Ministry

From Beer To Eternity

From Beer To Eternity

 Label :     13th Planet 
 Sortie :    vendredi 06 septembre 2013 
 Format :  Compilation / CD   

Les thrashers allemands de Tankard auraient sorti un album intitulé de la sorte, j'aurais trouvé ça hilarant et je me serais délecté à l'avance des morceaux houblonnés qu'il aurait dû contenir. Là, pour ce qui est annoncé comme étant le testament de Ministry, j'ai vraiment du mal à croire que le gros Al, le pape du Métal industriel, ose terminer sa carrière sur un aussi triste jeu de mots. Ou alors il faut voir ça comme un clin d'œil à l'humour noir quant à la mise en bière de son légendaire guitariste Mike Scaccia ? Cela serait déplacé. Peut-être une allusion aux comas éthyliques répétés d'Al sur scène alors ? Il n'y a pourtant franchement pas de quoi rire même si je reconnais qu'une telle habitude est rock'n roll en diable. En effet, qui meurt encore aujourd'hui étouffé par son vomi ? On est plutôt dans l'ère du végétalien et il y a plus de chance de voir un adepte de la World Music faire une indigestion de saucisses de soja que d'assister à la mort sur scène d'un toxico accroché à sa guitare. Triste époque.

Cela dit, elle est bel et bien là cette ultime offrande, cette compilation de raretés, fonds de tiroir, d'inédits et autres remix en charge de mettre la touche finale à la légende, histoire de mieux préparer le terrain pour la reconversion d'écrivain de Jourgensen. Mais trêve de supputations : que vaut réellement From Beer To Eternity ? Déjà, ça démarre très fort avec l'excellent "Hail To His Majesty (Peasants)" qui n'aurait pas dépareillé sur "Psalm 69". Je retrouve le Ministry qui me faisait jadis craquer grâce à une base électro indus bien martiale qui me fout le bout en ébullition. Cette première très bonne impression se confirme avec le très efficace "Punch In The Face" qui lorgne lui aussi sur les productions les plus anciennes du groupe. Riffs tordus et distordus, énergie pré rammsteinnienne, vocaux scandés et belliqueux, le triptyque parfait. Du coup, je me sens en confiance, je me dis que le gourou n'a pas totalement fondu les plombs, qu'il en a encore sous le roadster.
Il faut hélas subir le très poussif "PermaWar", heureusement également remixé façon dancefloor, peu inspiré, à l'image des dernières productions de Ministry (j'exagère à peine). Mais c'est quand même incroyable que j'en vienne à préférer la techno au gros Métal à bières ! Tu me fais du mal Al ! Même constat d'ennui sur "Perfect Storm", on cherche l'âme, la rage et l'envie au sein d'un titre caricatural qui n'arrive pas à décoller. Je me refais une santé sur "Fairly Unbalanced", bien rock, qui me fait dresser les oreilles tel un épagneul à l'approche d'une femelle en chaleur. Morceau assez surprenant pour un Ministry ou plutôt un titre qui irait mieux à Lard ? Dur à dire mais ça gigote dans mon Eminence, c'est sûr. On retrouve la trique d'un "The Land Of Rape And Honey" mais avec des concessions faites au modernisme, en témoigne la surabondance de glitchs. Putain de titre, certifié violent, tout comme le délire bruitiste "The Horror", nocivement irrévérencieux et qui fait la part belle aux penchants les plus déshumanisés de la formation. Bon, il faut aussi savoir apprécier les trucs qui partent en couilles mais on sait le bonhomme allumé donc pourquoi être surpris ? On pourra toujours s'interroger sur la pertinence d'un tel morceau sur un album posthume mais c'est un débat que je laisse à d'autres surtout quand dans la foulée tu te manges l'attaque thrash bouseux de "Side F/X Include Mikey's Middle Finger (TV 4)" et son solo introductif qui déchire le sphincter. Qu'est-ce qu'il nous met Al ! C'est du brutal, pas coupé à la flotte, et ça sonne comme un putain de groupe débutant avec la rage au ventre. "Lesson Unlearned" ? Britney Spears joue de l'Indus ? On ne m'avait rien dit. Sans intérêt, peut-être bourré je ne sais pas, mais très clairement un morceau à foutre à la poubelle. Changement de registre sur "Thanx But No Thanx", un Spoken Words qui aurait sa place sur un skeud des Revolting Cocks et qui tiendrait bien son rang grâce à son final biker crade.
On poursuit le passage en revue avec les ambiances orientales de "Change Of Luck" qui sonne plus comme une jam session en préambule d'une vraie composition tout en étant suffisamment accrocheur pour se dire qu'il y a encore pas mal de créativité chez Ministry et que tout n'est pas perdu, qu'ils peuvent encore sortir un bon album studio. Ce dernier effort touche à sa fin et on nous invite à apprécier le calme ("Enjoy The Quiet") d'une plage de bruit blanc : il n'y a pas de vagues et aucune nana topless, je ne reste pas pour l'apéritif.

Autant considérer que From Beer To Eternity s'achève sur cette absence de fin puisqu'on a ensuite droit à deux remix : "PermaWar Remix" dont j'ai déjà parlé et qui vaut donc cent fois mieux que la version originale et "Thanks For The Dub Remix" qui à mon sens n'apporte absolument rien. Au final, j'ai envie de croire qu'il s'agit là d'un des meilleurs Ministry que j'ai écouté ces dernières années. Il est foutraque, n'a aucune unité stylistique, propose des morceaux qui n'en sont pas et fait la nique à tous ces groupes qui se pissent dessus de joie à l'idée de sortir un best of. C'est même un peu comme si Al envoyait chier sa propre carrière et ne savait pas trop s'il doit mettre un point final ou des parenthèses. Ce n'est pas à moi de répondre mais l'espace de quelques titres je me suis souvenu pourquoi autrefois j'aimais tant ce groupe et c'est bien la seule chose qui compte.

RIP Ministry.


Bon   15/20
par Arno Vice


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