Jean Louis Murat

Grand Lièvre

Grand Lièvre

 Label :     Scarlett 
 Sortie :    lundi 26 septembre 2011 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Il aura fallu deux ans à Jean-Louis Murat pour sortir son dix-huitième album. Une grande première depuis le fameux Mustango (1999) ! Ne s'entichant que rarement de ce qu'on attend de lui, Murat mise ici sur un concept plus acoustique, mais paradoxalement toujours dynamique. Les ombres de Mustango et de Mockba ne planent jamais très loin tant le son est brut, à la fois dans la puissance et la retenue.

Bien qu'il risque de ne pas faire l'unanimité, à l'instar de Tristan avant lui, ce Grand lièvre charme par son élégance poétique et évite les petites erreurs des précédentes productions de Murat. Les pistes de remplissage de Lilith, voire du Cours ordinaire des choses, parfois un brin mollasson et prévisible dans sa construction, ne trouvent ici aucun écho.
Les guitares électriques, peu présentes, laissent place à des arrangements acoustiques dans lesquels se mêlent l'orgue, les guitares sèches – omniprésentes –, le piano et, surtout, une ribambelle de chœurs. Ces derniers, peu courants habituellement dans les albums de l'artiste, tout du moins dans cette forme, confèrent une atmosphère particulière, sur le fil du rasoir, jouant sans cesse entre l'ironie et une mélancolie complexe ("Vendre les prés", "Le champion espagnol"). L'Auvergnat n'en oublie pas quelques expérimentations, notamment au niveau du traitement de sa voix ou au sein même du processus de composition. Seule la pop légère et naïve du premier extrait "Les rouges souliers", par ailleurs horriblement mal choisi, vient contraster cet ensemble baigné dans une douceur triste et planante qui n'appelle jamais à l'ennui.

Comme à l'accoutumée, la voix et les mots caressent autant qu'ils écorchent en entraînant l'auditeur au cœur de territoires plus ou moins connus (ruralité, guerre, cyclisme, égarement de l'homme moderne). Une poésie leste au ton toujours libre, visant principalement à glorifier ce que l'artiste nommera des héros (les soldats, les paysans, les sportifs). Murat s'ouvre donc davantage au monde qui l'entoure et en oublie par-là même son amour pour les femmes, exprimé plus que bonnement auparavant.
"Chercher l'aventure au plus profond des mots" nous chante Jean-Louis ici, et c'est qu'on lui donnerait volontiers raison. Parions que "Sans pitié pour le cheval" et "Le champion espagnol" rejoindront rapidement la longue liste des titres incontournables du chanteur.

Encore une sacrée réussite donc, quoique peu évidente aux premières écoutes. L'édition limitée est agrémentée d'un album live de huit titres enregistrés à la Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand) le 7 avril 2010. Un bonus indispensable, quoique dévoilant un rendu sonore inégal, qui offre aux amateurs des versions retravaillées de quelques classiques ("Mousse noire", "Taormina", pour le coup méconnaissable), du trop rare "Pauline et François" ou encore de l'inédit "Yes Sir", direct et essentiel.
Grand lièvre s'avère donc être du grand Murat, sûrement l'un des meilleurs aux côtés de Mustango, Venus et Tristan. Un album à apprivoiser et dont le goût s'affirme encore plus en concert – pour le coup très électrique.


Excellent !   18/20
par Arno Mothra


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