Björk

Biophilia

Biophilia

 Label :     One Little Indian 
 Sortie :    mercredi 05 octobre 2011 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Fin mai 2011 le site officiel de Björk met en ligne un teaser intitulé "Road to Crystalline" dans lequel on voit l'Islandaise au volant de son Hummer parcourir les routes du pays des volcans avec en fond un extrait du nouveau single "Crystalline". Un mois plus tard, le clip officiel réalisé par le fidèle Michel Gondry est balancé sur YouTube. Le ton est donné: délire avant-gardiste où l'on retrouve Björk dans un étrange voyage dans l'espace, où des météores tombent sur le sol lunaire et forment des formes géométriques et des cristaux, le tout agrémenté de lasers et de couleurs fluo et d'un parfum de bidouillage sur ordinateur. C'est joli, c'est technique, c'est bien réalisé, mais on s'ennuie une fois la première minute passée. Musicalement, on rencontre une Björk qui pioche dans sa mallette à outils pour concocter un nouveau morceau qui lui ressemble, qui lui colle à la peau, qui au final ne surprend pas: ainsi, on retrouve les petites clochettes qui ont fait Vespertine (2001), on retrouve les décharges électroniques qui ont fait Homogenic (on pense, par exemple, parfois à "Alarm Call" ou même "Pluto"). Si dans ces deux brillants albums, et, par extension, dans la première partie de sa carrière (jusque Medúlla compris), Björk parvenait à nous ravir et nous surprendre tout en restant toujours elle-même à cent pour cent, on a bien senti dés la b.o. Drawing Restraint 9 en 2005 que ce glorieux sans faute touchait à sa fin et que l'étrange artiste peinait à se renouveler en masquant son manque d'inspiration avec des délires hermétiques que elle-même ne comprenait peut-être même pas. En 2007, elle nous gratifie d'un Volta, où l'on retrouve aussi bien le producteur hip-hop Timbaland (ça pour le coup, c'était plutôt inattendu) que de la musique industriel et des instruments "world" comme des koras et autres pipas: dix titres qui forment un album sympa, mais loin d'être excellent. Après plus de quatre ans d'absence discographique, Björk revient donc avec Biophilia et tout un concept étrange autour d'applications Apple et d'une ode à la nature, tout un concept où l'amour hippie pour les êtres vivants et ce qui composent notre jolie et étonnante planète bleue se mêle à l'amour des innovations technologiques.

Ceux qui espéraient retrouver avec cet opus les chansons de dance alternative ou des pop songs gonflées à l'électro ("Big Time Sensuality", "Venus as a Boy" ou "Army of Me") des débuts passeront leur chemin; les non-initiés aux divagations björesques, eux aussi. Avec Biophilia, Björk signe peut-être son disque le plus hermétique et, plus inquiétant, le plus irritant. À moins d'être particulièrement féru de l'artiste, on rencontrera même de sérieuses difficultés à ne pas trouver l'"expérience auditive" éprouvante. Les chansons défilent (difficilement), rien ne semble flatter l'oreille ou même s'y accrocher un tant soit peu, Björk se parodie tout le long et met en exergue toutes les mimiques que l'on trouvait réconfortante sur ses présents disques et que l'on ne peut plus ici encadrer dés la troisième plage. Seuls les morceaux "Crystalline", "Mutual Core" et l'angoissant "Hollow" se démarquent. En dehors de ces trois chansons, le reste – de l'ultra-répétitif "Moon" à la parodie moyenne des joyaux de Vespertine, "Virus" – est trop démonstratif, trop barré, trop lourd pour réellement passionner. Trop prétentieux aussi: "Biophilia célèbre la façon dont le son est présent partout dans la nature. Il explore l'étendue infinie de l'univers, des systèmes planétaires jusqu'à la structure atomique", dixit Björk dans une interview. Rien que ça!

Pourtant exploration de l'univers ou pas, Björk signe tristement avec Biophilia un album sans réel intérêt. Certes ce n'est pas une catastrophe: Björk reste Björk, et il y a toujours une certaine recherche, une certaine technicité, il y a un univers auquel on pourrait éventuellement adhérer malgré tout, mais Biophilia n'ajoute rien à sa discographie, voire la contamine par son aspect involontairement parodique. Artiste jusque dans sa folie sans concession, Björk s'est sans doute un peu perdue dans son projet, et par conséquent elle nous a aussi oublié.


Passable   11/20
par Rebecca Carlson


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