Elliott Smith

Roman Candle

Roman Candle

 Label :     Domino 
 Sortie :    jeudi 14 juillet 1994 
 Format :  Album / CD  Vinyle  K7 Audio   

Roman Candle est le premier album d' Elliott Smith. Et le premier chef-d'oeuvre du chanteur de Portland.

Enregistré sur un quatre pistes, cet album ne sonne pourtant pas lo-fi, tant la qualité de l'interprétation est impressionnante. Ainsi, chaque note de guitare, chaque inflexion de la voix d'Elliott Smith, malgré l'apparente sécheresse de la production, sont rendues avec justesse, ce qui donne cette tonalité hors du commun au disque, et l'impression que le chanteur est là dans la pièce.
"Roman Candle" débute l'album et nous place d'emblée devant une évidence : le jeux de guitare est à nul autre pareil. Les doigts crissent sur les frêtes et le frisson s'installe. L'inventivité de ce jeux n'est en rien démonstrative, elle est plutôt à l'image d' Elliott Smith : fine et discrète. La voix, elle, est bouleversante, sans fard, d'une honnêteté absolue.
Le morceau suivant "Condor Avenue" est à compter parmi ses plus belles réussites ; les guitares s'entremêlent, sa voix se dédouble, se répond, le tout est d'une finesse renversante. Suit une série de morceaux titrés "No Name" et numérotés. L'album en aligne quatre, et la série sera prolongée sur Either/Or. Cette façon lapidaire de nommer des chansons aussi magnifiques peut surprendre, mais s'explique sans doute par le manque de confiance d' Elliott Smith en ses propres compositions (c'est sa petite amie qui enverra ses démos à des labels indépendants). Bien évidemment tous les "No Name" sont des petits bijoux intimistes tels ce "No Name 2" avec sa mélodie d'harmonica qui reste dans la tête longtemps après la fin du disque, ou encore "No Name 3", chanson magnifique aux paroles très fortes : <<Watched the dying day / blushing in the sky / everyone is uptight / so come on night>>.
La surprise vient des deux derniers morceaux : le plus électrique et orageux "Last Call", et l'instrumental "Kiwi Maddog 20-20". Sur "Last Call", Elliott Smith chante comme lui seul sait le faire, le dégoût de soi et des autres, la tension atteignant son paroxysme à la fin du morceau avec cette phrase sans appel : <<I wanted her to tell me that she would never wake me>>. La fatigue, l'envie de se laisser définitivement aller, sont des éléments récurrents chez lui et, rétrospectivement, ils n'en sont que plus bouleversants.
L'album se conclut par "Kiwi Maddog 20-20", instrumental étrange, unique dans la discographie du chanteur.

Ce premier album est donc stupéfiant de maturité, imposant d'emblée Elliott Smith parmi les plus grands. Les albums qui suivront ne feront que confirmer son talent et feront bien plus que tenir les promesses contenues dans ce Roman Candle.
Ces neufs merveilles continuent de me bouleverser comme peuvent le faire Waltz 2 , Between The Bars, et tous les trésors que nous a laissé cet artiste précieux. Sa musique me servira toujours de rempart contre la médiocrité, d'ilôt contre la lourdeur et la facilité.
L'honnêteté en musique est ce que l'on recherche tous : une voix juste, sincère qui n'a pas peur de sa fragilité ; Elliott Smith est l'une de ces voix.


Exceptionnel ! !   19/20
par Ben kenobi


  Ecoutable sur https://elliottsmith.bandcamp.com/album/roman-candle


 Moyenne 18.00/20 

Proposez votre chronique !



Posté le 09 juin 2008 à 21 h 37

Elliott Smith semble plus connu pour avoir participé à la BO de Will Hunting, et pour s'être doublement auto-poignardé que pour ses propres albums. Si la période Dreamworks de l'artiste (XO, Figure 8) a pourtant profité d'un réel succès critique et public, ses débuts discographiques restent quelque peu en retrait. L'album Roman Candle, parut en 1994 sur le label Cavity Search, souffre donc à la fois de l'aura provoquée, à posteriori, par le suicide de son auteur, et de l'ombre des albums plus importants de sa discographie. Ces deux facteurs pouvant entrainer quelques préjugés dans l'esprit de l'auditeur avant l'écoute de l'album. Pour résumer grossièrement : Roman Candle n'est ni la première manifestation d'une âme torturée vers une mort inéluctable, ni un album mineur dans une discographie inégale.
Il faut donc corriger ces tendances pour accéder à la moelle épinière de cet album, au moins aussi important que ceux, peut-être plus accessibles, qui sont arrivés par la suite.
La première claque provoquée par Roman Candle vient du dépouillement sonore qui domine les neuf chansons de l'album. Surtout lorsque l'on a pu découvrir Elliott Smith par ses albums plus riches et plus orchestrés. Car même si l'on a droit à quelques notes de guitares électriques ("Last Call", "Kiwi Maddog"...), ou quelques vagues sons de batterie ici et là, la plupart des chansons se recentrent autour d'une (parfois deux) guitare acoustique et de la voix d'Elliott. Cependant, l'enrobage lo-fi de l'album n'entraine aucune perte dans la complexité des compositions, et le dépouillement de l'ensemble cache paradoxalement une subtilité rare (Ecoutez "Condor Ave." pour vous en convaincre).
La filiation avec Nick Drake ayant été usée jusqu'à la corde, citons tout de même le songwriter anglais pour délimiter un territoire musical. Mais si Elliott Smith peut sembler s'inscrire dans une certaine tradition folk, ses compositions s'aventurent dans des contrées plus pop et moins rustiques que celles de son ainé. Roman Candle représente les prémices de ce que le style atypique d'Elliott est devenu par la suite, tout en faisant preuve d'une réelle maturité.
Sur l'ensemble de l'album, le jeu de guitare tout en fulgurances sourdes, la pudique beauté des harmonies vocales, entrainent les compositions vers une sobriété touchante. La grande force de l'œuvre semble d'ailleurs venir de cette capacité à verser dans une sensibilité folk écorchée sans jamais tomber dans l'excès ou la mièvrerie. Ce fragile équilibre entre spleen, beauté et justesse, font de Roman Candle un album pop-folk parfait dont la courte durée renforce la cohérence.
Cette compilation de chansons composées à l'origine pour le groupe Heatmiser, qui a failli ne jamais voir le jour, transcende la musique du groupe susnommé, et forme une réussite artistique totale, transpirante de beauté et de sincérité.
Réussite qu'Elliott n'a réitérée complètement qu'avec le non moins sublime Either/Or.
Excellent !   18/20



Posté le 01 octobre 2008 à 19 h 17

Même si pour être tout à fait exact, cet effort solo est né d'une tentative d'exorcisme isolée, qui ne condamne pas encore forcément Heatmiser à la dissolution, la machine est d'ores et déjà clairement lancée. En 9 titres, Elliott Smith laisse ici apparaître trop de promesses pour que de suite glorieuse il n'y ait pas.
Avec peu de temps, et encore moins de moyens, il enregistre des titres dépouillés, passés au révélateur d'une production sèche, laquelle donne véritablement l'impression d'écouter un live studio. Au delà des très relatives imperfections formelles, on est frappé par la finesse d'un jeu de guitare à la fois magique d'invention et d'accroche mélodique pure. Comme si personne n'avait encore jamais joué comme lui jusqu'à ce jour, ce qui n'est certainement pas loin de la vérité.
Et que dire de sa voix ? Dès le titre éponyme, ses chuchotements transpirants d'angoisse illustrent à eux seuls tout ce que Heatmiser ne lui permettait visiblement pas encore d'évacuer.
Dire que cet album est une plongée vertigineuse et intime dans les pensées tourmentées d'un artiste déjà mal dans sa peau reste un euphémisme. Entre cauchemars décrits au détour de notes sensibles et délicates, déceptions personnelles et haine de soi, Elliott Smith n'écrit pas juste pour passer le temps. Difficile à vrai dire de trouver plus flagrante illustration au phénomène selon lequel on fait de la musique pour se décharger de ses obsessions les plus profondes. Le cliché de l'artiste maudit ? Pas loin, oui.
Un tableau aussi noir pourrait faire craindre l'excès dépressif, mais ce serait oublier qu'en grand passionné de musique pop qu'il fut, Elliott a été fortement marqué par les Beatles, qu'il cite à tout crin comme une de ses références les plus influentes. Alors si Roman Candle, plus que n'importe laquelle de ses autres livraisons - hormis peut-être la suivante - laisse échapper une noirceur criante, une lumière jaillit du néant et impose d'ores et déjà Elliott Smith comme un songwriter surdoué.
Je doute qu'il faille commencer par celui-là, mais il serait très regrettable de le rater. Des joyaux noirs et rêches restent des joyaux, peut-être encore d'autant plus étincelants qu'ils laissent justement apparaître quelques faiblesses.
Exceptionnel ! !   19/20



Posté le 20 avril 2012 à 15 h 03

J'ai découvert Elliott Smith grâce à la B.O. de "Will Hunting" (1997), il y a de cela quelques années. Puis j'ai enchainé tous ses disques, dont ce premier qui est, à titre personnel, déjà doté d'une forte maturité.
Il suffit d'entendre "Last call", morceau un peu 'gnangnan' au départ, mais qui finalement est très agréable. Ou le curieux mais intéressant "Kiwi Maddog 20/20", ou encore son magnifique "No name 1", l'excellent "Drive all over town", et son "Roman Candle", petite perle de 3 minutes 36. Seul "No name 2" est un peu faible.

Ce premier album, qu'il a composé sans le vouloir a à peine moins de 25 ans promettait déjà une intéressante discographie.
Très bon   16/20







Recherche avancée
En ligne
89 invités et 0 membre
Au hasard Balthazar
Sondages
Dans la série "C'est (devenu) trop chiant, ne me parlez plus d'eux!", vous désignez:


The Arcade Fire
Arctic Monkeys
Baby Shambles
Clap Your Hands Say Yeah !
Dionysos
I Am X
Interpol
Mogwai
Placebo
Radiohead