Yo La Tengo

Painful

Painful

 Label :     Matador 
 Sortie :    mardi 05 octobre 1993 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Painful est le tournant musical des Yo La Tengo.
Avec l'utilisation de claviers, les YLT donnent une nouvelle dimension à leur musique, devenant réellement aérienne et unique, pouvant créer tous types de morceaux, calmes, speeds, noises, mais toujours chargés d'émotions... C'est ça qui est fort, et c'est ça qui est bon !!


Excellent !   18/20
par X_Shape104


 Moyenne 18.00/20 

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Posté le 31 janvier 2008 à 20 h 35

Painful est un second départ pour Yo La Tengo. On pourrait même presque affirmer que c'est à partir d'ici que le talent du groupe prend toute son ampleur. L'excellent May I Sing With Me faisait en quelque sorte office de coup d'essai noise mais Painful transforme véritablement cet essai et se révèle la première pièce maitresse de la discographie du groupe.
Débarrassés de leurs influences folks qui empêchaient encore les compositions de prendre toute leur latitude, les trois musiciens se lâchent complètement et posent toutes les bases de leurs futurs albums référentiels. Au programme donc : des voix douces et perchées, des mélodies alambiquées déchirées par des fulgurances de guitares noises gorgées de larsens, une basse ronflante pour structurer tout ce bruit et un peu de synthé pour épaissir un peu le sentiment cotonneux de la plupart des morceaux. Si les albums précédents portaient encore trop maladroitement la marque du souterrain velouté New-Yorkais, Painful représente la digression parfaite de ces ambiances poisseuses et charnelles. Après plusieurs albums encore tâtonnants (mais pourtant ô combien délectables), Yo La Tengo trouve ici sa voie propre et explose littéralement pour se placer sur une orbite inaccessible.
On trouve ici toutes les racines de leurs albums à venir. Principalement les mamelles pop-rock-noise des galettes suivantes ("A Worrying Thing", "Double Dare", "From A Motel 6") ou de lentes montées noises et mélodiques ("I Was The Fool Beside You For Too Long" et la perle du disque "I Heard You Looking") jusqu'à un avant-gout de leurs travaux les plus récents ("Nowhere Near").
Sur ces bases musicales renouvelées, les deux chanteurs se trouvent également une assurance inédite. Voix susurrées, lignes de chant voluptueuses et apaisantes. A ce niveau là également, le groupe se forge une nouvelle identité.
Par sa nature fraîche et novatrice, Painful représente la quintessence du style Yo La Tengo en même temps qu'une porte d'entrée très accessible à son univers feutré mais pas forcément évident au premier abord.
Parfait   17/20



Posté le 08 janvier 2010 à 19 h 07

De Yo La Tengo, je ne connais pas grand chose. J'ai découvert ce groupe sur le tard, à travers la bande originale du fim "I'm Not There" et ses délicieuses reprises de Dylan. Leur unique morceau sur la compilation "Dark Was the Night" est ma favorite. Leur reprise du "Andalucia" de John Cale aussi. Le film "Old Joy" m'a conquis, grâce à l'atmosphère tissé avec délicatesse par le groupe. Yo La Tengo et moi, c'est une sucession de rencontres, c'est la mélodie du hasard. Je n'ai jamais cherché à aller vers eux, ils sont toujours venus vers moi.

Jusqu'au mois dernier, lors d'une escapade à Londres. Je me balladais autour des disquaires de Brick Lane, l'eau à la bouche. Et je tombe sur ce Painful, datant de 1993. J'avais que trois ans à l'époque. L'air fier, j'achète mon premier CD de Yo la Tengo. Je scelle notre rencontre, je la transforme en relation. Sur le chemin du retour, j'enfile la galette dans l'auto-radio, et je sais que j'ai trouvé un bon compagnon.

Dans la voiture, une atmosphère s'installe. Je monte le son, mais pas trop. On parcoure l'autoroute anglaise dans la brume, on descend les routes de Normandie sous la neige. À travers la vitre, tout est blanc, immaculé. Et Painful passe en boucle. Accompagnant parfaitement un jour de Décembre très froid, où l'on se réchauffe comme on peu. Avec ces mélodies nerveuses mais qui sont de la pure mélancolie. Des guitares qui se croisent et qui tissent un flot d'émotions, des voix loin derrière qui rassurent.

On n'écoute plus beaucoup les disques en entier de nos jours. Alors quand on découvre une perle d'intensité, un disque aussi beau et cohérent, il faut reprendre de bonnes habitudes, et laisser la magie opérer du début à la fin. Et quand enfin on arrive à destination, que la dernière plage instrumentale s'achève, c'est un peu triste. C'est la fin d'un voyage. Un puissant voyage en musique. Painful m'a fait survivre au froid, il a sublimé la neige et il a changé de sombres pensées en l'espoir de jours meilleurs. Painful était au bon moment, au bon endroit. Et il a touché juste.
Exceptionnel ! !   19/20



Posté le 13 août 2021 à 14 h 35

Longtemps je me suis levé de bonne heure. Non, c'est faux. Je ne suis pas du matin. Mais parfois les circonstances l'exigent, et alors je m'y plie bon gré mal gré. Mes souvenirs de lever aux aurores me renvoient souvent à ces départs en vacances. Cocon familial en banlieue parisienne, mais du côté de Maman on habite tout au Nord et du côté de Papa on habite tout au Sud. Alors nous, on se déplace. Et si la distance Paris-Lille est plutôt vite couverte, en revanche celle de Paris jusqu'en Gascogne demande davantage d'organisation. J'ai de nombreux souvenirs de disques découverts comme ça, dans la voiture, sur la route des vacances, à des heures indues, dans la pénombre du crépuscule qui précède l'aurore, le visage à moitié enfoui dans un oreiller, le corps recroquevillé dans une position qui cherche vainement à retrouver la volupté du sommeil. Des disques qui ont le goût de la buée sur les vitres, des paupières lourdes qui jouent à jour-nuit-jour-nuit, ne sachant si elles doivent accepter l'inéluctable éveil ou se complaire à le retarder, le goût des vibrations sourdes de la Renaud Espace, du corps de mes frères aussi avachis que moi à ma droite. Des disques qui ont pris une saveur cotonneuse et engourdie. Et celui qui a le plus incarné cette sensation, c'est Painful, de Yo La Tengo.

Je suis particulièrement sensible aux effets de la musique dans mes moments vulnérables, quand je suis fatigué, au réveil comme au coucher. Et Painful est venu me chercher, avec ses petits arpèges d'orgues qui prennent leur temps pour s'installer, ses quelques notes de guitare, timides, ses échos de feedback comme autant de gigantesques herbivores paisibles qui s'étireraient au loin, et le chant de Ira Kaplan qui se pose là comme un nuage, de toutes ces douceurs peut-être la plus à même à me servir d'oreiller sonique. Cette phrase un peu prophétique, "there's a big day coming", qui se prête bien aux aurores qui me caressent à mon corps défendant l'extérieur des paupières.

Même lorsque les Yo La Tengo appuient sur la pédale de distorsion, que l'éléphant caché dans leur guitare se met à barrir, que la batterie gonfle ses muscles d'assommoir hypnotique, que le mur de leur son tout diaphane s'érige et se solidifie, même alors, la musique de Painful restera comme une caresse, prenant simplement, par moment, la consistance râpeuse d'une langue de chat. Pas de quoi briser le sort de douceur qu'ils ont lancé sur moi, bien au contraire. Painful aura depuis, accompagné bon nombre de mes aurores, et de mes crépuscules, plus rarement les heures plus fermes et claires qui les séparent. Il en accompagnera bien d'autres.


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Vous pouvez retrouver ce texte narré et mis en musique ici :
http://www.xsilence.net/news.php?996#n996
Excellent !   18/20







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