Lou Reed

Berlin

Berlin

 Label :     RCA 
 Sortie :    dimanche 07 octobre 1973 
 Format :  Album / CD  Vinyle  K7 Audio   

"Berlin" commence confusément dans le brouhaha d'une fête d'anniversaire, puis le piano se fraye une place, gagne quelques notes. On entend à peine la voix de Lou Reed. Il chuchote son poème sordide sur la mélodie jazz. "Berlin" ne parle pas du mur ni de l'Allemagne écartelée. Les chansons s'aventurent vers le poisseux, le moisi. Lou Reed était camé jusqu'à l'os lors de l'enregistrement, raconte-t-on. Il peint de sa voix si particulière, tremblante et légèrement nasillarde, des morceaux de vies engluées. " The Kids " : les enfants enfermés pleurent et crient " Mommy " à la fin du morceau - Reed les avait laissés seuls, abandonnés dans le studio, pour enregistrer les pleurs. " The Bed " : le lit, qui à la manière du " meuble à tiroirs " de Baudelaire, détient mille souvenirs, l'amour et le chagrin, le sang et les larmes. Caroline passe deux fois, superbe d'arrogance et de froideur. Elle jette Lou Reed. Et Lou Reed narre pathétiquement sa dépendance au speed, ses amours clandestines, les quartiers mal famés (" How do you think it feels ? "). Egalement présent un certain " Jim " - miroir de Lou Reed ? -, que ses amis bourrent de Purple Hearts et autres pilules, pantelant sur scène, juste bon à faire rire. Un rire un peu jaune, sûrement. Un autre garçon déchiqueté.
"Berlin" est un " bourbier ", Lester Bangs l'a tout de suite su. On glisse, sans pouvoir se raccrocher à rien. Les mélodies en lambeaux se nouent les unes aux autres, "Berlin" serait presque un haillon, qui voile à peine l'épave, Lou Reed. Ce dernier chante sans se forcer, presque contraint, sûrement pour retourner renifler ses drogues le plus vite possible.
"Berlin" est moins accessible que "Transformer". Moins accrocheur, plus tortueux. Plus impossible.
Des notes de piano mêlées à des soli de guitare qui décollent sans logique, un chant fatigué qui persiste... Malgré tout des pépites : " Lady Day " ou " Caroline Says " (I et II) - les nénuphars fleurissent à la surface du marécage.


Très bon   16/20
par Pixy


 Moyenne 18.75/20 

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Posté le 07 novembre 2004 à 21 h 40

Je ne supporte pas chroniquer un album déjà critiqué mais là passage obligatoire... Et si Berlin faisait partie de ces chefs-d'oeuvres maudits ? Ceux qui normalement devraient marquer chaque être humain de sa violence et de sa crasse ?

Berlin où l'histoire de la déchéance. Après Transformer, où la vie semblait aussi facile qu'un rail de coke, on redescend, on se casse la gueule et l'on s'écrase de pitons en pitons sur la falaise de cet album... Lou Reed a décidé de nous très mal,et il s'y prend de manière magistrale. Ses armes ? Un cynisme capable de réduire le vitriol à l'état de soft drink, et entourage de foux furieux (dont un certain... Bob Ezrin, The Wall c'est lui par exemple). Pourquoi un tel album ? Pas de raisons particulières. Comment un tel album ? se mettre dans des états extrêmes... "How Do You Think It Feels ?" manuel d'auto destruction, "The Kids", grimoire de cynisme vraiment crado, "The bed", guide vers un au-dela du désespoir.

RCA a tout fait pour empêcher la publication de ce bijou. Amputé, déformé il vit quand même le jour (on se sait par quel miracle), un preque flop, et Lou Reed s'en fout et s'arme de ses co-conspirateurs, de sa guitare, et d'une bouteille de whisky (pour mieux arrêter, en vain, la came) et défendre sa poupée Chucky auprès du public.

Un monument du rock, tout simplement.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 11 novembre 2004 à 13 h 23

"Berlin" est beaucoup plus qu'un disque, "Berlin" est une oeuvre déterminante de la culture en général.
Je ne pense pas qu'en enregistrant cette noire pépite intemporelle, le Lou avait réellemment conscience de son importance future dans le monde du rock.
Beau et sublime comme seuls peuvent l'être certains disques touchés par la grâce absolue,"Berlin" n'est pas accessible immédiatement ; mais une fois les clés d'accés décryptées, on entre dans un univers à la fois vénéneux et magique, où le génie total de Lou Reed crache son mal de vivre, ses angoisses et ses psychoses.
Alors "Berlin" nous laisse le souffle coupé devant tant de beauté glacée et de frissons confondus.
Exceptionnel ! !   19/20



Posté le 02 octobre 2006 à 14 h 40

Il y a vraiment quelque chose avec cette ville...
Berlin déchiré, temple païen dédié au Dieu Vice... Quelque chose pue, suinte...
Lou Reed en est là, cherchant sa voie à travers les rues encombrées de bordels de la cité... Il tombe sur une fille, LA fille. Désespérée évidemment, trop torturée pour être honnête. S'aiment, se mentent, se détestent. Comme dans une bonne vieille chanson réaliste, sauf qu'à la fin la pute se tue après s'être fait voler ses gosses...
Notre prince nonchalant regarde la scène d'un oeil amusé: "I Just Don't Care". L'amour, la mort, les causes sociales, à quoi bon? Lou est au dessus de tout ça, il en a trop dans le nez, trop dans les veines pour ne pas être cynique ('Come down here Mama/ Hunting around always/ Cause you're afraid of sleeping').
Les terribles pleurs des gamins n'y changeront rien. Il s'en va après avoir émis un dernier constat désabusé: 'I'm gonna stop wasting my time/ Somebody else would have broke all of her arms'.
Terrible et cruel, ce cabaret Dantesque (comme l'Enfer') hisse Lou Reed au sommet de son art.
Intemporel ! ! !   20/20







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