Autechre

Amber

Amber

 Label :     Warp 
 Sortie :    jeudi 10 novembre 1994 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

A l'image de sa sublime pochette, les premiers adjectifs qui viennent à l'esprit pour décrire le son de ce grand classique de la musique électronique sont aride, austére, mystérieux, presque irréel...
Cependant, se contenter de qualificatifs de cette nature serait extrêmement réducteur tant la musique électronique n'a peut-être jamais sonné aussi humaine que sur cet album. Une sorte de musique qui ne s'adresse pas plus à la tête qu'aux jambes mais directement à l'âme de l'auditeur en développant un sens de l'espace hors du commun propice à la sérénité.
Concrètement, Sean Booth et Rob Brown sont partis des bases jetées sur Incunabula: on a toujours affaire à des nappes atmosphériques mises en valeur par des rythmiques plus ou moins alambiquées (à moins que ce ne soit l'inverse). Mais l'ensemble est ici beaucoup plus abouti.
On sent cette fois beaucoup plus toute la spécificité du son du duo sur la durée de l'album avec notamment un sens de la progression au sein de chaque morceau assez unique en son genre. Les différents effets (echo, flanger, cordes etc...) sont particulièrement bien amenés et concourrent à faire d'Amber un sommet de maîtrise et d'invention. Un morceau comme "Piezo" illustre parfaitement le voyage inoubliable que constitue l'écoute de ce monumental album ainsi que toute son ambivalence dans la façon dont il distille à la fois le froid et le chaud, l'austérité et l'euphorie, la simplicité et la compléxité, les dunes lunaires de la pochette et ce qu'elles cachent.... souvent imité, jamais égalé.

Incontournable.


Intemporel ! ! !   20/20
par Piezo


  En écoute : https://autechre.bandcamp.com/album/amber


 Moyenne 18.60/20 

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Posté le 11 juin 2004 à 22 h 22

De l'avis général, je crois que ce que l'on dit après avoir terminé d'écouter ce CD c'est : <<Wahou, j'ai encore les oreilles qui grésillent ( là j'ai des variantes : qui bougent, qui sautillent, qui tremblent )>>. Et encore, les gens qui me disent ça sont ceux qui ont accepté de l'écouter d'un bout à l'autre.
Pourtant je comprends pas. Moi je trouve ça vraiment exceptionnel comme musique ! Et c'est sûr que ça risque pas de passer à la radio, c'est un peu trop ... 'trituré', je dirais. Bien que, en se plaçant entre deux fréquences utilisées, on a parfois le même genre de musique.
Mais c'est ça en fait qui est génial là dedans ! C'est l'incompréhensibilité première qui s'établit entre l'auditeur et le disque, et qui finit par s'estompter pour faire place à la complexe limpidité de ce chef-d'oeuvre.

Mais comme un chef-d'oeuvre se doit tout de même d'être compréhensible par tout un chacun, je ne lui mettrais que 16.
Très bon   16/20



Posté le 23 mai 2008 à 20 h 48

Les artistes qui suivent une logique de recherche lient leurs albums entre eux. En somme il y a déjà toute l'évolution qui va suivre en germe dans l'objet présent. C'est surtout audible en jazz, et je pense ici plus particulièrement à Coltrane et la fabuleuse logique de son travail. Aucune révolution, aucune rupture, tout découle de la matière elle-même. Un vrai travail d'orfèvre...
En ce qui concerne Autechre et ce deuxième album, c'est la maitrise absolue de la matière qui éclate à la gueule de l'auditeur. Je n'ai jamais entendu une musique aussi parfaitement dosée. Chaque effet, chaque évènement, chaque évolution suit une logique claire, concise. D'où cette impression de dévaler fraichement de grands espaces lunaires. La pochette nous montre un paysage solaire et non plus terrien.
Nombreux sont ceux, j'imagine, qui se sont retrouvés déroutés par l'évolution clinique du groupe. Autechre s'est mis à défragmenter la matière sonore jusqu'à transformer sa musique en une nuée de poussières faite d'innombrables mouvements complexes. Autechre a optimisé au possible les recherches de Xenakis qui s'inspiraient des phénomènes naturels complexes tels que la pluie ou les mouvements de colonies d'abeilles pour composer des pièces pour cordes. Autechre est la musique la plus complexe que je n'ai jamais entendu.
Avec Amber c'est une grande clarté de moyen et d'effet qui sont en jeu. Chaque élément est travaillé de manière à ce qu'il paraisse évident, c'est-à-dire organique, ayant lui-même une place fonctionnelle simple et vitale dans la structure du morceau. Mais comme Coltrane a exaspéré ses anciens fans en destructurant son jeu, le délivrant du swing peu a peu, Autechre lors du dernier morceau fait imploser subitement son étendue atmosphérique en un état de crise, la matière est retournée, et ce mouvement est l'ouverture biaisée sur le travail chirurgical du reste de leur carrière. Cet appel d'air est absolument grandiose et prouve que l'oeuvre d'Autechre est à considérer dans son entier.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 05 juillet 2009 à 02 h 18

1h15 de voyage dans un paysage aride, presque lunaire, sur une planète nommée Amber.

Et quel voyage! En écoutant ce disque vous pénétrez dans un monde délicat.
Le groupe nous livre ici la musique la plus subtile et la plus harmonieuse de sa carrière.
En plus d'être une demonstration de maitrise technique (reverbs, échos...) Amber est un album d'une beauté rare. Élégant, raffiné, aérien (oui oui je parle toujours de musique...) cet album est à faire écouter à tous réfractaires de musique électronique.
Cependant, il faut en accepter les conséquences. Votre esprit quittera votre corps le temps de "Piezo" et surtout "Nine" pour partir loin, très loin!
Mais rassurez-vous "Further" est là pour vous faire revenir et vous sortir de votre divine léthargie.
Puis viens "Yulquen" le temps est figé, le calme avant la tempête que sont "Nil" et "Teartear" (Passerelle parfaite avec les sonorités moins "organiques" de Tri Repetae)

Jamais la musique électronique n'aura paru aussi humaine.
C'est beau tout simplement.
Un album a écouter au casque, dans le noir pour que l'immersion soit totale.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 13 août 2021 à 14 h 33

Planter le paysage d'abord : des montagnes enneigées – j'aimerais pouvoir vous affirmer qu'il s‘agit des Alpes mais je n'en suis même pas certain – une semaine de ski, une fin de première année de médecine. Allègrement foirée d'ailleurs. L'année, pas les vacances. Les vacances étaient foirées elles aussi, mais sans allégresse. L'année s'est déroulée assez légèrement pour moi, une fois que j'ai compris au bout d'un mois ou deux que je n'irais pas jusqu'au bout du cursus. J'étais dans le fond, je discutais avec les redoublants qui avaient 2 à 3 ans de plus que moi, je bricolais des avions en papier, je participais aux traditions carabines avec un enthousiasme mesuré. L'incertitude quant à l'avenir était là c'est certain, et je mettais une énergie certaine à cacher mon errance à mes parents. Mais tout bien considéré, je n'ai pas passé une très mauvaise année. En revanche j'ai passé de sales vacances.

C'était l'hiver, quelque part dans les Alpes, une amie de promo nous avait invités à l'accompagner aux sports d'hiver. Je crois que nous étions 5, dans un tout petit chalet qui nous servait simplement de point de chute entre deux descentes enneigées. Ç'aurait pu être l'idéal pour décompresser après une année riche en tension (même pour un glandeur comme moi), mais c'était sans compter que dans le club des 5 il y avait mon crush de l'époque et son crush à elle, les deux se tournant autour depuis à peu près aussi longtemps que je les connaissais. J'avais moi-même lâché officiellement l'affaire depuis quelque temps, sachant que je n'étais pas de taille face à la force gravitationnelle qui ne manquerait pas de les faire entrer en collision. On ne s'oppose pas bien longtemps aux forces du cosmos. J'en étais conscient, mais ça ne m'a pas empêché d'éprouver le supplice que j'ai ressenti en continu pendant ces quelques jours où les deux se tournaient autour de plus en plus intensément, à faire des manières cousues de fil blanc comme seuls les amoureux imbéciles savent le faire. Et il fallait que je sois aux premières loges pour assister à ces atermoiements sans fin. Un soir n'y tenant plus, j'ai pris mon casque et mon iPod et je suis sorti dans la rue pour me refroidir le crâne. Je ne savais pas où aller, je voulais juste marcher, tout pourvu que je ne reste pas dans la même pièce que ces deux-là.

Je pense que je n'avais pas particulièrement prévu d'écouter Autechre. Je ne connaissais le groupe que de nom, et encore sur la foi d'une belle pochette, Amber, (la moins abstraite peut-être de leur discographie touffue). Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre, une musique lunaire peut-être électronique sans aucun doute, ça oui. Et peut-être qu'en fin de compte je n'ai pas tout à fait su ce que j'écoutais alors. Mais il s'agissait en tout cas d'un véhicule idéal pour accompagner le magma poisseux qui m'habitait. Une musique froide, au diapason de l'air frais des montagnes, mais pas un froid gelé et cassant, plutôt un froid vaporeux comme la buée qui se forme lorsqu'on expire à basse température, les nappes synthétiques sont douces, pâles et lointaines, mais au cœur de cette grâce glaciale il y a le mouvement saccadé qui accompagne mes pas rageurs ; le groove sec, mécanique mais sophistiqué des beats. De la musique pour danser, malgré tout.

Amber est long, et ma balade n'aura largement pas suffi pour tout écouter, mais mon âme était déjà un peu plus sereine. Et la graine d'Autechre était plantée, prête à germer un jour pour me mener vers d'étonnants paysages. Quant à mon voyage, il s'est plutôt bien terminé en fin de compte. Un abcès a été crevé, et le dernier jour était un jour heureux, de descente de poudreuse à des vitesses peu raisonnables : ce que devait être ce séjour au ski depuis le début. On se satisfait de ce qu'on a.


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Vous pouvez retrouver ce texte narré et mis en musique ici : http://www.xsilence.net/news.php?996#n996
Parfait   17/20







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