Dionysos

Mathias [mai 2000]

Interview réalisée au bar de La Rock School Barbey, Avec Mathias, chanteur-guitariste de Dionysos. Mathias a la jambe dans le platre, après un accident scènique à la Nef d'Angoulème. Après une petite discussion sur la tournée de The Cure, l'interview démarre:



Elmo : Pourquoi ce nom Dionysos ?
Mathias : C'est une vieille histoire qui date de l'époque où je ne fantasmais même pas sur l'idée de faire un groupe. J'avais lu un bouquin dans lequel j'avais bien aimé l'imagerie dionysiaque, ce côté libre où il pouvait se passer quelque chose de spécial à n'importe quel moment. Je me suis donc dit " c'est un super nom pour un groupe de rock ", point !. Un an et demi après, on commençait les répétitions, on s'est appelé comme cela. Maintenant cela s'est vidé de cette référence un peu lourdingue. Dionysos, c'est plus les disques qu'on a fait, les concerts, ce qu'on est aujourd'hui. On a rempli ce nom de notre vécu. On pourrait pas s'appeler autrement maintenant.

Comment définir votre musique aujourd'hui ?
M: C'est un mélange entre quelque chose d'hyper instinctif et une vraie démarche artistique presque punk dans l'attitude dans la mesure où on prend les choses de façon assez directe et qu'on est obsédé par une certaine forme de simplicité et de minimalisme. Mais on a eu aussi l'envie d'entrechoquer des choses par pur désir artistique comme par exemple mélanger une orchestration à la Ennio Morricone avec du hip hop sur un format pop de 3 Minutes.

Vous êtes comparés à des groupes américains comme Beck, on vous voit tourner avec Dolly et Louise Attaque. Pensez-vous être une sorte de carrefour entre différentes scènes ?
M: On n'a pas ce genre de considération. On n'a pas le désir d'être rattaché à une scène, qu'elle soit new-yorkaise (Sonic Youth,...) ou française (Dolly, Louise). Il y a des choses que l'on aime et que l'on n'aime pas dans ces scènes. Nous essayons de faire notre truc de façon la plus sincère possible et généreuse. Autant on va cracher sur toute la scène pseudo-festive qui fait taper des mains et fumer des joints (on trouve ça un peu aliénant) et en même temps on va cracher sur la musique pseudo-underground qui fait de la musique intellectuelle pour être intellectuelle.

Quels disques t'on donné l'envie de faire de la musique ?
M: "Doolittle" des Pixies, "The Velvet Underground And Nico", "Daydream Nation" de Sonic Youth... Après j'ai découvert "One Foot In The Grave " de Beck, Tom Waits, Nick Cave. Je suis un grand fan de Nick Cave, mais je l'ai découvert après avoir commencé la musique.

Et la musique électronique ?
M: J'adore Björk ou les Chemical Brothers mais en même temps, il y a maintenant un côté facile à balancer une boite à rythme groovie avec une petite ligne de clavier, un vocoder... Faire de la musique électronique pour faire de la musique électronique ne m'intéresse pas. Il y a des choses à prendre mais il faut vraiment se l'approprier pour que cela devienne autre-chose. De même faire de la musique noisy en répétant tous les stéréotypes cela ne me plaît pas. Ce qui me plaît, c'est de trouver l'alchimie qui peut se produire en faisant exploser les genres. Mais avant tout, ce sont les chansons qui comptent, tout cela existe si les chansons sont bonnes.

Est-il difficile de composer à cinq ?
M: On s'est trouvé petit à petit un fonctionnement interne assez vivant qui oblige l'interaction et la remise en question de chacun. J'apporte en général une base à la guitare les autres trouvent des choses à mettre dessus et c'est la surrenchère... Je n'impose rien.

On a l'impression de vous voir tous les deux jours, vous n'en avez pas marre de tourner ?
M: Non non, on se régale. On a un rapport particulier avec la scène, on considère que c'est un privilège, Cela nous procure une adrénaline énorme ce qui fait que chaque soir même si il y en a cinq dans la semaine, c'est vraiment pour nous l'événement. On se donne à fond même si on est fatigué et qu'il n'y a personne... Je ne dis pas que c'est bon chaque soir mais on a la rage pour bouffer de la scène et des kilomètres !

Avec qui aimerais-tu tourner ?
M: Cure !

On n'aurait jamais dû parler des Cure avant !
M: Mais sur la tournée acoustique quand il (Robert Smith) aura viré son groupe de merde (rires) ! Sinon Sonic Youth, Jon Spencer, à l'époque Beck avant qu'il fasse du Prince ! Nick Cave, Björk...

Une anecdote de tournée avant la jambe ?
M: Il y en a quasiment tous les soirs... Là aujourd'hui, il y a trois filles qui font croire à leurs parents qu'elles sont en voyage scolaire pour venir nous voir. Elles avaient déjà fait la même chose à Angoulême. Je trouve ça mignon et touchant.

Qu'as tu à répondre aux gens qui trouvent que sur "Haïku", vous avez perdu de votre fraîcheur ?
M: Qu'ils aillent se faire foutre ! Je pense que ce sont des discours de gens qui écrivent dans les fanzines photocopiés, parce qu'on est sur une major ils changent leurs oreilles... Ils écouteraient différemment si on était sur Vicious Circle. On n'allait pas continuer à faire des enregistrements Lo-Fi pour des raisons pseudo-indés ! Une chanson n'est pas meilleure parce qu'elle est enregistrée sur un quatre pistes. Prends le "Boys Don't Cry" des Cure, c'est un super album enregistré vite et "Disintegration" est une grosse production. Pourtant, c'est aussi un grand disque !

Ce soir, vous jouez avec Autour De Lucie, êtes-vous jaloux de leur présence dans Glamorama de Brett Eston-Ellis ?
M: Non, c'est bien pour eux. Je n'ai pas lu le bouquin mais je trouve ça génial !

Connais-tu un "Haïku" ?
M: Je n'ai jamais mangé de pyjama aussi doux que le tien !

Interview publiée originalement dans le numéro 21 du Cafzic




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