Mark Lanegan

Has God Seen My Shadow ? An Anthology 1989-2011

Has God Seen My Shadow ? An Anthology 1989-2011

 Label :     Light In The Attic 
 Sortie :    mardi 14 janvier 2014 
 Format :  Compilation / CD  Vinyle   

L'idée même qu'une rétrospective de la foisonnante et impressionnante œuvre de Mark Lanegan puisse un jour paraître m'avait toujours semblé incongrue, hors de propos, cela pour la raison que, de mon point de vue, l'on ne pouvait convenablement résumer la carrière de cet artiste peu commun sur un seul disque, tant tous ses albums regorgent de trésors imparables. Comment choisir quelques titres de la Bête et en laisser d'autres sur le côté ? Éternel problème des best-of, rétrospectives et autres anthologies. Mais les gens de chez "Light In The Attic", très intéressant label de Seattle, qui s'est notamment spécialisé dans les rééditions classieuses, s'y sont collés et nous proposent donc leur résumé en vingt titres de la carrière solo de l'homme à la voix plus que rauque, qui a lui-même supervisé cette sortie. Et c'est ainsi qu'au travers d'extraits de Bubblegum, son sixième disque paru en 2004, jusqu'à ceux de Whiskey For The Holy Ghost, sorti en 1994 (les titres n'étant pas présentés dans l'ordre chronologique, mais plutôt à rebours, une inversion entre ce dernier et The Winding Sheet, qui date de 1990, ayant aussi été opérée), nous nous retrouvons donc à naviguer dans les eaux tourmentées de ce songwriter à la plume profonde et puissante.

Les nouveaux venus dans l'univers de Lanegan pourront prendre toute la mesure de quelques uns de ses "classiques" ("One Hundred Days", "One Way Street", "Creeping Coastline Of Lights", "Mockingbirds", "Wild Flowers", "The River Rise", toujours aussi fantastique malgré ses vingt ans d'âge, qui clôt magnifiquement le disque) quand les connaisseurs plus pointus se délecteront de certains de ses plus beaux joyaux ("Bombed", "Pill Hill Serenade", peut-être sa plus belle chanson à ce jour, "Kimiko's Dream House", "Last One In The World", "Pendulum") ou de titres que l'on n'attendait pas forcément au rendez-vous d'une telle parution ("Come To Me", en duo avec PJ Harvey, "Wheels", "Sunrise", "Carnival"). Deux titres un peu plus rares sont également présents, "Mirrored", face b du single de "Hit The City", et "Lexington Slow Down", issu de l'EP Here Comes That Weird Chill, paru fin 2003 en prélude au chef d'œuvre qu'est Bubblegum. Ces deux titres montrent tout simplement que Lanegan en avait (en a !) constamment sous la pédale et pouvait se permettre de ne pas placer sur ses albums des chansons pourtant excellentes.

De "Bombed" à "The River Rise", pendant soixante-dix minutes, le grand Mark nous ballade donc dans son monde sombre et apparemment désenchanté. Mais nous n'y voyons en réalité que beauté et vérité d'un homme qui ne nous conte rien de moins que la vie. Les plus pointilleux des admirateurs du monsieur (dont je fais parti !) pourront évidemment déplorer certaines absences, pour eux hautement préjudiciables, au niveau du choix des chansons : pas de "Hit The City", justement un de ses "hits", ni de "Methamphetamine Blues", monstrueuse de puissance sur scène, de "House A Home", de sa fantastique reprise du "Carry Home" de Jeffrey Lee Pierce, de "No Easy Action", de la déchirante "Sleep With Me" ou encore des deux bijoux que sont "When Your Number Isn't Up" et "Out Of Nowhere". Mais mieux vaut s'arrêter là, la liste pourrait être longue. Ces absences sont en fait compensées par le deuxième disque de cette anthology, que nous n'avons pas encore mentionné et qu'il est désormais temps d'évoquer.

Quand je disais que le Mark en avait sous la pédale, ce deuxième cd nous le prouve grandement. En douze titres, la grande majorité inédits, enregistrés pour la plupart entre 1998 et 2005 (avec deux exceptions, "Following The Rain", une démo des débuts, et "No Contestar", qui datent respectivement de 1990 et 2011) et accompagné de ceux qui l'ont toujours entourés (particulièrement Mike Johnson, Ben Shepherd, le désormais indispensable Alain Johannes), Lanegan fait de nouveau preuve de toutes ses capacités d'interprète et de songwriter dans des titres aux différentes formes, des courtes et réjouissantes pastilles que sont "Dream Lullabye", "Sympathy", "No Contestar" et surtout l'imparable "Grey Goes Black" (qui n'a rien à avoir avec le titre du même nom paru sur Blues Funeral en 2012). Passé maître dans l'art de la reprise, il s'essaye ici à du John Cale en nous livrant, l'air de rien et avec une confondante facilité, une évidente et limpide "Big White Cloud". En terrain mieux connu, il nous délivre également une version avec voix de la superbe "Blues For D", voix qui n'enlève rien à la magie de ce titre, paru à l'origine sur Field Songs en 2001 dans une version instrumentale.

D'une tonalité très majoritairement acoustique (pas de grosses guitares grasses à l'horizon), dotés d'arrangements et d'instrumentations soignés ("To Valencia Courthouse", "A Song While Waiting") et bénéficiant bien sûr de la voix sans pareille du Mark (notamment "Leaving New River Blues", qui sonne autant dans son titre qu'en elle-même comme une chanson laneganienne typique et idéale), les titres de ce deuxième disque sont le parfait complément du premier, apportant une nouvelle pierre et un nouvel et appréciable éclairage au déjà très consistant répertoire de la Bête. Et s'il fallait définitivement vous convaincre que les gens de chez "Light In The Attic" ont très bien géré leur affaire et très bien fait leur boulot, écoutez donc la merveilleuse "Halcyon Daze", qui monte délicatement et progressivement en intensité pour aboutir sur un titre qui n'aurait pas totalement dépareillé sur "Scraps At Midnight" ou "Field Songs". Et Lanegan de nous gratifier, pour clore ce second disque, d'une nouvelle reprise, néanmoins déjà connue, enregistrée en live en 2000 à Portland, de l'immortel standard de Jackson C. Frank, "Blues Run The Game", accompagné de Ben Shepherd à la basse et de Mike Johnson à la guitare (celle-ci connaissant un passage à vide au milieu du morceau, ce qui nous permet d'entendre Mark discuter avec le public avant de reprendre de bon cœur les choses là où elles s'étaient arrêtées).

Has God Seen My Shadow ? An Anthology 1989-2011 (quel titre !) constitue donc, pour les novices de l'œuvre de Mark Lanegan, une impeccable porte d'entrée dans son univers si particulier et personnel, quand les initiés seront ravis de réécouter une sélection de morceaux, tous bien choisis, qui ont fait et font toujours la grandeur de cet artiste rare et précieux, le deuxième disque renforçant ce sentiment, puisqu'il déroule douze titres qui contribuent encore à asseoir son excellence de musicien, de chanteur, d'interprète et de songwriter plein de classe et de ressources qui semblent inépuisables. Et si les gens de chez "Light In The Attic" veulent continuer à mettre le sieur Lanegan en avant, ils n'ont qu'à faire des rétrospectives de ses innombrables et excellentes reprises, tout comme de ses non moins innombrables et excellentes collaborations avec les multiples artistes et groupes qui ont croisé son tortueux chemin. Il y aurait de quoi faire. Et cela nous montrerait que son ombre s'étend plus loin que nous le pensons. Et qu'elle n'est pas prête de disparaître.


Exceptionnel ! !   19/20
par Poukram


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