Bob Dylan
Highway 61 Revisited |
Label :
Columbia |
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'Something is happening here, but you don't know what it is'. La meilleure chronique possible de ce disque, la plus juste, la plus complète, la plus belle, devrait s'arrêter là, à cette phrase adressée à un certain Mr Jones. Phrase qui résume tout. 'Something is happening here, but you don't know what it is'. Le choc, l'excitation, l'incompréhension, la révolution... tout est dit, sous-entendu. Oui je devrais m'arrêter là... Mais j'en ai déjà trop dit et pas assez. Continuons.
Nous sommes en 1965. Bringing It All Back Home. Bob Dylan vient d'électrifier son folk. Crise d'urticaire chez les folkleux qui ne supportent pas que leur sainte musique soit offerte à la fée électricité bâtarde et déesse du rock, ce machin d'ado insignifiant. Les pauvres. Rejeté par sa communauté d'origine, Dylan s'enfuit vers les cieux. Pour y arriver, il recrute Mike Bloomfield, guitar hero qu'il a croisé il y a quelques années et qui fait les beaux jours du Paul Butterfield Blues Band. Première session à New-York à laquelle est invité un autre guitariste, Al Kooper. Le lendemain, l'un des 2 ou 3 plus grands morceaux de l'histoire du rock est mis en boîte avec la participation de Kooper à l'orgue Hammond, instrument qu'il découvre pour l'occasion. "Like A Rolling Stone", déluge suffocant de jubilation sadique. Dans le genre haineux, on a jamais fait mieux. Succès planétaire à suivre.
Deux semaines passent. Dylan est enfermé chez lui à composer pour son nouvel album. Et quand il sort c'est pour subir une bronca mythologique au festival de Newport. La rupture est consommée. Le Zim va faire un massacre. Retour en studio pour accoucher en quelques jours de ce chef-d'oeuvre surhumain. Là où Bringing It All Back Home entrouvait timidement des portes, Highway 61 Revisited dévale le couloir en arrachant la tapisserie. Ce n'est plus du folk, même pas du rock, un peu blues, c'est autre. Un maelstrom sonore qui défouraille les sens. Ça vrille ("Highway 61 Revisited"), ça assome ("Ballad Of A Thin Man"), ça réchauffe ("Queen Jane Approximately"), ça fascine ("Desolation Row")...
Une réinvention sacrée de la musique populaire aux mots choisis qui comme toujours vont faire l'objet de multiples explications. Qui est ce monsieur Jones ? Est-ce vraiment un journaleux ? Ou est-ce une parabole de l'individu lambda ? Comme pour la Bible, on peut lui faire dire ce qu'on veut aux chansons de Dylan. Voir des références exactes, des personnages précis alors que tout n'est que métaphore surréaliste. C'est bien là le secret de la poésie du Zim. Pour le commun des mortels, il n'y a rien à comprendre. Ce sont des mots, des jeux de mots, des rimes, des images qui défilent que seul Dylan, camé jusqu'aux os, peut encore piger. 'Something is happening here, but you don't know what it is' J'aurais dû m'arrêter là. Oui.
L'Highway 61 est une autoroute qui traverse les Etats-Unis de la Nouvelle-Orléans jusqu'à la frontière canadienne. Symbole absolu de liberté beatnick, la route, le voyage, l'ouverture vers de nouveaux horizons... Highway 61 Revisited est un nouveau départ pour Dylan. Plus rien ne sera comme avant. Pour lui comme pour les autres.
Nous sommes en 1965. Bringing It All Back Home. Bob Dylan vient d'électrifier son folk. Crise d'urticaire chez les folkleux qui ne supportent pas que leur sainte musique soit offerte à la fée électricité bâtarde et déesse du rock, ce machin d'ado insignifiant. Les pauvres. Rejeté par sa communauté d'origine, Dylan s'enfuit vers les cieux. Pour y arriver, il recrute Mike Bloomfield, guitar hero qu'il a croisé il y a quelques années et qui fait les beaux jours du Paul Butterfield Blues Band. Première session à New-York à laquelle est invité un autre guitariste, Al Kooper. Le lendemain, l'un des 2 ou 3 plus grands morceaux de l'histoire du rock est mis en boîte avec la participation de Kooper à l'orgue Hammond, instrument qu'il découvre pour l'occasion. "Like A Rolling Stone", déluge suffocant de jubilation sadique. Dans le genre haineux, on a jamais fait mieux. Succès planétaire à suivre.
Deux semaines passent. Dylan est enfermé chez lui à composer pour son nouvel album. Et quand il sort c'est pour subir une bronca mythologique au festival de Newport. La rupture est consommée. Le Zim va faire un massacre. Retour en studio pour accoucher en quelques jours de ce chef-d'oeuvre surhumain. Là où Bringing It All Back Home entrouvait timidement des portes, Highway 61 Revisited dévale le couloir en arrachant la tapisserie. Ce n'est plus du folk, même pas du rock, un peu blues, c'est autre. Un maelstrom sonore qui défouraille les sens. Ça vrille ("Highway 61 Revisited"), ça assome ("Ballad Of A Thin Man"), ça réchauffe ("Queen Jane Approximately"), ça fascine ("Desolation Row")...
Une réinvention sacrée de la musique populaire aux mots choisis qui comme toujours vont faire l'objet de multiples explications. Qui est ce monsieur Jones ? Est-ce vraiment un journaleux ? Ou est-ce une parabole de l'individu lambda ? Comme pour la Bible, on peut lui faire dire ce qu'on veut aux chansons de Dylan. Voir des références exactes, des personnages précis alors que tout n'est que métaphore surréaliste. C'est bien là le secret de la poésie du Zim. Pour le commun des mortels, il n'y a rien à comprendre. Ce sont des mots, des jeux de mots, des rimes, des images qui défilent que seul Dylan, camé jusqu'aux os, peut encore piger. 'Something is happening here, but you don't know what it is' J'aurais dû m'arrêter là. Oui.
L'Highway 61 est une autoroute qui traverse les Etats-Unis de la Nouvelle-Orléans jusqu'à la frontière canadienne. Symbole absolu de liberté beatnick, la route, le voyage, l'ouverture vers de nouveaux horizons... Highway 61 Revisited est un nouveau départ pour Dylan. Plus rien ne sera comme avant. Pour lui comme pour les autres.
| Intemporel ! ! ! 20/20 | par Sirius |
Posté le 10 février 2008 à 04 h 32 |
Je suis très loin de bien connaître Bob Dylan, et il ne fait aucunement partie de mes artistes préférés. Mais je l'ai toujours considéré comme un auteur et performer essentiel et incontournable.
Bob Dylan... Evoquer son nom, sa carrière, peut sembler très banal, tant le personnage, et surtout sa musique, sont ancrés, de manière ancienne, et, semble-t-il, durable, dans l'imaginaire collectif, dans le paysage musical.
Est-il vraiment nécessaire de rappeler tous les artistes pour qui Bob Dylan est une influence majeure, de manière plus ou moins consciente, plus ou moins explicite, plus ou moins avouée, sur des artistes évoluant dans des registres et à des époques extrêmement variées ? Et de dresser une liste – qui de toute façon ne pourrait être que non exhaustive, et pas définitive – des artistes ayant repris des morceaux de Dylan, là encore de façon extrêmement diverse, certains d'entre eux appartenant de toute évidence au rock indépendant ou des musiques indépendantes, d'autre moins voire pas du tout (et c'est peut-être aussi justement ça qui constitue la preuve de son universalité – sans que l'on puisse parler pour autant de consensus mou, bien au contraire...) ?
L'homme, que l'on a parfois voulu cataloguer, est inclassable. Protest singer ? Chantre du folk ou du folk-rock ? Artiste/intellectuel juif new-yorkais à la Lou Reed ou Woody Allen ? Tout cela à la fois – et en même temps rien de tout ça.
Les influences de Bob Dylan sont bien connues, tout à la fois musicales (folk : Hank Williams, Woody Guthrie, Robert Johnson ; country : Hank Williams, blues : Muddy Waters, Howlin' Wolf, John Lee Hooker ; rock'n roll : Elvis Presley, Buddy Holly, Bill Haley) et littéraires (Arthur Rimbaud ; Bertolt Brecht ; écrivains de la Beat Generation : Jack Kerouac, Allen Ginsberg).
Dylan, installé à Greenwich Village depuis 1961, enregistre Highway 61 Revisited en 1965.
Comme sur tous les albums de Dylan, les paroles sont le plus souvent énigmatiques et difficiles à interpréter.
L'album est homogène, mais quelques titres-phares semblent s'en dégager.
"Like A Rolling Stone", dont le moins que l'on puisse dire est que c'est un classique, montre d'emblée le ton de l'album : voix nasillarde et trainante (ce qui lui sera parfois reprochée), piano honky tonky, orgue Hammond, sur un mid-tempo indolent et un refrain inoubliable.
Sur "Tombstone Blues" (qui n'en est pas un, notre homme aime brouiller les pistes), la voix se fait plus assurée, le rythme plus enlevé et saccadé. Les paroles évoquent, pour moi, l'Amérique profonde touchée par la crise des années 30 ("Mama's in the fact'ry/She ain't got no shoes/Daddy's in the alley/He's lookin' for food/I'm in trouble/With the tombstone blues"), que Steinbeck a si bien décrite. Un de mes morceaux préférés de l'album.
"Ballad Of A Thin Man" (qui cette fois en est une) réussit le tour de force d'être à la fois tendu et nonchalant ; son refrain, avec cette soudaine respiration entre le "Do you" et le "Mr. Jones?", est sublime dans son genre (mais quel genre ? Je ne saurai dire) ; c'est sans conteste mon morceau préféré de l'album.
"Desolation Row" est une ballade plus simple, plus évidente, avec de superbes guitares acoustiques. Le texte, quant à lui, est foisonnant, riche, complexe, très littéraire.
Highway 61 Revisited, qui mélange folk, rock, country et blues pour un résultat totalement inédit jusqu'alors, et très personnel, est assurément un album intemporel. Parfait ? Egalement. Comme il ne fait pas partie des albums qui me touchent le plus, je ne lui attribuerai que la note correspondant à ce qualificatif.
Bob Dylan... Evoquer son nom, sa carrière, peut sembler très banal, tant le personnage, et surtout sa musique, sont ancrés, de manière ancienne, et, semble-t-il, durable, dans l'imaginaire collectif, dans le paysage musical.
Est-il vraiment nécessaire de rappeler tous les artistes pour qui Bob Dylan est une influence majeure, de manière plus ou moins consciente, plus ou moins explicite, plus ou moins avouée, sur des artistes évoluant dans des registres et à des époques extrêmement variées ? Et de dresser une liste – qui de toute façon ne pourrait être que non exhaustive, et pas définitive – des artistes ayant repris des morceaux de Dylan, là encore de façon extrêmement diverse, certains d'entre eux appartenant de toute évidence au rock indépendant ou des musiques indépendantes, d'autre moins voire pas du tout (et c'est peut-être aussi justement ça qui constitue la preuve de son universalité – sans que l'on puisse parler pour autant de consensus mou, bien au contraire...) ?
L'homme, que l'on a parfois voulu cataloguer, est inclassable. Protest singer ? Chantre du folk ou du folk-rock ? Artiste/intellectuel juif new-yorkais à la Lou Reed ou Woody Allen ? Tout cela à la fois – et en même temps rien de tout ça.
Les influences de Bob Dylan sont bien connues, tout à la fois musicales (folk : Hank Williams, Woody Guthrie, Robert Johnson ; country : Hank Williams, blues : Muddy Waters, Howlin' Wolf, John Lee Hooker ; rock'n roll : Elvis Presley, Buddy Holly, Bill Haley) et littéraires (Arthur Rimbaud ; Bertolt Brecht ; écrivains de la Beat Generation : Jack Kerouac, Allen Ginsberg).
Dylan, installé à Greenwich Village depuis 1961, enregistre Highway 61 Revisited en 1965.
Comme sur tous les albums de Dylan, les paroles sont le plus souvent énigmatiques et difficiles à interpréter.
L'album est homogène, mais quelques titres-phares semblent s'en dégager.
"Like A Rolling Stone", dont le moins que l'on puisse dire est que c'est un classique, montre d'emblée le ton de l'album : voix nasillarde et trainante (ce qui lui sera parfois reprochée), piano honky tonky, orgue Hammond, sur un mid-tempo indolent et un refrain inoubliable.
Sur "Tombstone Blues" (qui n'en est pas un, notre homme aime brouiller les pistes), la voix se fait plus assurée, le rythme plus enlevé et saccadé. Les paroles évoquent, pour moi, l'Amérique profonde touchée par la crise des années 30 ("Mama's in the fact'ry/She ain't got no shoes/Daddy's in the alley/He's lookin' for food/I'm in trouble/With the tombstone blues"), que Steinbeck a si bien décrite. Un de mes morceaux préférés de l'album.
"Ballad Of A Thin Man" (qui cette fois en est une) réussit le tour de force d'être à la fois tendu et nonchalant ; son refrain, avec cette soudaine respiration entre le "Do you" et le "Mr. Jones?", est sublime dans son genre (mais quel genre ? Je ne saurai dire) ; c'est sans conteste mon morceau préféré de l'album.
"Desolation Row" est une ballade plus simple, plus évidente, avec de superbes guitares acoustiques. Le texte, quant à lui, est foisonnant, riche, complexe, très littéraire.
Highway 61 Revisited, qui mélange folk, rock, country et blues pour un résultat totalement inédit jusqu'alors, et très personnel, est assurément un album intemporel. Parfait ? Egalement. Comme il ne fait pas partie des albums qui me touchent le plus, je ne lui attribuerai que la note correspondant à ce qualificatif.
Parfait 17/20
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