Vic Chesnutt

Nantes [La Barakason, Rezé] - jeudi 15 novembre 2007

Vic Chesnutt
La soirée a commencé avec un catapultage pour quelque part où les dimensions se perdent. Tramway bondé, qui se vide peu à peu de ses voyageurs. Jusqu'à la dernière station. Je finis au bout de la ligne, seul dans mon wagon. Je me suis senti Chihiro qui se rendait chez la sœur de la méchante sorcière. Je sors, il fait nuit, je suis entouré de tours d'immeubles noirs mais pas inquiétants. Personne sur la place, dans les rue, pas un bruit. Je cherche un peu mon chemin, la Barakason est indiquée comme par magie. Je m'y rends, je vois un bâtiment genre maison des associations de quartier. Je fais le tour pour savoir par où on rentre (j'ai trois quarts d'heure d'avance, pour une fois). Un escalier, une petite porte, je m'avance. Efrim sort, une clope au bec. Choc, surprise, air bête.

'-good night.
-good night'.

Je recule, m'en vais continuer le tour du bâtiment. Je me sens tout chose. J'ai vu Efrim, putain. Le monsieur qui dit ‘So come on friends, to the barricades again' et tout, celui que j'ai écouté très fort un nombre incalculable de fois dans mon cube de vie. Il était là, tout simplement, humain. Et moi aussi. A ce moment là j'étais déjà parti autre part. J'attends sans rien faire, mais je ne m'ennuie pas. On rentre, j'achète mon billet à la caisse, mes 13 euros partent, et un monsieur les met dans sa petite caisse métallique, me donne ce morceau de papier bleu qu'un autre déchire. Je rentre, parle à ce monsieur qui présente les beaux objets cartonnés venant du Canada. La salle s'ouvre, je m'installe devant, tout devant. La première partie pourra être mauvaise, je suis tellement réceptif que j'aimerai.

Faustine Seilman arrive. Une toute jolie et simple demoiselle nantaise se présente de sa voix feutrée et timide, nous jour une chansonnette au piano. Ses acolytes arrivent, une accordéoniste/instruments divers, ainsi que le trio guitare/basse/batterie habituel. Une première partie au final sympathique sans plus. Une chanson pas vraiment originale mêlée à des montées post-rock tout ce qu'il y a de plus cliché, mais bon, j'avais envie d'aimer, et j'ai aimé. Le charme de la demoiselle opérait et la cohésion sonore du collectif était remarquable. Certains moments ont touché à la lumière géniale d'un Godspeed, et ça m'a suffi pour accrocher. Le collectif dit merci, s'en va, la gentille Faustine nous gratifie d'un merveilleux sourire mi-gêné mi-satisfait, et quitte la scène.

Je m'assoies par terre, et quelques messieurs arrivent pour installer la scène. Beaucoup de soucis techniques qui prennent un certain temps, mais cela permet à Jessica de faire des blagues de balance, des miaou miaou dans le micro, et Efrim fait des sons de guitare pour meubler. Le temps passe, les réglages se terminent et la lumière s'éteint. Tout le monde se met en place. Et puis arrive ce monsieur en fauteuil. Acclamations, le monsieur, très humblement, remercie le public, enfile péniblement sa petite guitare et son médiator, et commence une chanson.
Tout de suite, "Everything I Say", ma préférée de l'album. Même si mon premier réflexe est de me dire ‘dommage, ils la jouent déjà', je suis très vite consolé. Ce morceau m'a donné beaucoup beaucoup de frissons. Hm. Tout de suite après, "You Are Never Alone". Oh, ma deuxième préférée. Mince, que restera-t-il de l'album ? Qu'à cela ne tienne. Putain, c'est beau. Elle a duré dix minutes au moins, jouée très lentement, avec un merveilleux temps mort au milieu, juste avant qu'il reprenne "It's Okay, You Can Take The Bible". Les musiciens continuent de jouer, Vic Chesnutt joue, fait des clins d'œil au public, se débat avec son fauteuil et sa guitare. Il semble avoir toute la douleur du monde à jouer, mais le fait avec plaisir et amour. Reprennent les voix, les chœurs, et le morceau reprend sur ce refrain d'une puissance merveilleuse. Vic chante divinement bien. Il a cette sensibilité qui te touche au fond, tout au fond, sans pour autant tomber dans un pathos irritant du tout. C'est cette mine, ces sourires qu'il lance, ces ‘hey, let's go now, one two three' tout doux comme au début de "Wallace Stevens" sur l'album. Sans détailler toutes les chansons, le rythme du concert était parfait. Entre ballades folks d'une sublime mélancolie, ou ces morceaux explosifs ("Debriefing"), cette soirée fut merveilleusement emmenée par tous les musiciens qui semblaient dans une parfaite cohésion. Et puis, "Splendid", qui me fait un peu chier sur l'album, a pris une dimension inattendue au concert, due au chant tellement juste de monsieur Chesnutt.
Et, ces deux duos, véritables moments de grâce. Avec Thierry pour "Warm", puis avec Jessica pour "Folder On Her Wings", reprise de Nina Simone. Silence religieux. A chaque fois, le public conquis laisse un silence de quinze secondes avant d'applaudir. Divin silence.
Le concert se conclut avec "Ruby Tuesday" (si vous ne m'aviez pas dit que c'était une reprise des Rolling Stones, jamais je ne l'aurais su), au son se rapprochant énormément de celui de Silver Mt Zion. Morceau en plusieurs parties, mélodies fabuleuses et chant parfait. Et ces chœurs, qui rappellent American Motors de ASMZ, imbibés d'une lumière ahurissante, m'ont vraiment fait mouiller les yeux. Fichtre.

Chesnutt reste seul pour la dernière chanson, "Over", très humble, puis nous quitte avec un modeste ‘Goodbye'. Je sors de la salle mais ne redescends pas complètement sur terre.

J'étais venu plus pour ASMZ que pour Chesnutt, et je ressors amoureux d'un petit monsieur paraplégique en fauteuil roulant qui lutte pour se rappeler le début de chacun de ses morceaux. Soirée magique.

Bonne nuit.


Exceptionnel ! !   19/20
par ßoußou


  Note : Photo Par X_Keyser José


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