PJ Harvey

John Parish & Polly Jean Harvey : Dance Hall At Louse Point

John Parish & Polly Jean Harvey : Dance Hall At Louse Point

 Label :     Island 
 Sortie :    mardi 24 septembre 1996 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Un an après le fabuleux "To Bring You My Love", PJ nous revient avec ce "Dance Hall At Louse Point", en collaboration avec John Parish.
Résultat des courses : un album splendide, aux accents bluesy et rockabilly prononcés, mais aux sons magiques, tantôt crados, tantôt purs. Du coup, les 12 chansons de cet album sont réellement envoûtantes et déroutantes, créant des ambiances étranges et insondables dans lesquelles on se laisse noyer avec délice et perversité.
Un disque surprenant et fort, presque magique.


Parfait   17/20
par X_Shape104


 Moyenne 18.50/20 

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Posté le 20 février 2006 à 11 h 00

Dance Hall At Louse Point est, sans hésiter, l'album de PJ Harvey dans lequel j'ai eu le plus de mal à entrer. Je l'ai d'ailleurs longtemps laissé de côté sans vraiment arriver à le comprendre. Mais une fois qu'on a réussi à dépasser ce stade, il dévoile alors tout son éclat et se révèle être véritablement bouleversant.

Tout commence par "Girl", un morceau totalement instrumental, très dépouillé, qui n'est constitué que de quelques notes de guitares avec en fond sonore une voix pure et limpide. Cette voix s'élève doucement comme une lumière au milieu de la nuit, avant de s'éteindre progressivement. On sait ainsi d'emblée que l'album va s'avérer très épuré et très personnel. Ce morceau, bien qu'assez bref, s'avère en fait capital de part son rôle d'introduction, puisqu'il touche, et c'est à lui que revient la tâche de nous accompagner doucement à l'intérieur de l'album.
Vient alors "Robe Bridge Crossing" qui commence par quelques notes de guitare assez douces, mais qui se font ensuite de plus en plus incisives, de plus en plus aiguisées et distordues. Cette guitare maladive contraste ainsi de plus en plus avec le fond sonore, toujours régulier et feutré. PJ Harvey entame alors les premières paroles : tantôt en parlant, tantôt en chuchotant, tantôt en suffocant, elle évoque les promesses d'un amant dont on ne sait pas vraiment s'il vient de ses souvenirs, de ses fantasmes ou de ses rêves, avant de laisser éclater sa voix sur un refrain à la fois envoûtant et mélodieux.
Sur "City Of No Sun", le rythme se fait alors plus rapide, contrastant avec le ton calme et lent sur lequel la chanteuse énonce quelques paroles romantiques : ‘Love me tenderly my darling' avant de se mettre brusquement à pousser des cris stridents, hurlant sa douleur et sa souffrance d'avoir été délaissée. Le morceau s'arrête alors brutalement en plein milieu d'un grand cri.
C'est donc de manière plutôt abrupte que commence le morceau sans doute le plus bouleversant de l'album. "That Was My Veil" qui parle, là encore de la rupture et de la difficulté à ‘faire son deuil' après avoir été trompée. La voix de la chanteuse, débordante d'émotion, est encore plus mise en valeur par la simplicité de l'accompagnement : une unique guitare acoustique qui vient somptueusement souligner la beauté de son timbre. La mélodie est magnifique, et quelques secondes de synthé viennent ajouter un aspect solennel à ce morceau qui n'est que douceur et mélancolie.
Sur "Urn With Dead Flowers", l'ambiance est nettement différente. Il règne d'abord comme une sorte de flottement, de déséquilibre, de décalage qui crée un étrange malaise. Puis la chanteuse laisse alors éclater sa voix à la fois haute et légèrement écorchée sur un refrain étourdissant, clamant avec conviction son désir de tirer un trait sur le passé.
On entre alors dans une autre phase de l'album où l'artiste se met à évoquer le destin souvent tragique de plusieurs personnages, au travers d'histoires poignantes.
Sur "Civil War Correspondent", c'est ici le thème de la guerre et de l'arrachement qui est abordé. Après une intro assez enthousiaste, la musique s'arrête brutalement et on se retrouve plongé dans le silence. Une voix déchirante s'élève alors de fond de la nuit, solennelle et écorchée. Une jeune femme raconte ainsi son désespoir et sa terrible angoisse de ne pas avoir de nouvelles de son amant parti à la guerre. Elle évoque son impuissance et supplie Dieu, chaque jour, de lui envoyer des nouvelles, jusqu'à finir par perdre définitivement espoir et se résigner.
En ce qui concerne "Taut", c'est sans doute le morceau le plus effrayant et le plus traumatisant de l'album puisque l'artiste y raconte en temps réel, tout ce qui est ressenti par une jeune femme séquestrée à l'arrière d'une voiture, sachant qu'elle va bientôt être assassinée. L'histoire nous est racontée à la manière d'un fantôme qui reviendrait hanter son bourreau. Une voix qui semble d'abord venue des cieux entame un angélique ‘Jesus save me' avant de se métamorphoser en une voix diabolique à faire froid dans le dos. Tout y passe : gémissements, pleurs, cris, la voix est de plus en plus rapide, étouffée par la peur, implorante, suffocante, et c'est par une dernière prière que ce termine cet effroyable morceau.
L'ambiance est beaucoup plus lente, calme et détendue sur "Un Cercle Autour Du Soleil", le son est minimaliste : quelques notes de guitare sur lesquelles vient se poser une voix légère, claire et pure qui flotte doucement tout au long du morceau.
Le son commence ensuite tout en puissance sur "Heela", avant de laisser la place à une basse bien présente, la voix est profonde, écorchée et les guitares étourdissantes.
L'artiste évoque ensuite les sentiments d'un personnage retranché dans une attitude nihiliste et blasée de tout, cherchant désespérément une raison de continuer à vivre sur "Is That All There Is". L'atmosphère est très feutrée et l'artiste, uniquement accompagnée d'un synthé, énonce son texte en parlant d'une voix dénuée de toute émotion, renforçant ainsi l'impression de lassitude du personnage.
Le très dynamique "Dance Hall At Louse Point" totalement instrumental, vient rompre ce malaise et c'est par un "Lost Fun Zone" relativement optimiste que ce termine cet album renversant.

Pour résumer : un album difficile à appréhender (du moins pour ma part), mais qui, une fois qu'on a passé ce cap, se révèle en fait d'une richesse exceptionnelle.
Intemporel ! ! !   20/20







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