Thee Silver Mount Zion

Kollaps Tradixionales

Kollaps Tradixionales

 Label :     Constellation 
 Sortie :    lundi 08 février 2010 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Inlassablement, ils reviennent. A croire que la musique peut bel et bien vivre au-delà des formations, au-delà du temps. Dix ans déjà. Il y a dix ans, le trio venait littéralement écarteler la musique patiemment bâtie par Godspeed, défaire l'édifice de ses mélodies instrumentales et oppressantes. A Silver Mt. Zion entamait alors son lent travail de déconstruction en vue de quelque chose d'encore plus grand, de plus évolutif, de plus sombre et donc, de moins anachronique.
Puis, l'acoustique de He Has Left Us Alone But Shafts Of Light Sometimes Grace The Corners Of Our Rooms... disparaît, au bénéfice d'arrangements plus complexes et plus électriques, au fur et à mesure des évolutions d'une formation qui se veut à "géométrie variable".
Mais peu importe les individualités. Thee Silver Mt. Zion veut prouver à chaque disque l'importance et l'impact positif de ce qu'ils nomment le "collectif". Car la musique, elle, demeure, malgré les différents chemins empruntés. Les voix deviennent centrales, le minimalisme des premiers temps, périphérique.
Plus ce temps avance, plus les slogans sont scandés, à l'unisson si possible. Le silence, caractéristique principale des premiers albums, a fait place progressivement à une position sonore de toute puissance, chaque membre ayant sa place, son rôle, sa mission et son combat. On bombe le torse, on lève la tête et les poings, puis on crie, fort. Marche par marche, Thee Silver Mt. Zion remonte des profondeurs abyssales pour aller vers plus de lumière et plus d'espoir, tel ce premier titre avec un Efrim Menuck s'égosillant comme jamais auparavant : "But I've Been Waiting And Longing For That Light To Fall All Over Me..."
Pas de doute, les années et les anges passent, l'urgence est toujours là. Ils tiennent en équilibre, là, sur ce fil qu'ils tissent au fur et à mesure qu'ils avancent. La prouesse de ce collectif est effectivement d'être toujours en rupture avec leur propre mouvement, leur propre création, leur propre code.
Tiens, sur la première des trois pistes "Kollaps Tradixionales", composant entre autres l'album, nous retrouvons le piano. Oui, le même qu'il y a dix ans, entouré des mêmes cordes, celles de Sophie Trudeau, la protectrice acharnée. Peu avant, le bouillonnant dyptique "Metal Bird" nous prouvait que les orgies sonores de Born Into Trouble... n'étaient pas qu'un bon souvenir où il était bon de se lover et de se perdre. Thee Silver Mt. Zion n'oublient pas d'où ils viennent. Tel les oiseaux ornant sans cesse les différentes pochettes ou livrets de leurs disques, ils migrent vers des contrées inconnues, se territorialisent puis reviennent, régulièrement, revoir les compagnons de route pour leur conter des histoires à dormir debout et auxquelles nous nous accrochons, sans parvenir complètement à saisir d'où peut venir toute cette beauté qu'ils ramènent, à chaque fois, inlassablement. Inlassablement, ils reviennent.


Excellent !   18/20
par Reznor


 Moyenne 17.50/20 

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Posté le 02 mars 2010 à 18 h 06

Un nouvel album de Thee Silver Mount Zion Mémorial Orchestra, groupe à taille et à nom variables, est toujours une aventure en soi. Parce qu'on sait que ça ne sera pas facile à écouter, parce qu'on sait toute l'énergie qui va circuler et qu'il va falloir donner, parce qu'on n'en sort jamais tout à fait le même, et surtout jamais tout à fait sauf.

Et bien là, ce n'est pas totalement vrai. J'ai senti cet épuisement, à la fin de l'album, mais surtout j'ai senti un grand apaisement, comme si le groupe avait su résoudre toutes les tensions à la fin du disque, et leur donner une véritable réponse aux questions qu'il nous pose.

Cet album est, je trouve, plus structuré, plus construit que les précédents dans la composition des titres, dans la conduite musicale, l'utilisation des instruments. La guitare électrique, en particulier fait un retour puissant, très intéressant, et très intelligemment accompagnée par les violons. Au début, on a comme l'impression d'une grand phrase musicale, qui avance inexorablement et raconte son histoire. On peine à vouloir voir des coupures entre les morceaux et on se laisse entrainer. De fait, il y a de nombreuses reprises de thèmes, joués assez simplement, qui se répondent en écho, qui s'énervent, qui se calme, au fil de l'histoire que nous raconte Kollaps Tradixionales.

Puis, on fait attention aux parties : 4 différentes. 4 actes qui chacun ont leurs propres thèmes, leurs propres buts.

Le premier, composé d'une seule chanson, qui ouvre l'album : "There Is A Light". Douce, presque blues. Une guitare simple et claire, et une voix qui scande, toujours avec cet air d'oiseau blessé. Une bonne entrée, qui donne le ton des titres suivants : on y trouve quasi toutes les formules de l'album.

Et là, on est pris au dépourvu. Une guitare forte, très électrique, très rock ! Deuxième acte, deux chansons : des histoires d'oiseaux métalliques. ("Built Myself A Metal Bird", "I fed my metal bird the wings of other metal birds"). Le premier, nous surprend, donc, nous rentre dedans, très rythmé, une batterie simple et efficace, très puissant. Puis le deuxième, qui nous calme un peu par sa lenteur du début et qui termine en écho au précédent, fort, rock ! Un thème décliné deux fois, des variations, un bel exercice.

Nouvel acte, le troisième. Trois chansons, on en vient aux chansons-titres de l'album. Moment donc important. Ici aussi, trois déclinaisons des mêmes thèmes. Beaucoup de choses à raconter. D'abord, un piano faux, une voix, fausses, des cordes fausses. On tourne autour du son, autour du thème. Tout est calme, lent, extatique. Le chant est halluciné, comme chaque instrument. Deuxième morceau : très court. Chœur encore plus perdu dans ses rêves, dans sa brume. Des échos qui rappellent la campagne, le blues, pourtant... ("oh, my darling..."). Puis la conclusion, magistrale, là très construit, dynamique : des cordes en pizzicato, aux résonances lointaines, exotiques, et une batterie claire, puis un violon fort qui soutiennent une guitare incisive, rageuse, "héroïque" : c'est la résolution, l'assaut !

Et enfin, dernière chanson ("Piphany Rambler"), dernier acte, "l'épiphanie" : tout a été dit. Il faut en tirer les conclusions. On peut enfin partir, chargé de cette histoire, c'est la sortie du rêve. La quête est terminée. La voix est éperdue, elle sort, lointaine, de la brume instrumentale. Et nous, lorsque la musique s'arrête, on respire, apaisés. C'était la fin et on le savait. Rien de plus à dire.
Parfait   17/20







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