Lou Reed
Berlin |
Label :
RCA |
||||
"Berlin" commence confusément dans le brouhaha d'une fête d'anniversaire, puis le piano se fraye une place, gagne quelques notes. On entend à peine la voix de Lou Reed. Il chuchote son poème sordide sur la mélodie jazz. "Berlin" ne parle pas du mur ni de l'Allemagne écartelée. Les chansons s'aventurent vers le poisseux, le moisi. Lou Reed était camé jusqu'à l'os lors de l'enregistrement, raconte-t-on. Il peint de sa voix si particulière, tremblante et légèrement nasillarde, des morceaux de vies engluées. " The Kids " : les enfants enfermés pleurent et crient " Mommy " à la fin du morceau - Reed les avait laissés seuls, abandonnés dans le studio, pour enregistrer les pleurs. " The Bed " : le lit, qui à la manière du " meuble à tiroirs " de Baudelaire, détient mille souvenirs, l'amour et le chagrin, le sang et les larmes. Caroline passe deux fois, superbe d'arrogance et de froideur. Elle jette Lou Reed. Et Lou Reed narre pathétiquement sa dépendance au speed, ses amours clandestines, les quartiers mal famés (" How do you think it feels ? "). Egalement présent un certain " Jim " - miroir de Lou Reed ? -, que ses amis bourrent de Purple Hearts et autres pilules, pantelant sur scène, juste bon à faire rire. Un rire un peu jaune, sûrement. Un autre garçon déchiqueté.
"Berlin" est un " bourbier ", Lester Bangs l'a tout de suite su. On glisse, sans pouvoir se raccrocher à rien. Les mélodies en lambeaux se nouent les unes aux autres, "Berlin" serait presque un haillon, qui voile à peine l'épave, Lou Reed. Ce dernier chante sans se forcer, presque contraint, sûrement pour retourner renifler ses drogues le plus vite possible.
"Berlin" est moins accessible que "Transformer". Moins accrocheur, plus tortueux. Plus impossible.
Des notes de piano mêlées à des soli de guitare qui décollent sans logique, un chant fatigué qui persiste... Malgré tout des pépites : " Lady Day " ou " Caroline Says " (I et II) - les nénuphars fleurissent à la surface du marécage.
"Berlin" est un " bourbier ", Lester Bangs l'a tout de suite su. On glisse, sans pouvoir se raccrocher à rien. Les mélodies en lambeaux se nouent les unes aux autres, "Berlin" serait presque un haillon, qui voile à peine l'épave, Lou Reed. Ce dernier chante sans se forcer, presque contraint, sûrement pour retourner renifler ses drogues le plus vite possible.
"Berlin" est moins accessible que "Transformer". Moins accrocheur, plus tortueux. Plus impossible.
Des notes de piano mêlées à des soli de guitare qui décollent sans logique, un chant fatigué qui persiste... Malgré tout des pépites : " Lady Day " ou " Caroline Says " (I et II) - les nénuphars fleurissent à la surface du marécage.
| Très bon 16/20 | par Pixy |
Posté le 07 novembre 2004 à 21 h 40 |
Je ne supporte pas chroniquer un album déjà critiqué mais là passage obligatoire... Et si Berlin faisait partie de ces chefs-d'oeuvres maudits ? Ceux qui normalement devraient marquer chaque être humain de sa violence et de sa crasse ?
Berlin où l'histoire de la déchéance. Après Transformer, où la vie semblait aussi facile qu'un rail de coke, on redescend, on se casse la gueule et l'on s'écrase de pitons en pitons sur la falaise de cet album... Lou Reed a décidé de nous très mal,et il s'y prend de manière magistrale. Ses armes ? Un cynisme capable de réduire le vitriol à l'état de soft drink, et entourage de foux furieux (dont un certain... Bob Ezrin, The Wall c'est lui par exemple). Pourquoi un tel album ? Pas de raisons particulières. Comment un tel album ? se mettre dans des états extrêmes... "How Do You Think It Feels ?" manuel d'auto destruction, "The Kids", grimoire de cynisme vraiment crado, "The bed", guide vers un au-dela du désespoir.
RCA a tout fait pour empêcher la publication de ce bijou. Amputé, déformé il vit quand même le jour (on se sait par quel miracle), un preque flop, et Lou Reed s'en fout et s'arme de ses co-conspirateurs, de sa guitare, et d'une bouteille de whisky (pour mieux arrêter, en vain, la came) et défendre sa poupée Chucky auprès du public.
Un monument du rock, tout simplement.
Berlin où l'histoire de la déchéance. Après Transformer, où la vie semblait aussi facile qu'un rail de coke, on redescend, on se casse la gueule et l'on s'écrase de pitons en pitons sur la falaise de cet album... Lou Reed a décidé de nous très mal,et il s'y prend de manière magistrale. Ses armes ? Un cynisme capable de réduire le vitriol à l'état de soft drink, et entourage de foux furieux (dont un certain... Bob Ezrin, The Wall c'est lui par exemple). Pourquoi un tel album ? Pas de raisons particulières. Comment un tel album ? se mettre dans des états extrêmes... "How Do You Think It Feels ?" manuel d'auto destruction, "The Kids", grimoire de cynisme vraiment crado, "The bed", guide vers un au-dela du désespoir.
RCA a tout fait pour empêcher la publication de ce bijou. Amputé, déformé il vit quand même le jour (on se sait par quel miracle), un preque flop, et Lou Reed s'en fout et s'arme de ses co-conspirateurs, de sa guitare, et d'une bouteille de whisky (pour mieux arrêter, en vain, la came) et défendre sa poupée Chucky auprès du public.
Un monument du rock, tout simplement.
Intemporel ! ! ! 20/20
Posté le 11 novembre 2004 à 13 h 23 |
"Berlin" est beaucoup plus qu'un disque, "Berlin" est une oeuvre déterminante de la culture en général.
Je ne pense pas qu'en enregistrant cette noire pépite intemporelle, le Lou avait réellemment conscience de son importance future dans le monde du rock.
Beau et sublime comme seuls peuvent l'être certains disques touchés par la grâce absolue,"Berlin" n'est pas accessible immédiatement ; mais une fois les clés d'accés décryptées, on entre dans un univers à la fois vénéneux et magique, où le génie total de Lou Reed crache son mal de vivre, ses angoisses et ses psychoses.
Alors "Berlin" nous laisse le souffle coupé devant tant de beauté glacée et de frissons confondus.
Je ne pense pas qu'en enregistrant cette noire pépite intemporelle, le Lou avait réellemment conscience de son importance future dans le monde du rock.
Beau et sublime comme seuls peuvent l'être certains disques touchés par la grâce absolue,"Berlin" n'est pas accessible immédiatement ; mais une fois les clés d'accés décryptées, on entre dans un univers à la fois vénéneux et magique, où le génie total de Lou Reed crache son mal de vivre, ses angoisses et ses psychoses.
Alors "Berlin" nous laisse le souffle coupé devant tant de beauté glacée et de frissons confondus.
Exceptionnel ! ! 19/20
Posté le 02 octobre 2006 à 14 h 40 |
Il y a vraiment quelque chose avec cette ville...
Berlin déchiré, temple païen dédié au Dieu Vice... Quelque chose pue, suinte...
Lou Reed en est là, cherchant sa voie à travers les rues encombrées de bordels de la cité... Il tombe sur une fille, LA fille. Désespérée évidemment, trop torturée pour être honnête. S'aiment, se mentent, se détestent. Comme dans une bonne vieille chanson réaliste, sauf qu'à la fin la pute se tue après s'être fait voler ses gosses...
Notre prince nonchalant regarde la scène d'un oeil amusé: "I Just Don't Care". L'amour, la mort, les causes sociales, à quoi bon? Lou est au dessus de tout ça, il en a trop dans le nez, trop dans les veines pour ne pas être cynique ('Come down here Mama/ Hunting around always/ Cause you're afraid of sleeping').
Les terribles pleurs des gamins n'y changeront rien. Il s'en va après avoir émis un dernier constat désabusé: 'I'm gonna stop wasting my time/ Somebody else would have broke all of her arms'.
Terrible et cruel, ce cabaret Dantesque (comme l'Enfer') hisse Lou Reed au sommet de son art.
Berlin déchiré, temple païen dédié au Dieu Vice... Quelque chose pue, suinte...
Lou Reed en est là, cherchant sa voie à travers les rues encombrées de bordels de la cité... Il tombe sur une fille, LA fille. Désespérée évidemment, trop torturée pour être honnête. S'aiment, se mentent, se détestent. Comme dans une bonne vieille chanson réaliste, sauf qu'à la fin la pute se tue après s'être fait voler ses gosses...
Notre prince nonchalant regarde la scène d'un oeil amusé: "I Just Don't Care". L'amour, la mort, les causes sociales, à quoi bon? Lou est au dessus de tout ça, il en a trop dans le nez, trop dans les veines pour ne pas être cynique ('Come down here Mama/ Hunting around always/ Cause you're afraid of sleeping').
Les terribles pleurs des gamins n'y changeront rien. Il s'en va après avoir émis un dernier constat désabusé: 'I'm gonna stop wasting my time/ Somebody else would have broke all of her arms'.
Terrible et cruel, ce cabaret Dantesque (comme l'Enfer') hisse Lou Reed au sommet de son art.
Intemporel ! ! ! 20/20
Posté le 12 juillet 2008 à 01 h 26 |
Après le délire tantouse chic en serpent plumes et autres grâces de garces un peu poilues sur les bords, Lou Reed prend un virage dont il a le secret, sans prière aucune. Pour lui, rien de tel qu'une bonne cure et s'enfoncer à nouveau dans la base qui fouette, la merde et tout ça. Car après avoir jouer les midinettes il est travaillé le Lou. Le Lou enfle, grossis, puis Lou s'assèche puis s'enrobe, et ainsi de suite au rythme des injections de speed dosé avec soin, comme un petit chimiste trop glauque pour faire partie d'un cartoon.
Mais parlons d'un autre chimiste pour les lier ensuite afin d'y voir plus clair.
Il est surprenant de ne déceler aucune vulgarité dans les histoires de boules de Bukowsky. Ses poivrots au nez piqué, ses losers sur le déclin, ses meufs plus fraiches depuis des lustres, tous réunis dans des quartiers minables, délavés... Ca pourrait donner envie de gerber comme un Houellebecq. Mais non parce que Charles, lui, est bon. Et sa provocation n'est pas un jeu mais une réelle tendresse pour ces personnages usés. Le talent foudroyant de Bukowsky tient en ça, dévoiler la grâce là où elle est censée s'enfuir à toute jambe. Les nouvelles qu'il écrit en une nuit en se travaillant à la bière tiède sont touchantes parce que le rebut a droit à la lumière en un baiser généreux et sensible. La douceur se méle au dur constat qui fait mal, un mélange qui tire des larmes. Ca colle au doigt. Tout un poème.
Le Berlin de Lou Reed est de cette tranche.
Lou Reed a pigé ce travers de la vie moche plus belle que le désinfecté de mise. Berlin est empreint d'une poésie noire, celle de cette chute inexorable, cet autoportrait aussi cynique que désespéré, qui se transforme magnifiquement en une image, celle d'une chanson triste, celle qui clôt le disque: "Sad song". Lou y chante "but I just don't care", car il se fout que Caroline soit morte les veines ouvertes, un soir, seule. Quel salopard pourrait-on se dire, propres que nous sommes. Mais comme il l'avait chanté dans "Heroin", Lou décrit et vit ce détachement romantique entrainé par la dope et le désespoir. Ce détachement presque dandy qui fait que l'on cotoîe le moche sans s'en soucier puisqu'on a la tête dans les doux nuages tièdes de la torpeur propre à la poudre. C'est pour cette inconséquence que les toxicos choquent. Ils sont gracieux alors qu'ils sont dégoutants, sans morale si ce n'est celle de la piquouse, poisseux qu'ils sont d'un désespoir bien à eux, collés à jamais, et qu'ils s'attachent à mettre en scène, encore et toujours dans le même enchainement des jours.
C'est cette quête sale que Lou raconte dans ce disque. Un vrai truc d'ordure, une sale ordure, mais qui fait pleurer alors qu'on ne le voudrait pas, mais... comment résister? On en sort sali et beau nous aussi.
Mais parlons d'un autre chimiste pour les lier ensuite afin d'y voir plus clair.
Il est surprenant de ne déceler aucune vulgarité dans les histoires de boules de Bukowsky. Ses poivrots au nez piqué, ses losers sur le déclin, ses meufs plus fraiches depuis des lustres, tous réunis dans des quartiers minables, délavés... Ca pourrait donner envie de gerber comme un Houellebecq. Mais non parce que Charles, lui, est bon. Et sa provocation n'est pas un jeu mais une réelle tendresse pour ces personnages usés. Le talent foudroyant de Bukowsky tient en ça, dévoiler la grâce là où elle est censée s'enfuir à toute jambe. Les nouvelles qu'il écrit en une nuit en se travaillant à la bière tiède sont touchantes parce que le rebut a droit à la lumière en un baiser généreux et sensible. La douceur se méle au dur constat qui fait mal, un mélange qui tire des larmes. Ca colle au doigt. Tout un poème.
Le Berlin de Lou Reed est de cette tranche.
Lou Reed a pigé ce travers de la vie moche plus belle que le désinfecté de mise. Berlin est empreint d'une poésie noire, celle de cette chute inexorable, cet autoportrait aussi cynique que désespéré, qui se transforme magnifiquement en une image, celle d'une chanson triste, celle qui clôt le disque: "Sad song". Lou y chante "but I just don't care", car il se fout que Caroline soit morte les veines ouvertes, un soir, seule. Quel salopard pourrait-on se dire, propres que nous sommes. Mais comme il l'avait chanté dans "Heroin", Lou décrit et vit ce détachement romantique entrainé par la dope et le désespoir. Ce détachement presque dandy qui fait que l'on cotoîe le moche sans s'en soucier puisqu'on a la tête dans les doux nuages tièdes de la torpeur propre à la poudre. C'est pour cette inconséquence que les toxicos choquent. Ils sont gracieux alors qu'ils sont dégoutants, sans morale si ce n'est celle de la piquouse, poisseux qu'ils sont d'un désespoir bien à eux, collés à jamais, et qu'ils s'attachent à mettre en scène, encore et toujours dans le même enchainement des jours.
C'est cette quête sale que Lou raconte dans ce disque. Un vrai truc d'ordure, une sale ordure, mais qui fait pleurer alors qu'on ne le voudrait pas, mais... comment résister? On en sort sali et beau nous aussi.
Intemporel ! ! ! 20/20
Posté le 13 octobre 2008 à 22 h 03 |
On m'avait prévenu, Berlin est un album salement déprimant. J'étais donc plutôt impatient de découvrir une nouvelle facette d'un univers que je chéris amoureusement, à savoir le désespoir, la folie, les ténèbres, l'horreur.
Pourtant, et principalement en termes de sonorités, Berlin n'est vraiment pas aussi sombre qu'on le dit. Il n'y a bien que lors des trois derniers titres, allez, les quatre derniers, que l'album prend une tournure réellement flippante. La voix nonchalante et désintéressée de Lou Reed n'est pas là pour arranger les choses.
Mais auparavant, Berlin est presque lumineux et enjoué, fortement mélancolique, et avec cette ombre qui plane au dessus, mais tout de même. Cela ne fait, après tout, que rendre la dernière partie plus difficile - sans toutefois atteindre des sommets de noirceur.
Dans tous les cas, de bout en bout, Berlin est un excellent album, sans faux pas et à l'ambiance incroyablement facile à s'installer. Bordel, on se croirait vraiment dans les années 70 !
Le disque s'achève sur ses plus beaux morceaux, je pense notamment à "The Bed", bien que "Caroline Says" soit déjà très bon. Mais "The Bed"... Rarement le désespoir et la résignation n'auront aussi bien été exprimés en musique.
Pourtant, et principalement en termes de sonorités, Berlin n'est vraiment pas aussi sombre qu'on le dit. Il n'y a bien que lors des trois derniers titres, allez, les quatre derniers, que l'album prend une tournure réellement flippante. La voix nonchalante et désintéressée de Lou Reed n'est pas là pour arranger les choses.
Mais auparavant, Berlin est presque lumineux et enjoué, fortement mélancolique, et avec cette ombre qui plane au dessus, mais tout de même. Cela ne fait, après tout, que rendre la dernière partie plus difficile - sans toutefois atteindre des sommets de noirceur.
Dans tous les cas, de bout en bout, Berlin est un excellent album, sans faux pas et à l'ambiance incroyablement facile à s'installer. Bordel, on se croirait vraiment dans les années 70 !
Le disque s'achève sur ses plus beaux morceaux, je pense notamment à "The Bed", bien que "Caroline Says" soit déjà très bon. Mais "The Bed"... Rarement le désespoir et la résignation n'auront aussi bien été exprimés en musique.
Très bon 16/20
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