Talk Talk

Laughing Stock

Laughing Stock

 Label :     Verve 
 Sortie :    mardi 19 novembre 1991 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Ceux qui connaissent Talk Talk par l'entremise de "It's My Life" ou "Such A Shame" vous diront que c'est de la bouse. Infâme. Ils n'ont pas tort.
Ceux qui les connaissent par "Spirit Of Eden" et "Laughing Stock" vous diront que c'est peut-être l'un des plus grands groupes qui fût en activité au début des années 90. Sublime. Ils ont tout à fait raison.
Comme tous les grands albums, celui-ci ne comporte que 6 titres, fait à peine plus de 40 minutes et se trouve être une véritable pierre angulaire du rock des années 90. Sans "Laughing Stock", pas de Labradford, ni de Bark Psychosis et encore moins de Sigur Ros ou de Mogwaï.
Il s'agit d'un album de six titres, ou plutôt six pièces. Toutes en état d'apesenteur, tantôt mélancoliques, tantôt flippantes voir rageuses.
Etat des lieux donc:
"Myrrhman", 15 secondes de silence, apparition inopinée d'un bruit de batterie et démarrage de la chanson, l'impression d'entrer dans le disque par accident. Fin du morceau comme le début, 15 silencieuses secondes.
"Ascencion Day", l'ascencion la rage aux dents, toutes guitares dehors, bordel construit par couches successives jusqu'au cut final. N'aurait pas dépareillé sur Spiderland.
"After The Flood", ou l'état de grâce permanent pendant 10 minutes, piano d'une délicatesse infinie, batterie sortie tout droit de Can, bande passée à l'envers, bruits étranges, guitare bloquée sur une seule note lors du solo. Au concours de la chanson la plus délicatement barrée, on pourrait la trouver en bonne position.
"Tapehead", ou le négatif de "Ascension Day". La descente sans rappel ni torche au fin fond de la faille de San Andrea. Le flip absolu durant 7 minutes, la claustrophobie mise en musique.
"New Grass", ou le concept de la bulle de savon. La légèreté, l'apesanteur doublée d'une mélancolie tenace soulignée par un côté jazz.
"Runeii" signe la fin de l'album et par là même la fin du groupe. Il s'agit aussi du morceau le plus dépouillé de cet album, une voix une guitare et le silence, envahissant, omniprésent. Mark Hollis termine en murmurant et la guitare fait de même. La grâce absolue et la plus belle fin pour un album devenu une référence incontournable dans l'histoire du rock.
Il faut signaler que leur précédent album est lui aussi du même niveau que "Laughing Stock". Indispensable donc.


Intemporel ! ! !   20/20
par Kroko


 Moyenne 19.00/20 

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Posté le 01 mars 2005 à 23 h 07

Ne pas connaître Talk Talk et aimer le rock, ça fait mal. Très mal.
Surtout quand on répare cet oubli, et qu'en plus on commence avec "Laughing Stock".

Je pensais m'y connaître un peu, avoir quelques références à citer lorsqu'il s'agit de rock.
Et puis, j'ai posé "Laughing Stock" sur le chariot, j'ai appuyé sur Play, et je me suis pris une claque monumentale. Musicalement, mais pas uniquement. C'est presque tous mes repères qui venaient de tomber.
Talk Talk ? Oui, Talk Talk. Ce groupe qu'on approche avec dédain au départ, parce tel l'iceberg, on en devine que la face émergente. Celle qui a été exposée. Et pourtant, la face immergée, celle qui gît dans les profondeurs, dans la nuit, est immense, gigantesque.

"Laughing Stock", c'est encore plus que "Grace" de Buckley. Plus aussi que "Who's Next", plus que "Lift Your Skinny Fists..." de GY!BE, plus que tout ce qui m'a été donné d'écouter. Seul J-S Bach a réussi à me procurer plus d'émotions que ce disque.
Pourtant, il m'est tout simplement impossible de décortiquer cet album. Il ne s'agit pas de virtuosité, ni de pureté vocale, ni d'énergie... Je ne saurais même pas dire ce qui se passe en moi lorsque j'écoute "Laughing Stock".

Des instants de grâce. Bonheur, malheur, bien ou mal, aucune idée. J'ai autant envie de pleurer que d'aimer, le spleen discute avec l'envie de vivre.
Il ne reste plus rien à part la musique.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 01 décembre 2005 à 19 h 20

Laughing Stock... Cela signifie risée en anglais (mais les deux mots sont alors attachés, le sens du titre peut donc être également compris de façon littérale, "réserve de rires"). Deux définitions pour ce mot dans mon Larousse : 1. Moquerie collective, 2. Petite brise subite et passagère. Continuons.
La pochette : une quarantaine d'oiseaux dans un arbre dont le feuillage prend la forme des cinq continents. Je fais fi de l'herméneutique (rassurez-vous ce n'est que pour le plaisir d'employer ce mot) et je me risque à une interprétation primaire : ces oiseaux "dominent" le monde. C'est à ce moment que je me souviens que Mark Hollis est un grand connaisseur de la filmographie d'Alfred Hitchcock. Je me remémore le film auquel je pense et je revois la dernière scène (Laughing Stock est le chant du cygne du groupe, c'est donc logique), des oiseaux, un paysage inondé.

Qu'entends-je ? D'abord un faux silence de dix-huit secondes, bruit de la bande ? Peut-être, mais je pense pour ma part qu'il n'est pas là pour rien. Commencer le disque par ces instants de silence afin que l'auditeur ce serait prétentieux, je pense plutôt qu'au contraire Mark Hollis a fait preuve d'humilité en ouvrant son disque sur l'inappréciable beauté du silence, mis précisément en évidence par ce bruit de fond. Dès lors, la musique apparaît- je ne prendrai pas les éléments dans leur ordre d'apparition – il y a la batterie faussement métronomique de Lee Harris, des cordes, des sons divers tantôt bruitistes, tantôt évoquant le "murmure d'une rivière", mais je retiendrai surtout les instruments à vent, bassons, hautbois, cors anglais, généralement dissonants qui m'évoquent – cette impression se renforce à l'écoute de 5:09, Stump et la version courte de After the Flood dans Missing Pieces, morceaux inédits de Laughing Stock – la conversation laconique mais ininterrompue des oiseaux. Enfin, il y a le chant de Mark Hollis, trace d'humanité, certes, mais le propos, ou en tout cas le champ lexical, est résolument religieux, c'est-à-dire mystique voire ésotérique.

Religieux, le disque l'est indubitablement ; l'idée d'amour n'apparaît que dans le premier morceau, Myrrhman. Mark Hollis prétend peut-être aller au-delà, ou peut-être cette notion est-elle effectivement présente mais présentée "autrement". C'est probablement le cas car ce disque a cette propriété rare qui est de sembler être composé pour le sentiment que l'on ressent au moment où on l'écoute, que la joie ou le désespoir soit en nous. Nous sommes en présence d'une musique vide au sens premier du terme, une musique au PH neutre, peut-être la plus pure qu'il puisse être ; ce qui ne signifie qu'elle soit inaccessible, bien au contraire.

Egalement frappant est le fait que ce disque ne s'achève jamais, ou plutôt, il est selon moi celui pour lequel les artifices visant à donner cette impression parviennent le mieux à leurs fins. En effet, le dernier morceau, Runeii, ne cesse de se conclure, chaque partie s'achevant assez brutalement et, quelques instants de silence passés, revient cette mélodie hypnotisante. Un écho d'éternité, peut-être...

Par cette courte analyse, deux thèmes principaux sont donc mis en lumières (mais il peut y en avoir d'autres, je ne fais qu'exposer "mon" Laughing Stock) : religieux/amour et vie/nature. Qu'y voir sinon une manifestation de l'universalité par la musique ?
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 28 avril 2006 à 14 h 39

Hier soir, j'écrivais un poème et je me sentais vide, vide, vide... Autour de moi, le silence, oppressant, sa violence seule pouvait mettre en son ce que je ressentais. Le problème, c'est quand le silence devient la seule musique pour exprimer ce malaise tant les non-dits pèsent sur les êtres lorsqu'il faut regarder la vérité dans les yeux. La loi du silence, qu'on appelle ça. Talk Talk, au cours de sa carrière, a bien connu ce genre de malaise (cf. une interview parue après la sortie du disque dans les Inrocks sous le titre de 'Dernière étape avant le silence'). Rarement un disque a autant incarné la violence du silence et tout ce qu'il y a de plus humain pour déjouer cette loi et avancer vers un monde plus doux...
C'est ce que je ressens à l'écoute des six morceaux du disque, dont certains moments figurent parmi les choses qui m'ont le plus bouleversé au cours de ces 21 années. Les 15 secondes d'un silence qui n'en est pas tout à fait un au début du disque, "Ascension Day" coupée en plein vol, la véritable noyade qu'est "After The Flood", la profonde tristesse exprimée dans "Taphead" que la section rythmique (qui entre en scène au milieu du morceau) tente de couvrir, la légèreté de "New Grass" et l'extinction des feux dans le silence de "Runeii". Et tout le reste que je n'arriverais pas à résumer en quelques mots. Et sur trois quarts d'heure de disque. Et quand on sait comment cela a été enregistré (les musiciens enregistraient de longs moments de musique dont le groupe extrayait quelques plans qui définissaient la couleur du disque avant d'y plaquer les compositions), on se dit que Talk Talk a réussi à capter et mettre en musique quelque chose que je n'ai jamais réussi à exprimer, comme si chaque écoute de Laughing Stock était un voyage intérieur et que je me découvrais chaque fois un peu plus dès que je fais l'effort de me replonger dedans... Un disque que je n'écoute que très peu et qui m'est essentiel.
Intemporel ! ! !   20/20



Posté le 29 janvier 2007 à 17 h 27

Dernier album en date de Talk Talk. Cet opus ouvrait les années 90 et quinze ans plus tard, il reste toujours aussi envoûtant.
Ces morceaux ont tout pour attirer l'oreille, on a ici affaire à un mélange subtil de pop et de musique contemporaine.
Pour ainsi dire, c'est peut être son seul défaut à Laughing Stock, son côté précieux, érudit, difficile d'accès ou encore intello.
Mais c'est également sa force, car la qualité de Talk Talk, c'est aussi d'être touchant simplement, avec cette voix suave et tranquille et ces orchestrations oniriques.
Cette musique là n'est pas plaintive mais elle doit se déguster doucement, telle une bouteille de Saint-Estèphe face à un amateur de bière Kronenbourg si je puis dire.
Voici un grand album qui se délivre peu à peu, au fil des écoutes et au fil de l'âge.
Très bon   16/20



Posté le 05 octobre 2007 à 11 h 20

ACTE 02

"Before you play two notes, learn how to play one note - and don't play one note unless you've got a reason to play it." - Mark Hollis
Tout est là.
Où Mark Hollis radicalise son propos, pousse encore un peu plus loin sa démarche.
Le disque est encore plus monolithique que son précédent.
Le duo Hollis/Freese-Greene va pousser à l'extrême l'expérience tentée trois ans plus tôt. Les longues sessions d'enregistrement réunissent plus d'une dizaine de musiciens différents (principalement des cordes et des cuivres) qui n'ont aucune idée précise de la direction que prendront leurs contributions.
La sélection finale effectuée par Hollis et Friese-Greene est impitoyable, compte tenu en particulier du perfectionnisme de plus en plus maladif de Hollis.
Le résultat est .....
Excellent !   18/20







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