Nirvana

With The Lights Out

With The Lights Out

 Label :     Geffen 
 Sortie :    mardi 23 novembre 2004 
 Format :  Compilation d'inédits / CD   

Enfin ... Dixième anniversaire du suicide de l'ange blond de Seattle oblige, le fameux coffret d'inédits que des légions de fans attendaient depuis des années arrive enfin sur le marché ! Ou comment nous sommes invités à voir un petit groupe de punks américains devenir 'THE band that (almost) saved the world'.
Alors ? Le jeu en valait-il la chandelle ? Nirvana recèle t-il toujours autant de trésors qu'il était supposé en détenir au début des années 90 ? Il faut bien dire que je n'étais pas franchement rassuré à l'annonce de ce déballage d'inédits : et s'il s'agissait tout simplement d'un vide-grenier de la part de la maison de disques dans le but de faire encore une fois les poches de Cobain ?

Le coffret en question se compose de 3 CDs et d'un DVD. Chaque CD se rattachant plus ou moins à chacun des 3 albums studio du groupe (Bleach, Nevermind et In Utero). Le premier CD est d'office le moins intéressant du lot : on y découvre un jeune groupe au son flirtant parfois avec un métal grossier et balourd (même si le jeune Kurt propose déjà des titres aux mélodies accrocheuses comme "Blandest", "Mrs. Butterworth" ou "Dive") des batteurs limités, des morceaux totalement ineptes, présents uniquement pour le remplissage (voir l'atroce "Beans").

Les choses deviennent sérieuses sur le deuxième disque et l'arrivée de Dave Grohl (probablement le meilleur batteur encore de ce monde), où l'on retrouve quelques morceaux acoustiques passionnants ("Sliver"), des démos enregistrés par Butch Vig (futur producteur de Nevermind), deux morceaux totalement inédits datant des sessions Nevermind justement (les superbes "Verse Chorus Verse" et "Old Age") ; des faces B où le groupe retrouve ses penchants métal punk des débuts, mais aussi et surtout une version archaïque au son pourri (mais néanmoins fascinante) de "Smells Like Teen Spirit", le morceau qui fera de Cobain une star mondiale mais qui paradoxalement, tuera le groupe.

Le meilleur étant pour la fin et le troisième CD : lequel s'ouvre sur une version acoustique et franchement glaçante de "Rape Me", portée par la voix plaintive de Cobain. Pour votre serviteur, voici le meilleur morceau du coffret.
Suivent une poignée de démos explosives enregistrées à Rio durant l'hiver 1993 (dont "Heart Shaped Box", la prophétique "I Hate Myself And I Want To Die" ou "M.V."). A partir de "Serve The Servants", et toute la seconde moitié du disque, le changement est sensible et avec le recul, il est impossible de ne pas voir que tout cela finira d'une balle dans la tête, même s'il est évidemment bien plus facile de le dire maintenant. Kurt nage en pleine dépression, le batteur Dave Grohl signe une des plus belles chansons du groupe, la somptueuse "Marigold", et le disque s'achève sur 3 superbes démos acoustiques de "Do Re Mi" la très sombre "You Know You're Right" et "All Apologies".

Le DVD propose divers titres du groupe interprétés sur scène entre 1989 et 1992, des répetitions chez la mère du bassiste Krist Novoselic ; et bien que son contenu soit sympathique, il se révèle au final anecdotique. Car c'est bien par les disques 2 et 3 que les vrais fans du groupe seront fascinés, écoutant et imaginant Kurt Cobain, seul à la guitare dans son salon, composer les futurs hymnes d'une génération.


Intemporel ! ! !   20/20
par El Moz


  Coffret comprennant trois CDs d'inédits et un DVD.


 Moyenne 20.00/20 

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Posté le 06 novembre 2007 à 02 h 40

Difficile de jauger un tel coffret. Car son intérêt n'est pas tant dans la qualité (très variable) des morceaux mais plutôt comprendre l'histoire d'un groupe, le passage d'un énième combo hardcore de Seattle à la légende que l'on sait qui a laissé des chefs d'œuvres comme Nevermind, In Utero ou Unplugged.

Car ne nous voilons pas la face y'a du déchet dans cette compil. La genèse de Nirvana fut bancale, maladroite, pataude, on y entend un groupe jouer fort du hardcore bas du front. Le premier morceau provient du premier concert de Nirvana en 1987. C'est une reprise d'Heartbreaker de Led Zeppelin et même si le son est complètement pourri n'aide, je peux vous garantir que c'est un massacre. Une nullité sans nom. Une insulte à la musique. Une tache. 2 ans après Nirvana sortira le très bon Bleach. C'est là qu'on se rend compte du réel intêret de ce coffret, nous montrer les progrès fulgurants d'un groupe, une ascension incroyable. Le début du premier CD est douloureux, on zappe la chanson au milieu, on est découragé, on a mal aux oreilles, c'est une épreuve physique que l'on doit surmonter, du hardcore bas du front joué très fort. Insupportable. Mais au fur et à mesure qu'on avance dans le temps (l'ordre des chansons est chronologique) les compositions se font plus fines, les morceaux moins bourrins gratuitement, le songwriting de Cobain (aussi mauvais que sa musique au début) s'améliore, sa plume commence à faire des chansons. Mais ce n'est pas tout. On y trouve aussi un groupe qui esquisse des reprises country (de Leadbelly, tiens tiens...), qui tente l'acoustique et en fait une autre façon de composer (nous y reviendrons plus tard avec le 2ème et 3ème CD) et coïncidence, ces tentatives acoustiques vont de paire avec l'affinement des compositions et des textes de Cobain. La fin du premier CD montre un groupe nettement moins brouillon avec des morceaux qui ont nettement plus d'allure et d'envergure que les crachats hardcore du début. On est à l'aube de Bleach et Nirvana se forge une identité musicale propre.

Le deuxième CD n'est pas seulement là parce que le premier était rempli. Non il marque une rupture. Il est le lendemain de Bleach et surtout il est celui de la rencontre avec Dave Grohl. La grande valse des batteurs de la période pré-Bleach et Bleach est enfin finie. Il était temps. D'un coup les compos prennent de l'ampleur, de la consistance, les coups de boutoirs distribués par Grohl et les crépitements obscurs de la basse de Novoselic coulent le béton sur lequel Cobain peut placer des riffs de plus en plus forts. On peut tout faire avec une section rythmique de cette trempe. La présence de Grohl propulse Nirvana tel un boulet de canon. De son côté Cobain compose de plusieurs façons. Il y a évidemment le jam infernal dont s'extirpent des brides de morceaux qui sont travaillés, re-travaillés, ré-aménagés pour en faire la chanson. Mais il n'y a pas que ça. Cobain trouve des mélodies à la guitare acoustique. Retenez bien ce mot, des mélodies. Nirvana c'est la rencontre entre la pop et le hard rock. Cette façon de composer seul à la guitare acoustique va jouer un rôle clé dans l'évolution du groupe. Désormais Cobain s'est trouvé une façon de composer neuve, il cherche des riffs, idées de chansons et mélodies seul avec sa guitare sèche. Il rejoint ses 2 autres comparses avec ses idées et commence le travail de composition à 3. Ainsi sont nés des morceaux comme "Lithium". Et évidemment le groupe gagne toujours plus en finesse, les compositions vont de mieux en mieux, tout n'est pas parfait, il y a quelques déchets mais le groupe est en marche pour Nevermind et ça se sent.

Le troisième CD est une autre rupture. On est après Nevermind et sa déferlante et le ton se durcit considérablement. Le deuxième CD, pourtant pas joyeux joyeux à courir dans les fleurs a l'air d'une promenade d'hippies à côté de ce disque. Le ton est incroyablement dur, chaque morceau dégage une tension palpable. Plus électrique, plus violent? Oui et non. Oui car, indéniablement, Nirvana accouche de ses morceaux les plus furieux comme "Scentless Apprentice", issu d'une furieuse jam session complétement noise, d'un magma sonore impénétrable le groupe sort un morceau rock percutant, carré et imparable. Stupéfiant. On se remet le premier disque pour comparer... Putain c'est le même groupe ça? On peine à y croire. Des démos comme celles de "Milk It", "M.V." ou "I Hate Myself And I Want To Die" sont très violentes, explosent à la gueule et montrent un groupe au fond du gouffre mais génial sur le plan musical. Sur ces morceaux Cobain hurle des textes décousus, on sent un gars prêt à péter les plombs. Et non (oui je reviens quelques lignes plus haut là, faut suivre c'est compliqué) car la technique "composition seule à la guitare sèche" atteint des sommets. Cobain compose "Very Ape", "Pennyroyal Tea", "Serve The Servents", "All Appologies" et "Rape Me" à partir de sa guitare acoustique. D'un côté la fureur électrique, de l'autre la sensibilité acoustique. Le chaud et le froid, la pop et le hard rock. Pour ne rien gâcher à ce 3ème disque (le meilleur vous l'aurez compris) les inédits sont très bons, "M.V." déjà cité plus haut, "Marigold", "Sappy" ou une improvisation appellée à juste titre "The Other Impro" (!) sont excellents. Il aurait pu remplacer des titres comme "Tourette's" sur In Utero.
Au delà de la musique le coffret rend compte de l'évolution du groupe, de ses angoisses, de ses peurs. En 1988 Cobain disait qu'il avait peur, qu'il était en colère, qu'il n'aimait pas les ploucs redneck. En 1993 il hurle qu'il ne sait plus rien... On peut trouver des thèmes et idées dans les chansons mais ce qui frappe c'est un groupe pris dans un tourbillon qu'il ne maîtrise pas, qu'il ne comprend même pas. Du coup il se réfugie dans sa musique. Il en ressort des morceaux dingues qui paraissent décousus, furieux, limite de l'improvisation mais en réalité si construits, si répétés, si aboutis. Apprivoiser sa folie. Les textes de Cobain reflètent parfaitement cette idée, capable de textes directs, sans structure, balancés sur le coup ("Milk It", "M.V.", "Very Ape"...) il en écrit aussi parmi ses plus beaux, comme le sublime "All Appologies" où à la fin Cobain demande pardon tous ses écarts.

Un coffret indispensable pour comprendre Nirvana. Qu'importe si la qualité musicale est parfois (souvent) discutable, si le son est souvent pourri (foutage de gueule absolu, le son d'Opinion est meilleur en bootleg que sur la compil, no comments...), si pleins de morceaux disponibles en bootlegs ne sont pas sur la compil, on a ici un coffret qui reflète l'histoire et l'œuvre d'un groupe, la vérité par le son si je puis user de formule si racoleuse.

Alors pour tout ça, oui cette compil est intemporelle, du moins tant qu'on écoutera Nirvana.
Intemporel ! ! !   20/20







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