Mudhoney

Superfuzz Bigmuff Plus Early Singles

Superfuzz Bigmuff Plus Early Singles

 Label :     Sub Pop 
 Sortie :    jeudi 25 octobre 1990 
 Format :  Compilation / CD  Vinyle  K7 Audio   

Tout semble commencer ici. Des notes effrontées, criardes, percutantes. Ces simples mots qui résument tout "Touch Me I Am Sick". Une musique qui contamine.
On se fait rudement chier à Seattle. Le temps est pourri. On ne glande rien. On joue de la musique pour s'éclater. La voici la "bourrée montagnarde pour yetis" chère à Jonathan Poneman de Sub Pop. Le son est outrancier, gueulard, capté avec des moyens réduits par le magicien Jack Endino. La pédale fuzz de Steve Turner fait miauler sa guitare, la big muff sur la basse de Matt Lukin (ancien Melvins) donne au son du groupe cette noblesse de bourbier, la batterie de Dan Peters est fougueuse, virevoltante, et Mark Arm braille ses textes au dessus de ce joyeux mélange foutraque, s'époumone comme ivre de bière et de colère. Tout est décadence et cette poisse nous embrase ("Burn It Clean"), nous captive. Ce bourdonnement résonne même jusqu'à la cote Est. Les Sonic Youth collaborent avec Mudhoney pour un split cd. "Halloween" écrite par les premiers est jouée par les deuxièmes. Les quelques singles sont suivis du EP Superfuzz Bigmuff, un travail de toute beauté. Le son est bien meilleur. "If I Think" commence telle une ballade désenchantée pour finir par exploser avec une rage débridée, incontrôlable. "In ‘N' Out Of Grace" est d'une puissance astronomique. Les guitares ultra saturées s'attaquent à nos cages à miel, débauchées, lancées à brides abattues, libérées et gonflées d'une énergie prenante. Grâce au rendu très live de l'enregistrement on imagine aisément les tignasses grasses qui s'agitent avec frénésie, une salle complètement conquise pogotant de toute ses forces, se répandant sur la scène comme Charles Peterson a si bien su le montrer dans ses clichés. Un groupe qui se donne totalement, un public qui s'abreuve de son noise abrasif se déversant en flot tumultueux et qui lui rend la pareille, réagissant physiquement et parfois de manière spectaculaire. Jamais la musique n'a semblé si fraternelle, si réciproque. Les Mudhoney sont une bande de potes qui se fait plaisir et qui nous font tout oublier. Tout semble disparaître pour laisser place à une décontraction complète, une sorte de décomplexion ultime. Nous sommes libres. Plus rien n'a d'importance.


Excellent !   18/20
par Oneair


 Moyenne 16.67/20 

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Posté le 18 septembre 2005 à 11 h 14

Ce Superfuzz Bigmuff est une pépite grunge, crade à souhait, gorgée de compos de haut niveau à base de guitares souillées et de voix à l'arrache.
Mark Arm, Steve Turner, Matt Lukin et Dan Peters alignaient les perles telles "Touch Me I'm Sick", "Sweet Young Thing Ain't Sweet No More", "Hate The Police", "No One Has", "Need" ou "Halloween", écrit à l'origine par Sonic Youth et résultant d'un split 45 réunissant les deux groupes.

Un modèle de rock bruyant, et évidemment un incontournable de l'excellente scène de Seattle.
Très bon   16/20



Posté le 29 août 2008 à 01 h 37

Déjà sorti deux ans auparavant, le Superfuzz Bigmuff des Mudhoney se voit réédité et affublé de nouveaux titres par le label Sub Pop. Un EP qui a lui tout seul peut résumer la carrière du groupe de Seattle tant la qualité est au rendez-vous, au contraire du succès commercial. Et même si le groupe est réhabilité aujourd'hui auprès d'une certaine frange d'auditeurs, sa musique et sa légende sont trop souvent oubliées. N'en déplaise aux amateurs de Nirvana, Soundgarden ou Pearl Jam (qui peut-être ont vaguement entendu parler de Green River ?), il y a bien eu un autre groupe pour incarner jusqu'au bout des ongles sales le fameux mouvement grunge.

Et Mudhoney en est le représentant par excellence. Dans l'action et dans la philosophie. Armés de pédales fuzz et de distos vrombissantes, les "merde au cul" (comme je le traduirais personnellement, même si c'est littéralement proche de "miel au foutre", savoureux ou pas) dégagent une énergie et un groove irrésistibles. Et ils font grésiller admirablement les enceintes de tout ce qui se trouve à porter de leur saleté. D'un point de vue purement musical on se situe dans la suite directe de Green River, à ceci prêt qu'on a plus l'impression d'entendre un groupe de garage punk soudé et plein d'inventivité qu'un mammouth eighties défoncé à l'héro...

Globalement on a affaire à de véritables pépites, de vrais singles comme on en sait plus faire, avec assez de crachat et de sueur dedans pour faire pâlir les Ramones et les Sex Pistols ("Hate The Police", "Burn It Clean") et assez d'ambition pour tâcler la soupe FM qui passe à la radio. C'est fait dans la même matière peu reluisante que le Bleach de Nirvana, ça écrase, ça défonce, ça envoie des coups de jus, ça bourrine de partout, avec des solos cradingues et des breaks placés juste comme il faut. Mais à la différence des compositions mélodico-destructrices (mix des Beatles et de Black Sabbath) de Kurt Cobain, les Mudhoney font dans les progressions d'accords les plus simples sans ligne mélodique définie et le rentre-dedans permanent, avec un chant geignard et pas forcément juste. Mais au combien jouissif et efficace ! Il y a de tout là-dedans, du Sonic Youth (si si, vraiment, "Halloween") et du morceau déglingué qui scotche : "Sweet Young Thing", "You Got It". On finit forcément avec une bosse dans le pantalon.

Punks jusqu'au bout, les veines bien ouvertes à tous produits, la tête dans le mur : on les redoute et pourtant on a terriblement envie d'en faire partie. "Touch Me I'm Sick" porte bien son nom.

Mais la seconde partie du disque sent plus les égouts et la lourdeur que le reste. Ce n'est pas que ça soit mauvais, l'effet de surprise (de fraîcheur abrasive, inventons des expressions bancales) est passé et la structure des morceaux ne fait que répéter un même schéma en boucle, ou presque.

Seulement, cet EP fait partie de ces disques qu'on écoute et qui prennent comme ça sans que l'on sache, dans un élan sado-masochiste. Avec Bleach et Superfuzz on a deux faces complémentaires d'une rage à l'état pure. Des oeuvres imparfaites et pleines de charme pour cette authenticité toute juvénile et naïve. Vraiment, le plaisir de se souiller.
Très bon   16/20







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