Nirvana
Incesticide |
Label :
Geffen |
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Lorsqu'on jette un coup d'oeil derrière soi, c'est avec une sorte de fascination à peine voilée qu'on retrace ces moments inoubliables où les choses prirent une tournure innatendue, qui allait changer la donne à beaucoup de gens.
Tout à coup débarquait un single cataclysmique, une météorite tombée droit sur un paysage musical si formaté qu'on l'imaginait se fondre dans le décors.
C'était sans compter une scène parrallèle de joyeux troublions, qui n'allaient pas tarder à faire parler la poudre, dans le sillage de prédécesseurs aussi sauvages qu'indépendants. Et alors le monde entier allait découvrir le rock, et pour certains ne plus en sortir.
"Smell Like Teens Spirit" nous tombait dessus par hasard comme une grande claque dans la gueule et en même temps, paradoxalement, on l'attendait depuis longtemps.
Ce ne fut plus tout à fait pareil par la suite. On avait trouvé enfin le son qui nous correspondait, des cris de rage à élever au rang d'hymnes fédérateurs, une musique enfin débarrassée de son manièrisme, un vecteur unanime à nos envies de dire "merde" à tout, et surtout à n'importe qui. Et on avait surtout trouvé quelqu'un qui savait cristaliser à lui seul nos fantasmes les plus fous, tout en restant authentique. Un type honnête et tourmenté, à qui ressembler, tout en apprenant avec fascination qu'il était capable de verser de l'héroïne dans le biberon de sa fille. Une sorte de héros dont on saurait à coup sûr qu'il choquerait les gens. Bref, un nouveau mythe. Ce que Kurt Cobain assura avec le (non) succés que l'on sait.
A l'époque c'était une révolution par le bas qui s'opérait. A travers un champ de ruines émergeaient des cris de désespoir et de cynisme mordants, repris par une génération entière. Qui aurait cru que ce chamboulement serait venu du trou-du-cul de l'Amérique ? ... Une ville comme Seatle où David Lynch tournait pour la série Twin Peaks, refuge des bûcherons alcooliques, des vétérans du Viet-Nâm et d'homophobes à la gachette facile ? ... Personne, sans doute. Personne sauf peut-être cette poignée d'activistes, dont Nirvana, qui pratiquaientt une musique hybride, à mille lieux de la mode et des préjugés, n'hésitant pas à mélanger outrancièrement les Stooges avec les Dead Kennedys, sans penser une seule seconde qu' Aerosmith pouvait être ringard. Des gars sans prétentions qui grattaient furieusement leurs guitares pourries entre deux bières, qui préféraient brailler que chanter, car trop fatiguant, qui préféraient se jeter dans le public que rester sur scène, car plus amusant.
Les salles de concert avaient à nouveau les acteurs d'un rock péchu, brut et direct. Qui imaginait que ce serait justement ces gars-là - Soundgarden, Tad, Mudhoney, Swallow etc... - qui allaient avoir le plus d'influences ? Et qui encore soupçonnait que parmis eux, Dave Grohl, Krist Novoselic et Kurt Cobain, seraient les plus reconnus et sans doute les plus adulés ? ... Ces gars qui ressemblaient plus à des paumés avec leurs jeans troués, leurs chemises de trappeur et leurs cheveux longs et gras. Un non-look repris par la Terre entière.
Et pourtant leur musique, sincère, désanchantée et touchante de vérité, allait, mieux que toute autre dépeindre les angoisses et les désillusions d'une époque.
Symbole parfait de cet ouragan : Nevermind, carton planétaire.
Malheureusement le succés trop énorme et le ton trop poli de l'album aura eu du mal à coïncider avec l'esprit contradictoire du leader de Nirvana, balancé entre ses rêves de faire les couvertures et son dégoût pour la gloire. In Utero sonnera alors très 'dark', se placera malgré tout au sommet des charts, et ménera Kurt vers la dépression ...
Avec le recul, le recueil de Faces B que constitue Incesticide prend alors une valeur toute particulière, et se révèle une vrai mine d'or. Regroupant des singles parus sur Sub Pop, des inédits et des sessions de Nevermind, cette compilation, sortie sans l'approbation du groupe qui n'en fit aucune promotion, fut un semi-échec. En effet, bon nombre de fans ayant découvert Nirvana avec Nevermind, furent désappointés par le son rèche et cradingue des sessions.
En écoutant Incesticide, on comprend pourquoi Cobain n'a jamais été complètement satisfait de Nevermind : un son trop différent des racines même du groupe. C'est ici l'album du temps où Nirvana créeait sans contrainte, avant l'argent, l'héroïne et les mondanités.
Incesticide constitue un miroir authentique de ce qu'était vréritablement Nirvana : avant tout un groupe grunge comme tous les autres, pratiquant un rock bruitiste, violent, obscur, balancé et absolument jouissif. Avec juste un truc à part : le songwritting innimitable de Kurt !
Que ce soit avec les démos de Sub Pop ("Dive", "Sliver"), les reprises de Devo ou des Vaselines ("Molly's Lips", "Son Of A Gun") ou des morceaux anthologiques et plus complexes ("Aero Zeppelin", "Big Long Now" et le cultissime "Aneurysm"), le rock de Nirvana, emmené par la voix éraillée et malade de Kurt Cobain, brille ici d'un feu sacré ardent et abrasif. Le même que celui qui le consumera ...
Incesticide (avec son titre choc ornant une pochette signée Kurt himself) apparaît comme un témoignage unique, traumatisant et irrémédiablement attachant d'un temps révolu.
Tout à coup débarquait un single cataclysmique, une météorite tombée droit sur un paysage musical si formaté qu'on l'imaginait se fondre dans le décors.
C'était sans compter une scène parrallèle de joyeux troublions, qui n'allaient pas tarder à faire parler la poudre, dans le sillage de prédécesseurs aussi sauvages qu'indépendants. Et alors le monde entier allait découvrir le rock, et pour certains ne plus en sortir.
"Smell Like Teens Spirit" nous tombait dessus par hasard comme une grande claque dans la gueule et en même temps, paradoxalement, on l'attendait depuis longtemps.
Ce ne fut plus tout à fait pareil par la suite. On avait trouvé enfin le son qui nous correspondait, des cris de rage à élever au rang d'hymnes fédérateurs, une musique enfin débarrassée de son manièrisme, un vecteur unanime à nos envies de dire "merde" à tout, et surtout à n'importe qui. Et on avait surtout trouvé quelqu'un qui savait cristaliser à lui seul nos fantasmes les plus fous, tout en restant authentique. Un type honnête et tourmenté, à qui ressembler, tout en apprenant avec fascination qu'il était capable de verser de l'héroïne dans le biberon de sa fille. Une sorte de héros dont on saurait à coup sûr qu'il choquerait les gens. Bref, un nouveau mythe. Ce que Kurt Cobain assura avec le (non) succés que l'on sait.
A l'époque c'était une révolution par le bas qui s'opérait. A travers un champ de ruines émergeaient des cris de désespoir et de cynisme mordants, repris par une génération entière. Qui aurait cru que ce chamboulement serait venu du trou-du-cul de l'Amérique ? ... Une ville comme Seatle où David Lynch tournait pour la série Twin Peaks, refuge des bûcherons alcooliques, des vétérans du Viet-Nâm et d'homophobes à la gachette facile ? ... Personne, sans doute. Personne sauf peut-être cette poignée d'activistes, dont Nirvana, qui pratiquaientt une musique hybride, à mille lieux de la mode et des préjugés, n'hésitant pas à mélanger outrancièrement les Stooges avec les Dead Kennedys, sans penser une seule seconde qu' Aerosmith pouvait être ringard. Des gars sans prétentions qui grattaient furieusement leurs guitares pourries entre deux bières, qui préféraient brailler que chanter, car trop fatiguant, qui préféraient se jeter dans le public que rester sur scène, car plus amusant.
Les salles de concert avaient à nouveau les acteurs d'un rock péchu, brut et direct. Qui imaginait que ce serait justement ces gars-là - Soundgarden, Tad, Mudhoney, Swallow etc... - qui allaient avoir le plus d'influences ? Et qui encore soupçonnait que parmis eux, Dave Grohl, Krist Novoselic et Kurt Cobain, seraient les plus reconnus et sans doute les plus adulés ? ... Ces gars qui ressemblaient plus à des paumés avec leurs jeans troués, leurs chemises de trappeur et leurs cheveux longs et gras. Un non-look repris par la Terre entière.
Et pourtant leur musique, sincère, désanchantée et touchante de vérité, allait, mieux que toute autre dépeindre les angoisses et les désillusions d'une époque.
Symbole parfait de cet ouragan : Nevermind, carton planétaire.
Malheureusement le succés trop énorme et le ton trop poli de l'album aura eu du mal à coïncider avec l'esprit contradictoire du leader de Nirvana, balancé entre ses rêves de faire les couvertures et son dégoût pour la gloire. In Utero sonnera alors très 'dark', se placera malgré tout au sommet des charts, et ménera Kurt vers la dépression ...
Avec le recul, le recueil de Faces B que constitue Incesticide prend alors une valeur toute particulière, et se révèle une vrai mine d'or. Regroupant des singles parus sur Sub Pop, des inédits et des sessions de Nevermind, cette compilation, sortie sans l'approbation du groupe qui n'en fit aucune promotion, fut un semi-échec. En effet, bon nombre de fans ayant découvert Nirvana avec Nevermind, furent désappointés par le son rèche et cradingue des sessions.
En écoutant Incesticide, on comprend pourquoi Cobain n'a jamais été complètement satisfait de Nevermind : un son trop différent des racines même du groupe. C'est ici l'album du temps où Nirvana créeait sans contrainte, avant l'argent, l'héroïne et les mondanités.
Incesticide constitue un miroir authentique de ce qu'était vréritablement Nirvana : avant tout un groupe grunge comme tous les autres, pratiquant un rock bruitiste, violent, obscur, balancé et absolument jouissif. Avec juste un truc à part : le songwritting innimitable de Kurt !
Que ce soit avec les démos de Sub Pop ("Dive", "Sliver"), les reprises de Devo ou des Vaselines ("Molly's Lips", "Son Of A Gun") ou des morceaux anthologiques et plus complexes ("Aero Zeppelin", "Big Long Now" et le cultissime "Aneurysm"), le rock de Nirvana, emmené par la voix éraillée et malade de Kurt Cobain, brille ici d'un feu sacré ardent et abrasif. Le même que celui qui le consumera ...
Incesticide (avec son titre choc ornant une pochette signée Kurt himself) apparaît comme un témoignage unique, traumatisant et irrémédiablement attachant d'un temps révolu.
| Excellent ! 18/20 | par Vic |
Posté le 16 février 2006 à 15 h 56 |
Que dire qui n'ait pas déjà été dit sur Nirvana ? C'est quelque chose de délicat et c'est pourquoi je ne chronique pas Nevermind ou In Utero qui sont des albums géniaux, ni Bleach (qui malgré ses quelques morceaux "remplissage" est un bon album), ni les sorties récentes qui (hormis le coffret) n'apportent rien du tout la légende. Je vais donc chroniquer cette compilation de raretés qu'est Incesticide. On trouve du bon et du moins bon. Beaucoup de remplissage ! Vous me direz ce sont des raretés, mais quand même. L'album commence plutôt bien avec "Dive" et "Sliver", 2 petites perles qui auraient pu figurer sur Bleach ou Nevermind à la place de certains autres morceaux ayant été retenus finalement. Ensuite on a "Stain", un morceau très moyen qui aurait pu rester dans les tiroirs. "Been A Son", une jolie chanson qui avait sa place sur Nevermind si la production avait été la même que sur l'album. "Turnaround" nous propose un morceau qui comme "Stain" était totalement dispensable. Dans le même style, on a mieux sur Bleach. Suivent alors 2 superbes reprises des Vaselines. "Molly's lips" et "Son Of A Gun" sont reproduites à la note près mais en version plus punk. Le duo Kurt Cobain - Frances Mc Kee fait des merveilles, et ces versions sont au final assez différentes des originales. Ensuite on a droit à une version électrique de "Polly", qui n'apporte pas grand chose à la version Nevermind, mais qui nous la fait redécouvrir sous un jour nouveau. "Beeswax" est sans doute le morceau le plus mauvais de cette compile. Du sous-Melvins en puissance. Après on a une version de "Downer" produite différemment. Mouais, ça ne change pas grand chose par rapport à la version de base. Enfin un autre morceau original intéressant: "Mexican Seafood" ! Peut-être le meilleur morceau de cet album. Une chanson qui laisse présager de la future évolution de Nirvana sur In Utero. Ensuite on a quelques chutes de studio datant de la période Bleach. "Hairspray Queen", un morceau dans la pure veine de Bleach et "Aero Zeppelin" qui vient des influences hard rock 70's de Kurt Cobain. Enfin l'album se conclut sur le génial "Aneurysm" qu'on ne se lasse pas d'écouter !
Vous l'aurez donc compris, l'ensemble est très inégal. Mieux vaut se procurer les albums avant d'investir dans cette compilation.
Vous l'aurez donc compris, l'ensemble est très inégal. Mieux vaut se procurer les albums avant d'investir dans cette compilation.
Pas mal 13/20
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