Sonic Youth

Evol

Evol

 Label :     SST 
 Sortie :    1986 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

"Evol" est le quatrième album de Sonic Youth, et le premier pour Steve Shelley (le batteur).
L'excellent "Tom Violence", mélancolique, dynamique et émouvant, nous introduit dans le monde hétéroclite et inquiétant d' "Evol". Puis "Shadow Of A Doubt" balance tranquillement son angoisse lancinante, tandis que "Starpower", au groove froid et efficace, hésite entre espérance fragile et tristesse inavouée. "In The Kingdom #19" est un surprenant et efficace morceau de free-noisy-rock, sur lequel Lee alterne à merveille vers parlés et chantés. C'est alors que l'angoissant et dissonnant "Green Light" surgit, tel un démon sonique jaillissant de sa boîte à supplices, comme pour souhaiter une "Death To Our Friends", instrumental tragique et groovy, comme étant la fin inévitable d'une course-poursuite endiablée et incontrôlable. "Secret Girl" est magnifique, entre désespoir larsenique et romantisme expérimental, tandis que "Marilyn Moore" tâtonne dans les méandres soniques d'un esprit lent et torturé. Soudain, le grandiose "Madonna, Sean And Me" (qui n'est autre que le fameux "Expressway To Yr. Skull") perce le désespoir de l'humanité dans une magnifique explosion, après une tension haletante éreintante. Enfin, le rigolo et rock'n'roll "Bubblegum" clôture "Evol" comme un cheveu sur la soupe, mais dans la joie et la bonne humeur.
Conclusion : on trouve dans "Evol" du tout bon des trois albums précédents de SY, mais aussi (et ce, en exclusivité !) du tout bon des deux suivants... Bref, "Evol" vraiment très bien, et loin, et puis longtemps, en plus...


Excellent !   18/20
par X_Shape104


  "Evol" a été réédité tel quel en 1994 chez Geffen.


 Moyenne 18.43/20 

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Posté le 14 décembre 2003 à 12 h 03

Cet opus n'est surement pas le plus accessible des albums de Sonic Youth.
Toutefois, il reste l'un des plus intéressants, oscillant entre expérimentation furibarde (in the Kingdom #19), rock noir, de facture plus classique (...selon les canons sonicquiens, ce qui amène une nuance non négligeable, naturellement), ou même traits de lumière dans un paysage souvent apocalyptique (starpower entre autres). Remarquable, mais pas forcement évident...ce que l'on n'a d'ailleurs jamais demandé à Sonic Youth, qui n'ont d'ailleurs jamais rien demandé au moins comme ça tout le monde est content. Disons que ce n'est pas la meilleure porte d'entrée pour le néophyte.
Très bon   16/20



Posté le 01 mai 2004 à 21 h 43

"Evol" de Sonic Youth, c'est un peu comme le "Surfer Rosa" des Pixies, ou un album de A Silver Mount Zion. En fait, on comprend pas trop pourquoi, mais il y a tout un paradoxe d'émotions, une espèce de malaise agréable.
Sauf que cet album en particulier est profondément déroutant tellement il vous prend aux tripes. C'est un poème qui vous récite avec un pragmatisme effrayant la réalité d'un quotidien de merde.
Sans vouloir effrayer, il est évident que cet album compte parmi les plus bruts et les plus sombres de Sonic Youth.
Pour autant, il n'en demeure pas moins sublime et subliminal, touchant, efficace et rageur. Une vraie perle à ne pas mettre entre toutes les oreilles.
Parfait   17/20



Posté le 28 novembre 2005 à 19 h 46

EVOL (Love, à l'envers) est le premier album de Sonic Youth où l'on peut vraiment considérer les pistes comme des morceaux à part entière... Le groupe livre ici dix magnifiques morceaux , qui même s'ils ne sont pas aussi "soudés" entre eux que ceux des albums précédents (les morceaux de ces albums étaient presque tous des piliers indispensables à l'ambiance générale de l'album), forment le son de l'album, et n'en restent pas moins excellents. On peut entendre le son de l'album dès les premières notes du premier morceau du disque, Tom Violence, avec sa guitare électrique qui tranche radicalement avec les premiers albums... Les morceaux sont malgré ce son propre au disque très différents les uns des autres ; on peut le remarquer dès Shadow of a Doubt, second morceau de l'album: la plus grande partie se fait dans un calme étonnant, avec une Kim Gordon qui murmure ses paroles, et des instruments qui restent discrets en arrière-plan, jusqu'à l'explosion: tous les instruments se réveillent alors, et le chant se fait à pleine voix... Le morceau revient ensuite au tempo et au calme du début. Nouvelle variation, puisque la troisième piste fait plus "punk". On oscille donc entre de nombreux styles, et même de nombreuses ambiances (le disque se fait calme sur Shadow of a Doubt, mais haletant sur In the Kingdom #19 ; très sombre sur Marilyn Moore et beaucoup plus "joyeux" sur Expressway to yr Skull (joyeux est à mettre entre guillemets au vu des paroles) ; plus "pop" sur Tom Violence ou Green Light et plus punk et répétitif sur Star Power...) ; malgré ce contraste qui est en fait une des forces du disque, on trouve un fil directeur, une ambiance unique ici, si l'on excepte le dernier morceau, Bubblegum (je crois qu'il a été rajouté en bonus et qu'il ne faisait pas partie de l'édition originale ; à son écoute on le comprend), qui (avis personnel) correspond plus à l'ambiance "rock&roll" de Goo, sorti en 1990 ... A chaque morceau, le disque surprend l'auditeur : on note par exemple une énorme différence entre l'instrumental Death to Our Friends, très rock, et Secret Girl, qui le suit, petite merveille piano-voix... Malgré tout, quelque soit l'ambiance d'un morceau, Sonic Youth continue les dissonances, les expérimentations, notamment dans l'introduction de Secret Girl, ou durant les dernières minutes de Expressway to yr Skull (extrêmement répétitives mais très intéressantes ; il faut noter que le vinyle d'origine était doté d'un système qui faisait durer cette partie à l'infini...). Troisième album parfait, donc, malgré quelques passages un peu plus bas que d'autres (par exemple sur Bubblegum ; à la réflexion c'est peut être en fait le seul), mais d'autres tellement géniaux que le 20/20 s'impose, forcément.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 14 octobre 2006 à 21 h 23

Quatrième disque enregistré en studio par Sonic Youth et quatrième batteur en la personne de Steve Shelley. On en a fait du chemin depuis Sonic Youth avec une constance déjà phénoménale et une créativité folle qui s'affirme de plus en plus que ce soit dans l'option 'maximal violence' prise avec Confusion Is Sex ou le voyage à la lumière d'un Bad Moon Rising, tous deux porteurs de morceaux et d'ambiances riches et denses.

Cet effet se produit également à l'écoute d'Evol, absolument renversant, pour moi, l'album à la fois le plus abouti et percutant de Sonic Youth. En plus d'une assise rythmique remarquable (ce qui n'est pas nouveau chez Sonic Youth), on sent que la présence de Steve Shelley derrière les fûts permet au reste du groupe d'explorer de nouveaux territoires vierges. Le disque est une succession de courbes, de figures, de droites, de changements de plans, bref, géométriquement et algébriquement, on voyage de repère en repère sans que l'étape de calcul de la matrice de passage soit fastidieuse ou quoi que ce soit d'autre. On entre dans une espèce de quatrième dimension à l'écoute de chaque morceau comme on pourrait le faire en écoutant le disque d'un trait.

"Evol" pour "Love" à l'envers. Essayez de prononcer pour voir... Ah oui, ça sonne comme "Evil" mais l'arrondi du 'o' permet de rentrer le cercle mystérieux de l'intensité du fait d'aimer sans être heurté ou quoi que ce soit de désagréable. Juste remué par la puissance de ses sentiments et la capacité d'abstraction qu'ils nous donnent... Parfois, il suffit de retourner les choses gentiment pour qu'elles dévoilent l'étendue de leur beauté.

Et que dire de la suite des aventures de Sonic Youth quand on sait que 20 ans après, ils sont toujours prompts à restituer l'atmosphère de nouveaux territoires ?
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 08 décembre 2006 à 13 h 22

Evol est une révolution, avec des mélodies aux guitares ambiguës, on retrouve bien le style de Sonic Youth que l'on retrouvera plus tard sur Daydream Nation. Avec des chansons aux solos un peu 'sales' et 'désordonnés' telles que "Tom Violence" qui ouvre bien le disque et nous met tout de suite dans l'ambiance ou bien "Star Power" où Kim Gordon chante avec une voix sublime. D'autres chansons illustrent bien Evol, pour en citer quelques unes, il y a "Madonna, Sean And Me" ou bien "Marylin Moore". Sonic Youth est certainement le groupe le moins commercial qui soit avec les titres présentés précédemment et surtout "Madonna, Sean And Me" qui dure près de 7 minutes (le public débile n'achèterait jamais ça !). Quoi qu'on en dise, Evol n'est certainement pas non plus le meilleur album de tous les temps étant donné que ce n'est même pas le meilleur du groupe (normal vu que c'est Sister ou Daydream Nation). "Shadow Of A Doubt" est également un titre qui tient à cœur et qui est à la bonne image du groupe.
Excellent !   18/20



Posté le 16 avril 2007 à 21 h 31

Evol, soit LOVE à l'envers. Mais pourquoi ce titre ambigu ? Mais pourquoi cette pochette sauvage, où une femme au visage déformé par la rage nous fusille du regard, prête à nous agresser ? Faut-il donc prendre l'inversion de LOVE au premier degré, ce disque renferme-t-il la haine ? Déjà l'album intrigue, déjà l'album se pare d'un mystère que seules plusieurs écoutes approfondies pourront percer.

Je me souviens de ma première écoute. "Tom Violence" arriva, les autres morceaux s'enchaînèrent et le disque s'acheva - mécaniquement, froidement. Comme si de rien n'était. Aucun sentiment n'avait empli mon âme lors de cette écoute, si ce n'est de la frustration: j'avais dû manquer quelque chose, il ne pouvait en être autrement, me disais-je. Je réécoutai le disque: après tout, deux ou trois écoutes sont parfois nécessaires pour apprendre à apprécier un album. Ainsi "Tom Violence" arriva de nouveau, les autres morceaux s'enchaînèrent de nouveau et le disque s'acheva de nouveau - mécaniquement, froidement. Frustration, de nouveau. Les jours suivants, je réitérais l'opération un nombre incalculable de fois, dans des états d'esprit différents afin d'être bien certain que mon appréciation n'était pas faussée par une quelconque saute d'humeur. Mais non, le scénario ne changeait pas. Certes, je reconnaissais de la qualité à ces chansons, mais je ne ressentais rien à leur écoute. Il y avait là quelque chose de froid, qui gelait tout sentiment naissant, il y avait là une retenue dans la manière de jouer de la jeunesse sonique qui empêchait les guitares d'allumer cette petite étincelle capable d'embraser toute la cervelle de l'auditeur - comme c'est le cas pour Sister, modèle du genre. "Tom Violence", "Star Power", "Secret Girls", "Marylin Moore"... tous ces morceaux s'annonçaient prometteurs mais ne décollaient jamais. Seul "Madonna, Sean And Me" s'achevait dans un déluge jouissif de guitares, mais mon écoute n'allait plus jusque-là: l'album était désormais abandonné sur mon étagère à la merci de la poussière.

Puis, un jour, une amie me reparla d'Evol. L'envie me saisit de réécouter la chose, qui m'avait semblé si terne mais dont paradoxalement je reconnaissais la qualité. Je le fis et compris enfin ce disque: tout n'y est que rêve et désir. Pour preuve, le mot "dream" qui vient hanter deux chansons, à savoir "Tom Violence" et "Shadow Of A Doubt", et cette lumière verte, cette "Green Light", qui est trop mystérieuse, trop éblouissante pour être réelle. Irréelle, c'est aussi le cas de l'invisibilité dont peut jouir Kim Gordon. Nous sommes donc plongés dans des rêves - qui peuvent devenir cauchemars dans "Death To Our Friends" -, d'où l'ambiance étrange, presque déconcertante et troublante, de cet album. Mais un rêve est la réalisation d'un désir, ainsi les désirs viennent eux-aussi hanter l'album, à l'image du "frustrated desire" de "Marylin Moore". Des désirs malsains, dont la satisfaction ne peut déboucher que sur la violence, comme dans "Tom Violence", "Shadow Of A Doubt", "In The Kingdom" ou "Madonna, Sean And Me": "you kill him and i kill her", "we're gonna kill the California girls", ce qui explique la retenue du groupe sur certains morceaux. Evol restitue donc un monde composé de deux parties: une partie imaginaire où se croisent, s'entremêlent rêves et désirs, et une partie réelle où ces rêves et ces désirs causent frustration et violence. Ainsi, cette musique est terriblement humaine. Comment n'ai-je pas pu le comprendre plus tôt ? Mes rêves et mes désirs n'étaient pas encore assez intenses. Six mois après ma première écoute, ils ont grandi et se sont retrouvés dans Evol. Evol est un miroir: pour voir, il faut que l'auditeur présente quelque chose à refléter. Sonic Youth signe là une véritable prouesse, et au passage son meilleur disque, parce que le plus subtil, parce que le plus profond.

Mais alors, pourquoi cette pochette ? Parce que la réalité ne permet pas la réalisation des désirs de cette femme, la voilà torturée, rongée de l'intérieur, laissant grandir la violence. Mais alors, pourquoi Evol ? Présentez LOVE à un miroir et EVOL apparaitra.
Intemporel ! ! !   20/20







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