Screaming Trees

Last Words - The Final Recordings

Last Words - The Final Recordings

 Label :     Sunyata 
 Sortie :    mardi 02 août 2011 
 Format :  Album / CD   

Enregistrés en trois temps entre l'hiver 1998 et l'été 1999, les morceaux composant Last Words : The Final Recordings auraient dû se retrouver sur le successeur de Dust, sorti en 1996, qui reste comme l'ultime album des Screaming Trees et, à mon sens, comme le meilleur de la formation. Mais le projet ne vit pas le jour, Capitol, leur maison de disques, les ayant lâché peu après la sortie de l'album précédemment cité. De plus, les tensions entre les membres du groupe sur la direction à donner à ce dernier étaient toujours de mise, comme depuis le début de leur carrière pourrait-on dire, tout comme les excès divers et variés de ces mêmes membres. En outre, la carrière solo de Mark Lanegan, entamée en 1990, connaissait de belles heures en ces mêmes années, avec la publication coup sur coup des fantastiques (mais que dire d'autre lorsque l'on parle de Mark Lanegan ?) Scraps at Midnight en 1998 et I'll Take Care of You en 1999.
Cela dut jouer dans la décision du groupe d'arrêter les frais et de finalement se séparer en 2000, après quinze années d'une carrière bien remplie, mettant ainsi fin à l'existence de l'un des meilleurs gangs de l'underground américain des années 80-90, l'un des plus sous-estimés de cette période, et dans celle de ne pas publier ces derniers morceaux. Ceux-ci, où l'on entend les apports de Peter Buck, guitariste de R.E.M., et de Josh Homme, qui accompagna le groupe lors de ses dernières tournées, furent notamment captés dans le studio de leur ami Stone Gossard, guitariste de Pearl Jam, qui leur avait permis de poser sur bande ce qui constitue donc, par la force des choses, le testament des Trees. Ces morceaux ne furent jamais mixés ni publiés et c'est donc douze ans plus tard que les dernières volontés du groupe sont portées à notre connaissance, le batteur, ici également producteur, Barrett Martin ayant prit la décision de les sortir sur son propre label, Sunyata Records, aidé en cela par Jack Endino au mixage, l'un des principaux artisans du son de Seattle des deux dernières décennies du XXe siècle. À l'écoute de ces enregistrements au son plutôt brut, les deux hommes entendirent un groupe en forme, délivrant une musique énergique et plaisantant entre les différentes prises, cassant l'image d'une formation qui ne pouvait plus se supporter. Mais qu'en est-il concrètement ?

Et bien nous constatons que le groupe mené par Mark Lanegan en avait encore sous la pédale peu avant sa dissolution. Sans atteindre les sommets de Dust ou Sweet Oblivion, leur œuvre parue en 1992, quand le grunge était à la une de tous les magazines, et qui leur permit d'obtenir un certain succès commercial, Last Words possède ses bons voire très bons moments. Certes, pas de "Dollar Bill" ni de "Gospel Plow", mais des titres inspirés et qui fonctionnent parfaitement, nous montrant un groupe en pleine possession de ses moyens, à l'image de ce "Ash Gray Sunday", le titre inaugural, que l'on pourrait croire échappé de leur précédent opus. Présente dans les sets des derniers concerts de la bande, cette chanson est bien la preuve que les quatre hommes voulaient continuer l'aventure encore quelques temps, ce que leur maison de disques et les aspirations finales de chacun ne permirent pas. "Door Into Summer", la deuxième piste, est dans la même veine que sa devancière, Gary Lee Conner nous gratifiant d'un beau solo. Arrive ensuite "Revelator", le premier temps fort de la galette à mon sens, qui monte en puissance au fur et à mesure qu'il évolue et qui nous dévoile un Lanegan très lyrique et comme toujours impeccable. "Crawlspace", le titre qui suit, est quant à lui assez rock dans son genre et nous fait entendre un effet sur la voix de Mark, pas forcément nécessaire et utile quand on connait les capacités vocales du bonhomme, mais qui peut tout de même s'apprécier. "Black Rose Way" renoue avec le psychédélisme du groupe magnifié sur Dust, notamment au niveau du solo de Lee, pour aboutir là aussi à un morceau de bonne facture. Il est à noter que ce titre ainsi que le précédent ont été abondamment repris par Lanegan sur sa tournée en soutien à son excellent Blues Funeral, les deux ayant été mis à la sauce du Band, plus rapides et plus rock.
Avec "Reflections", qui prend la suite de "Black Rose Way", les Trees s'essayent à la ballade acoustique, exercice pas si fréquent que cela pour eux, mais qu'ils réussissent sans aucun problème, les chœurs des frères Conners ajoutant un parfum très plaisant à la pièce. "Tomorrow Changes" est en quelque sorte le prolongement naturel de "Reflections", en un peu plus rythmée et musclée, mais toujours aussi agréable. "Low Life" suit le même chemin, la guitare de Lee faisant néanmoins son retour. Les deux derniers morceaux du disque sont pour moi les meilleurs, ceux-ci nous montrant des Screaming Trees au pic de leur forme. "Anita Grey" et son refrain bien catchy, entraînant, est parfaite, les membres du groupe sont à l'unisson, Lee nous servant une nouvelle fois un de ses solos déstructurés dont il a le secret. L'éponyme et bien nommée "Last Words" a pour rôle de clore ce disque, rôle dont elle s'acquitte parfaitement en nous replongeant dans le meilleur de Sweet Oblivion. Le chant et les chœurs sont maîtrisés, la mélodie est belle, la rythmique est sans faille, mais l'ultime messe vient d'être prononcée, bien que le groupe n'en avait peut-être pas encore conscience à ce moment-là. Les Trees quittèrent le studio. Ce fut la dernière fois qu'ils enregistrèrent ensemble. Et, aux dernières nouvelles des uns et des autres, ce n'est pas prêt de recommencer.

Que retenir de ce disque ? Et bien que les Trees, en enregistrant les morceaux qui le composent, avaient la toute naturelle intention de donner un successeur à Dust. Ils s'en sont, cela parait évident, donnés les moyens, certains titres étant excellents, mais le tout sonnant peut-être un peu léger par rapport à ce qu'ils avaient produit auparavant, bien qu'une grande cohérence guide l'ensemble de ces dix titres, qui se placent dans le prolongement direct de Dust. Le disque qui serait sorti de ce qui ont finalement été les dernières sessions d'enregistrement des Screaming Trees en aurait constitué une suite somme toute logique, le sillon acoustique des chansons ayant été ici toutefois largement travaillé, faisant une part un peu moindre aux éléments psychédéliques de la formation, qui faisaient le délice de l'album précédemment cité. Il manque néanmoins à l'ensemble un ou deux titres vraiment forts, qui auraient propulsés l'album vers l'excellence, comme "Dollar Bill" et "More Or Less" sur Sweet Oblivion ou "Sworn and Broken" et "Gospel Plow" sur Dust avaient si bien su le faire en leur temps. Reste des titres d'une tout de même très bonne facture, qui jouent à merveille leur rôle d'ultime partition de la formation, et qui nous prouvent, s'il le fallait encore, que les Screaming Trees étaient un très grand groupe, il est vrai injustement sous-estimé aujourd'hui, mais tellement passionnant et qui, durant les quinze années de son existence, ne fit jamais semblant en quoi que ce soit et qui resta intègre malgré les épreuves. Gloire leur soit rendue.


Parfait   17/20
par Poukram


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