que Evol ou Sister, Sonic Youth avait inventé un nouveau langage musical à base de guitares distordues et d'harmonies venues d'ailleurs. Le groupe l'utilise ici pour concevoir une œuvre qui, de par sa cohérence, possède la majesté d'un poème épique, d'une odyssée par delà les limites du rock.

A l'entame du voyage, nous entendons quelques doux accords de guitare, et la voix de Kim Gordon, douce et implorante, comme celle d'une nymphe qui voudrait nous retenir captifs : "Miss me, don't dismiss me... spirit desire, we will fall". Et puis le rythme s'emballe, comme dans une fuite en avant. Et nous voilà embarqués sur des flots soniques houleux, où la tempête fait rage. De sa voix d'ado désabusé qui contraste étrangement avec cette fureur, Thurston Moore nous explique que nous sommes à la recherche de quelqu'un, "a man with a focus and a temper who can open up a map and see between one and two". Qui est donc cet homme providentiel, ce leader égaré ? Quand on sait que cette éblouissante chanson qu'est "Teenage Riot" devait d'abord s'appeler "Rock For The President", on devine l'allusion à une figure paternelle, garante des mythes fondateurs de la société américaine. Mais en fait, l'histoire veut que ce soit J Mascis, chanteur du groupe Dinosaur Jr, qui soit censé assurer ici les fonctions présidentielles, et se poser en successeur de Ronald Reagan...

L'ado américain des années 80 serait-il donc aussi déboussolé que Télémaque naviguant en quête de son père Ulysse ? Est-ce la conséquence d'un bellicisme absurde, celui qui avait déjà sévi au Vietnam et qui s'apprêtait à sévir encore dans le fracas terrifiant d'une "Silver Rocket" ? C'est sans doute une partie du message délivré dès le début de cet album aux résonances politiques évidentes. Sonic Youth était un groupe engagé, et Thurston Moore avait par exemple déclaré : "Avec Reagan, la signification de l'Amérique est morte. Il parle de paix ultime, mais l'image que l'on a de son discours est celle d'un champignon atomique". La 'Rêverie d'une nation' , c'est tout simplement le rêve américain qui tourne peu à peu au cauchemar.

Derrière ce rêve, il y a tout le dégoût et la frustration exprimés dans l'incroyable "The Sprawl". Chanson d'inspiration très stoogienne, tourbillon fangeux qui nous entraîne irrésistiblement et nous donne le vertige, comme s'il nous forçait à contempler le vide...
Et tout de suite après surviennent les riffs minéraux de "‘Cross The Breeze", qui se succèdent avec une rapidité implacable. Là, c'est la terreur sur laquelle viennent se briser les espérances. Ces deux chansons-là constituent un véritable piège qui, tel Charybde et Scylla, nous submerge d'une fracassante émotion.

Malgré les naufrages, le voyage continue avec "Eric's Trip". Lee Ranaldo chante qu'il "hait le passé", qu'il "emmerde le futur", que "le monde est terne, mais pas aujourd'hui". La perception du monde semble bien décousue, et la trame du temps se réduit comme peau de chagrin au moment présent. Pas de mémoire, pas de vision d'avenir ? De toute évidence, nous sommes à la dérive. Dans "Total Trash", une partie bruitiste d'anthologie simule les soubresauts d'une locomotive à l'agonie. Nous pouvons en apprécier les vertus métaphoriques puisqu'il est ici question des méfaits de la société de consommation. L'humanité réduite à un troupeau de consommateurs dociles, tels de modernes lotophages ? Les hommes transformés en pourceaux qui s'ébattent dans leur fange ? Non, il faut réagir, quitte à fuir encore : "Hey Joni, put it all behind you"...

Après le répit de "Providence", où un piano rêveur vient remplacer les guitares furieuses, "Candle" nous renvoie au symbole de la pochette. Un symbole de paix retrouvée ? Pas si sûr. Cette modeste flamme d'espoir se mue en feu destructeur dans " Rain King", effrayant morceau, d'une puissance cyclopéenne. Il faut échapper à ce ‘roi de la pluie' protéiforme, prêt à nous dévorer. Lee Ranaldo chante : "I hear this world, cool world, dreaming of a peaceful kiss". Etre à l'écoute du monde, certes, mais tout en restant sourd au chant des sirènes de "Kissability", évocation saisissante du culte de la célébrité à tout prix, du quart d'heure warholien.

Après avoir traversé ces épreuves, nous nous apprêtons enfin à toucher terre. La trilogie finale pointe à l'horizon. Au loin, là-bas, une cité merveilleuse, "The Wonder". Il s'agit probablement de New-York, la ville de tous les prétendants au rêve américain. Dans "Hyperstation", le climat se fait délétère, tendu comme un arc. Une menace sourde se fait sentir. Avant que "Eliminator Jr.", en une scène de délinquance urbaine, n'apporte la plus brutale des conclusions. Peur, fatalité, violence.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 09 septembre 2005 à 15 h 17

Un monument ! Voila ce qu'est ce Daydream Nation ! Un modéle de rock à guitares noisy, hardcore, pop, punk, free, libéré, aventureux, créatif... une fresque sonore grandiose. "Teenage Riot" nous emprisonne d'entrée avec son riff, ses changements de rythme et la voix tranquille de Thurston, lequel prend une intonation plus urgente, plus énervée, sur "Silver Rocket". Kim prend ensuite le chant sur "The Sprawl" et un "Cross The Breeze" rapide, une réussite de plus. Cependant, on n'est pas au bout de nos surprises, puisque Lee chante sur "Eric's Trip" et "Hey Joni", deux petites perles auxquelles sa voix apporte un petit plus non négligeable, ce coté mélodique et serein absolument magnifique. Entre ces deux chansons se place "Total Trash" avec Thurston de retour au chant, et là on comprend que quel que soit le chanteur ou la chanteuse, quelle que soit la structure du titre, la perfection frappera chaque titre de cet album de son sceau. Guitares dans tous les styles, voix au diapason, rythmique décousue et carrée à la fois, titres complexes et pourtant si évidents, bruit, mélodies, larsens, distorsions... On trouve tout dans cet opus. Tout s'imbrique de façon parfaite sous l'effet de la folie, du génie, du savoir faire de nos maitres bruitistes. Avec, cerise sur le gâteau, la "Trilogy" finale, longue de 14 minutes et se composant de 3 parties, annonciatrice de titres tels que "The Diamond Sea" sur l'album Washing Machine. Un album qui marquera l'histoire du rock.
Exceptionnel ! !   19/20



Posté le 15 septembre 2005 à 00 h 42

Je voue un culte à Sonic Youth : c'est un des groupes qui m'a donné envie d'en monter un moi-même (avec le Velvet bien sûr) !

Je vois "Daydream Nation" comme une œuvre à part entière, et si un album devait refléter au mieux ce que je ressens, ce serait celui-ci. C'est une création d'une richesse inépuisable et d'une intelligence mélodique impressionnante. La sauvagerie de Kim Gordon est mise au service de la virtuosité des deux guitaristes pour créer un assemblage expérimental bruitiste, dissonant, plein de trouvailles géniales, et qui est tout sauf du bruit ! Le larsen et la dissonance prennent ici toute leur force et leur sens, et font transpirer une ambiance malsaine magnifique.

Un album passionnant et grandiose, plein de rage, de mal être... Il faut s'accrocher au début pour certains, car c'est une musique complexe ; mais une fois rentré dedans, plus jamais on en ressort.

Incontestablement un des albums de ma vie.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 29 novembre 2005 à 13 h 04

Daydream Nation s'ouvre sur une introduction très trompeuse, bien que magnifique... En effet, on a à son écoute l'impression que Sonic Youth a laissé la partie pop de Sister prendre le dessus... Alors qu'en fait, bien que quelques touches pop subsistent ici et là, c'est le côté punk qui domine cet album. On le remarque à la fin de l'introduction et au vrai début de Teen Age Riot. Daydream Nation est tout simplement un monument du rock, l'album le plus souvent considéré comme étant le meilleur de Sonic Youth [cela dit je lui préfère les trois premiers albums...]. Il est vrai que jamais on ne trouve de point faible dans ce disque... Autant le dire, sa réputation n'est pas exagérée. L'album est la conclusion logique de la lignée EVOL/Sister et donc Daydream Nation: EVOL introduit avec son mélange de genres et d'ambiance, Sister pousse un peu plus loin et se concentre sur le pop et le punk, et Daydream Nation ne garde que ce dernier style. C'est ainsi le seul disque de la "trilogie" qui reste à peu près sur la même ambiance pendant toute sa durée , et cela le rapproche en un sens des premiers albums du groupe, Confusion is Sex et Bad Moon Rising, qui possédaient eux aussi une ambiance tout le long , alors qu'EVOL et Sister ont un son propre, malgré un mélange d'ambiances... Daydream Nation est donc symbolique à plus d'un point : c'est donc un certain retour aux sources, malgré la différence évidente entre tous les albums du groupe ; c'est aussi le dernier album de Sonic Youth des années 80 (si l'on excepte The White(y) Album, un peu à part) et le dernier album sur un label indépendant (toujours en exceptant The White(y) Album et les albums plus spéciaux...), le groupe passant deux années après sur la major Geffen ; de plus c'est le premier double album (en version vinyle seulement) du groupe... Pour en revenir à la musique, on pourrait peut-être dire que c'est sur ce disque que Sonic Youth démontre le mieux son fameux "chaos controlé" : expérimentations, larsens, dissonances, changements de rythme s'entremêlent avec les mélodies et différentes structures des morceaux ; la définition s'applique aussi parfaitement à la partie centrale de l'excellent Silver Rocket... Le groupe prend le temps de nous surprendre un peu avant la fin du disque avec un magnifique instrumental au piano, totalement déplacé dans le contexte et pourtant correspondant à l'ambiance du disque (je sais que ça peut paraître invraisemblable...), Providence... Avant de se replacer dans l'atmosphère de l'album. Cet "interlude" surprend l'auditeur qui était jusque là plongé dans l'ambiance générale assez homogène de l'album. Le disque se termine sur une géniale "Trilogy" en trois parties, durant 14 minutes... Ma préférence va ici à la partie b), Hyperstation, où l'on peut d'ailleurs entendre, avec un peu plus d'une quinzaine d'années d'avance, le riff qui ouvre Pattern Recognition, sur Sonic Nurse, en 2004. Sans aucun doute, ce disque est bien le monument dont tout le monde parle, et sa réputation n'est en aucun cas surfaite... Sonic Youth donne ici une démonstration de son art, et vous donne une véritable claque tant l'ensemble est réussi... Le terme chef-d'œuvre correspond parfaitement à l'album. Dans certains morceaux, le groupe change les tempos, les rythmes, dès l'introduction ! C'est le cas notamment dans 'Cross the Breeze', dont l'introduction est facilement constituée de trois ou quatre parties. On remarque aussi que l'on peut parfois utiliser dans ce disque le terme "mur de guitares"... Dans un sens, on peut donc aussi considérer ce disque comme un des précurseurs du mouvement shoegazing, même si bien sûr l'ensemble général n'a strictement rien à voir avec les vrais albums du mouvement (Loveless de My Bloody Valentine, Nowhere de Ride...). La pochette, elle aussi, est géniale, bien qu'extrêmement simple: tout est flou, on aperçoit une bougie qui semble fournir la lumière pâle apparaissant dans la partie droite de la pochette ; le nom du groupe et celui du disque apparaissent distinctement, mais eux aussi assez flous, comme si d'un moment à l'autre la bougie allait s'éteindre en laissant une image noire...
Un chef-d'œuvre (je me répète, tant pis).
Exceptionnel ! !   19/20



Posté le 12 décembre 2005 à 03 h 19

A ma connaissance, Sonic Youth est probablement de loin le groupe le plus représenté sur XSilence. Et honte à moi (après réflexion, non j'ai pas honte), je n'ai découvert ce groupe que bien tardivement - j'entends par découvrir, faire plus que dire 'ah oui j'ai déjà entendu deux chansons sur Réservoir Rock' - et lors de ma "phase d'initiation", le déclic est venu de cet album, Daydream Nation.

Pourquoi avoir choisi cet album pour commencer ? Je n'en sais rien. Par contre, ce que je sais c'est qu'il m'a donné envie d'en écouter d'autres. Car "Teen Age Riot", "Cross The Breeze", "Silver Rocket" et d'autres m'ont complètement électrisé pendant l'écoute de ce disque. Avec le recul, je me dis aussi que finalement j'ai déjà entendu ça ailleurs, mais en moins bien. Et vu la qualité et l'âge du groupe, ce n'est pas difficile de voir qui a copié qui.

Finalement, Sonic Youth, de ce que j'en sais aujourd'hui, c'est un peu l'âme de XS, un vrai groupe de rock indé (je vous entends d'ici : "merci d'être venu"). Bordel que c'est agréable.
Exceptionnel ! !   19/20



Posté le 10 juin 2006 à 11 h 23

Sonic Youth est sans doute le groupe le plus surestimé du milieu de l'indé (si on considère qu'il existe). D'accord il y a quelques très bons albums, et tout le reste est très honorable, mais de là à les aduler au point de les considérer comme les papes du rock indé. Un rock indé dont les ayatollah se fâchent tout rouge dès qu'on émet une vague critique négative à propose des new-yorkais.
Beaucoup de bruit pour rien, voila comment résumer en quelques mots Daydream Nation. Le mur de guitares n'est pas une mauvaise idée. Mais c'est UNE bonne idée. Ça passe pour une chanson ou deux mais de là à remplir un album entier. Une idée déjà exploitée à outrance sur Sister et surtout sur Evol (le seul album que je sauve de la période noisy des SY). Les parties chantées sont ratées. Ils auraient mieux fait de prendre des cours de chant plutôt que d'apprendre à tourner l'ampli à fond...
Des guitares !! Du bruit !! Des guitares !! Du bruit !! Ça ne cachera jamais le vide total d'une bonne dizaine de chansons fatiguées. Prenez en une minute et faites la tourner en boucle, vous tenez l'album au complet.

Et venez pas dire que j'ai rien compris parce que je l'ai pas assez écouté. J'ai insisté et ré-insisté. Conclusion : barbant et inintéressant.
Pas terrible   9/20



Posté le 09 décembre 2006 à 09 h 03

Avec Daydream Nation, Sonic Youth nous montre son style de prédilection et celui-là même qui les a rendus célèbres. En effet, comment passer à côté de titres exceptionnels tels que "Teen Age Riot" qui est la première piste de l'album et qui nous livre déjà une belle introduction de l'album. Il y a plusieurs façons d'apprécier cet album, des gens l'adorent parce que le côté sombre et ambigu leur semble mystérieux, alors que d'autres trouvent cet album exceptionnel car Sonic Youth est l'un des seuls groupes qui fait de la grande qualité musicale tout en réussissant (et ça, chapeau) à ne pas faire de leurs albums du vulgaire commercial. Avec des titres qui nous donnent un bon point de vue sur le sexe, la drogue et l'alcool, on trouve également dans la dernière chanson ("Trilogy") une très bonne qualité musicale et, bien que peu présente dans cette chanson qui en révèle trois cachées, vocale. Si Sonic Youth a su s'approprier plusieurs styles tout au long de leur carrière, ils font de celui-ci leur marque et leur signature et c'est cela qui démarque un groupe des autres c'est-à-dire réussir à se forger un style propre.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 27 septembre 2007 à 07 h 20

1988. Sonic Youth sort deux albums la même année : Ciccone Youth The Withey Album mais surtout Daydream Nation. Cet album est, pour moi, le plus exceptionnel non pas seulement de Sonic Youth mais aussi de tous les artistes qui existent. Exceptionnel mais aussi intemporel, car c'est le premier album du groupe que j'ai acheté. Première écoute : je découvre ce groupe, après avoir vaguement écouté "Kool Thing" c'est en me basant sur cette seule chanson que j'achète l'album. Ma première écoute me montre que c'est loin du style de Goo et ne me satisfait pas. Seconde écoute : plus approfondie cette fois-ci, je commence à apprécier cet album relevant du mythe pour moi c'est encore un bon album sans plus... Troisième écoute : encore plus approfondie, j'apprécie l'album dans son intégralité je l'adore tout simplement et puis je l'écoute régulièrement et à chaque écoute, j'apprends un peu plus à l'apprécier. C'est sans conteste un album à l'apogée de ce groupe exceptionnel, c'est le meilleur de tous. Meilleur que Daydream Nation ? Vous ne trouverez pas ; cet album est le plus grand de l'histoire de la musique. Il suffit simplement de se baser rien que sur une seule chanson et vous l'apprécierez. Mythique, exceptionnel, intemporel, excellent, parfait, incontournable, énorme, bruitiste, sale, rageur : aucun adjectif n'est assez fort, c'est tout simplement indéfinissable...
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 14 août 2008 à 16 h 41

Cet album majeur fête ses vingt ans cette année. Et pourtant, il n'a pas pris pas une ride! On pourra encore l'écouter dans cinquante ans sans penser qu'il date de 1988 ! C'est la force des chefs d'œuvres intemporels.

On a souvent qualifié Sonic Youth de groupe arty, expérimental. C'est vrai, ils sont dans la droite lignée d'artistes prestigieux qui ont donné ses lettres de noblesse à la Grosse Pomme : Television, Talking Heads, Patti Smith, Velvet Underground, Suicide... Mais, l'influence majeure du groupe new-yorkais vint d'un groupe moins connu, Mission of Burma, qui dès le début des années 80 posa les bases d'un genre nouveau : le rock noisy. Les guitares mélangeaient alors effets distordus, larsens et reverbs pour arriver à une sorte de chaos sonore. D'où le terme de noisy (bruyant). Là où Mission of Burma a fait fort, c'est en arrivant à intégrer des mélodies derrière ce déluge de bruit.

Sonic Youth a su capter l'héritage de ce groupe. Leurs premiers albums furent assez brouillons, manquaient de mélodies derrière le brouhaha sonique. Mais à partir de Evol (1986), les structures évoluèrent vers des compositions plus mélodiques. Les voix de Kim Gordon et de Thurston Moore faisaient écho à un mur de guitares désormais audible. En déstructurant, cassant volontairement les codes habituels de la musique binaire, ils arrivaient à un résultat surprenant. Des compositions comme "Tom Violence", "Shadow of a Doubt", "Green Light", "Schizophrenia" exaltent le côté mélodique du groupe tandis que d'autres comme "Expressway to Your Skull" ou "Master-Dik" démontrent une démarche volontairement expérimentale.

Sonic Youth, après les albums Evol et Sister finit donc par clôturer une sorte de trilogie avec Daydream Nation. Ce manifeste posa alors les bases définitives de l'indie rock américain, une musique intransigeante, novatrice, expérimentale et qui sent l'énergie de la révolte. Rien que ça ! Car Daydream Nation est un album rageur, dont le thème principal est la dénonciation de la politique injuste de Ronald Reagan qui laissait des millions d'exclus au bord du chemin.

"Teen Age Riot" commence doucement par des accords bizarres de guitares puis s'accélère brusquement pour finir dans un magma sonore. "Silver Rocket" ressemble beaucoup dans sa structure à "Teen Age Riot". Thurston Moore y est rageur dans sa façon de chanter. Sur "The Sprawl", là aussi, on peut entendre Lee Ranaldo se déchaîner à la guitare. Vient pour moi le chef d'oeuvre de l'album et un des sommets du groupe, "'Cross The Breeze". Cela commence tout doucement, avec des arpèges lents et harmonieux. Puis, les guitares s'emballent, provoquant un déluge sonique. Cet instrumental est prodigieux par sa construction. Après deux minutes trente, Moore déploie à nouveau cette rage pendant près de deux minutes pour terminer par un nouvel instrumental aux ambiances crépusculaires. Après l'orage, le déluge...

"Total Trash" est à l'image des premiers albums de Sonic Youth. C'est un bricolage sonore, sans queue ni tête et qui peut dérouter. Il précède "Hey Joni" qui reprend là où "'Cross The Breeze" nous avait laissé. Ici encore, c'est une lutte acharnée entre arpèges bien sentis et accords barrés. La suite du disque est ponctuée de sursauts instrumentaux dans lesquels le groupe insère des samples et des bruits bizarres ("Providence") en alternance avec des comètes soniques ("Candle", "Kissability"). L'album se termine par une "Trilogy" monumentale qui synthétise parfaitement le génie de Sonic Youth. De longs instrumentaux noisy entrecoupent la fougue de Thurston Moore sur une longueur de quatroze minutes! Le final est étourdissant.

Daydream Nation est la bande-son idéale de New-York. Ses bruits, sa fureur, ses angoisses, ses vapeurs, tout y est condensé dans l'un des albums étalons de l'indie rock américain.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 27 novembre 2010 à 03 h 15

La toute puissance de Daydream Nation tient pour moi en trois points principaux. Tout d'abord, son énergie débordante, fraîche, adolescente, inépuisable, affichée dès l'hymne absolu qu'est "Teen Age Riot", servi par une intro langoureuse avec vocaux susurrés de Kim Gordon et enivrants arpèges atmosphériques, avant que ne débarquent Thurston Moore, son chant plus vindicatif et un riff légendaire. Les riffs, voilà le deuxième point : Daydream Nation est peut-être le plus grand recueil de riffs géniaux que je connaisse. Ils sont partout, merveilleux, texturés, frénétiques, ébouriffants, toujours aussi jouissifs après des dizaines d'écoutes. Pas un seul morceau n'en est dénué (bon, d'accord, "Providence"...). Daydream Nation est un album érigé tout entier à la gloire de la guitare électrique, sans la connotation beauf/hardos qu'on pourrait lui associer, mais comme une ôde à l'aventure juvénile, à l'ennui transcendé en créativité, à la cool-attitude sans bornes... Sonic Youth n'a eu en effet de cesse de rendre son noise rock plus abordable d'album en album, depuis 1982. Cette optique atteint ici son apogée, les morceaux ne sont plus balancés en brouillons pour être peaufinés en live par la suite, c'est l'inverse, la bande new-yorkaise nous les livre ici en pièces d'orfèvrerie, et pour marquer le coup, elle nous en file deux fois plus, la pochette à la bougie renfermant en effet un double album (ce qui n'est pas des plus évidents en version CD mais c'est bien le cas). Et malgré cette orientation plus accessible, Sonic Youth parvient à barder son offrande de breaks noise tout en improvisations guitaristiques extatiques, le tube "Silver Rocket" démarrant ainsi sur les chapeaux de roues pour nous balancer dans cette orgasmique crevasse bruitiste que l'on recroisera encore plus loin avec le même délice. Au cours des soixante-dix minutes de l'album, le groupe parvient également à tenir le même rythme, à enchaîner les tueries absolues, inscrivant chaque titre dans la légende avec la même ferveur qu'un musculeux tailleur de pierre burinant sans relâche dans une pluie de sueur, que dis-je, une orgie phéromonale (oui : j'aime à placer de scabreuses allusions homoérotiques dans mes chroniques). Dernier point de mon navrant exposé : l'ambiance. On retrouve la couleur vert-de-gris de la pochette dans les sonorités purement métalliques de l'album, cette virée urbaine où il vaut mieux aller vite à en entrer en fusion plutôt que de prendre la rouille. Et pourtant, rien de lumineux dans tout ça : si l'on va vite c'est forcément pour fuir quelque chose, les menaces sont partout, certains passages sont franchement sombres même si un certain optimisme dans la désillusion finit toujours par poindre. Ce futur si terrifiant qu'on nous promettait n'est pas arrivé, mais en fait si, il s'est lentement insinué dans la réalité et il faudra collages sonores et expérimentations bruitistes pour le dévoiler lors d'un court instrumental ambient noise : "Providence", révélation post-apocalyptique vertigineuse et cruellement mélancolique. Que faire d'autre, après, que de chasser cette vision cauchemardesque, reprendre la route, gratouiller sa guitare à n'en plus finir, toujours plus vite, jusqu'au au point final punk ?
Exceptionnel ! !   19/20







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