Experience

Michel Cloup [jeudi 26 avril 2001]

En 1996, après deux albums de pop décalée, DIABOLOGUM sortait "#3", sûrement le disque français le plus important de la décennie passée. Avec un mélange de rock noisy et de phrasé proche du hip-hop, ces toulousains prônaient un renoncement à la vie, chantaient qu'il n'y avait rien à gagner ici bas. On les a traités de tout, de groupe sublime à arty prétentieux, de monstre de froideur au groupe le plus touchant de l'hexagone. Après une tournée marathon où le groupe réalisait l'exploit d'être à la fois froid et incendiaire, DIABOLOGUM a implosé. Les deux têtes pensantes du groupe, Arnaud Michniac et Michel Cloup, sont parties chacune de leur coté. En 2000, le premier sortait sous le nom de PROGRAMME un terrifiant brûlot de hip-hop dépouillé intitulé "Mon Cerveau Dans Ma Bouche" où il est allé encore plus loin que DIABOLOGUM dans le dégout de la vie, de la société. Michel Cloup ne l'a jamais écouté, et après un temps d'hésitation a fondé EXPERIENCE, la meilleure chose qui soit arriver au rock français depuis 1996. Le groupe a sorti en mars dernier son sublime premier album "Aujourd'hui, Maintenant. LP". Dans un univers musical proche de celui de DIABOLOGUM, Michel Cloup a choisi lui de se battre pour la vie et au passage nous redonne fois dans le rock et l'espèce humaine. Interview dans les loges du Koslow lors de leur passage bordelais du 26 avril 2001.



Elmo : Comment définiriez-vous musicalement EXPERIENCE ?
Michel Cloup : Comme l'envie de ne pas proposer seulement du rock, avec la conscience qu'on est en 2001 et qu'il faut essayer de faire des choses un peu plus modernes. En fait la définition que je peux en donner, c'est une base rock avec des influences diverses, et une envie de marier cette base rock classique avec quelque chose de plus actuel.

N'avez-vous jamais été tenté de faire de la musique électronique en solitaire, de vous retrouver seul derrière un power-book ?
M.Cloup : Il y a des choses que j'adore dans ce style, mais le faire moi-même cela ne m'intéresse pas. J'aime bien toujours garder l'aspect guitare en fait.

Quels souvenirs gardez-vous de vos expériences musicales passées : LUCIE VACARME, PETER PARKER EXPERIENCE, et les différentes formations de DIABOLOGUM ?
M.Cloup : Les souvenirs viennent quand même essentiellement de Diabologum. Lucie Vacarme cela a duré quelques temps, mais on n'a pas suffisamment tourné pour que j'en garde des souvenirs très forts. Peter Parker Experience, c'était juste le projet d'un disque et quelques concerts à la clef. Pour Diabologum, je garde de bons souvenirs dans l'ensemble. Avec le recul on faisait vraiment ce qu'on avait envie de faire, on était vraiment très très libre. On a pu vraiment changer et faire des choses très différentes d'un disque à l'autre. J'ai d'excellents souvenirs des gens qui ont collaborés à Diabologum première et deuxième versions. Le point noir, c'est la façon dont se sont terminées les choses. Mais bon...

En écoutant l'album de PROGRAMME et le vôtre, le split de DIABOLOGUM semblait évident. Pourtant le morceau A Côté n'était-il pas déjà les prémices d'EXPERIENCE ?
M.Cloup : Tout à fait. A la fin de Diabologum on a écrit quelques chansons. Il y avait cette chanson là A Côté et une autre qui s'appelait Tous Les Mots Disent La Même Chose que chantait Arnaud. Quand tu écoutes ces deux morceaux, tu entends Experience et tu entends Programme, deux choses vraiment différentes.

Quel a été le déclic qui vous a fait passer du renoncement de DIABOLOGUM à l'envie de vivre d'EXPERIENCE ?
M.Cloup : Le fait de se retrouver seul, de repartir à zéro et de se filer soi-même des coups de pied au cul pour avancer, pour faire des choses. Si j'étais resté dans l'état d'esprit du Diabologum de la fin, je n'aurais pas fait de disque, je n'aurais rien fait.

D'où viennent les autres membres d'EXPERIENCE ?
M.Cloup : J'ai d'abord rencontré Francis, le bassiste qui joue dans deux autres groupes, MOAN et TELEFAX ; il est originaire du sud, il habite Toulouse. Ensuite j'ai rencontré le batteur, Patrice, qui joue dans un autre groupe qui s'appelle SELAM. Enfin j'ai rencontré François (Widy) qui joue aussi dans SELAM et qui fait de la guitare dans EXPERIENCE. Il réalise aussi les images pour la scène.

Le groupe jouait déjà la plupart des morceaux de l'album en mai dernier (date du premier concert bordelais du groupe). Pourquoi s'est- il écoulé presque un an avant sa sortie ?
M.Cloup : En fait l'album est prêt depuis un an.

Des problèmes de sortie ?
M.Cloup : Non pas du tout. Simplement il a fallu le remixer, puis nous avons voulu prendre notre temps, même par rapport à Lithium qui avait un calendrier de sortie très chargé. C'est pour cela que l'album est sorti en mars finalement.

Comment s'est fait le choix de Pierre Vervloesem (producteur du Worst Case Scenario de dEUS) pour l'enregistrement d'une grande partie de l'album ?
M.Cloup : J'adorais le premier disque de dEUS, avec son côté très live. Quand je l'ai rencontré, j'ai adoré sa façon de voir l'enregistrement. J'avais envie d'un enregistrement très rapide. On connaissait les chansons sur le bout des doigts, on les jouait et répétait sans cesse. J'avais vraiment envie que les chansons rocks gardent un feeling très live pour contrebalancer avec les chansons basées sur des samples, beaucoup plus ambiantes. Et il se trouve que Pierre travaille de cette manière, de façon rapide. C'était vraiment ce que je voulais.

Pourquoi le morceau Ali Diallo que vous jouez sur scène n'est pas sur l'album ?
M.Cloup : Parce qu'il y avait assez de chansons avec les dix titres. Il y avait un équilibre qui était bien et je n'avais pas très envie de mettre cette chanson là. C'est une chanson que l'on joue sur scène et que j'aime bien, mais sur le disque elle faisait de trop.

Avez-vous conscience qu'avec des morceaux comme Aujourd'hui, Maintenant ou Essayer, vous sauvez la vie d'une génération désenchantée nourrit au #3 de DIABOLOGUM, au Remué de DOMINIQUE A ou encore aux livres de HOUELLEBECQ ?
M.Cloup : J'espère (rires)... Non, j'espère, je ne sais pas... je pense que je sauve la vie de personne... peut-être oui... moi à un moment donné j'en ai eu marre d'entendre ça, ce genre de discours. Je me suis dit que je n'étais peut-être pas le seul à vouloir entendre autre chose.

Sur le duo DIABOLOGUM/DANIEL DARC vous chantiez : " je n'ai plus de modèle et je ne veux pas en devenir un". Le pensez-vous toujours ?
M.Cloup : C'était pas mal dans l'esprit Diabologum, mais quelque part je le pense toujours.

Le morceau Les Ouvriers Coréens est-il une métaphore anticapitaliste ou seulement une belle poésie ?
M.Cloup : C'est les deux en fait. J'avais envie de parler de ces gens là mais pas d'en parler d'une manière classique, à savoir faire une chanson revendicative qui dit que c'est dégueulasse les ouvriers coréens qui travaillent pour 12f50 par mois. Je n'avais pas envie de voir le problème de cette manière là, mais plutôt envie de leur rendre une sorte d'hommage. C'est un clin d'oeil à ces gens là sans s'appesantir sur le côté revendicatif ou même désespéré de l'histoire. Quoi de plus ? Effectivement ces gens existent, pas si loin de nous, voilà, on les salue.

Comment s'est construit le texte de Pour Ceux Qui Aiment Le Jazz ?
M.Cloup : Je l'ai écrit en une heure en fait. J'avais un instrumental sur lequel je butais, je n'avais pas de paroles. J'ai commencé à écrire un mot, puis un autre, une phrase, une autre phrase. C'est venu très vite.

Ce n'est pas un concept sur l'improvisation ?
M.Cloup : Non, le thème est venu en l'écrivant. L'idée c'est une sorte de cadavre exquis, entre l'écriture automatique et le cadavre exquis. Au bout de quelques phrases j'ai trouvé la formule "des kilomètres de phrases pour ceux qui aiment le jazz". Je suis partie sur cette idée, l'improvisation.

Vos prestations scéniques sont renforcées par des projections vidéos. Comment s'est mis en place le travail avec ce support ?
M.Cloup : Depuis Diabologum, j'avais envie de mettre des images sur scène. On ne l'a jamais fait car on n'a jamais eu l'occasion, ni trouvé les personnes adéquates. Il se trouve qu'avec Experience, j'avais un peu commencé ce travail avec Béatrice Utrilla pour Se Détacher. On continue ce travail sur certains projets d'expositions, par rapport au mariage de ses images et de ma musique. Malgré cela, l'envie était toujours là et il se trouve que Widy réalise des courts métrages. Cela s'est donc fait de manière simple : on en a parlé, il m'a dit un petit peu ce qu'il avait en tête et moi je lui ai dit un petit peu ce que j'imaginais. Il a travaillé seul, tout filmé, tout réalisé, tout monté.

Vous êtes obligé de toujours jouer le même set ?
M.Cloup : Oui, cela manque un peu de souplesse à ce niveau là. On est un petit peu obligé de jouer les chansons dans un certain ordre, tout est calé sur les images. Mais je pense que cela va progresser.

Comment envisager vous l'avenir du groupe ? Le travail de composition sera-t-il plus collectif ?
M.Cloup : Franchement je ne sais pas. Je pense que je vais continuer à travailler seul de toute manière, comme je l'ai toujours fait. Après, le travail avec le groupe je ne sais pas trop. Cela se passe hyper bien entre nous, il y a vraiment quelque chose de bien entre nous quatre. Je ne sais pas du tout comment vont se composer les prochaines chansons. Je pense que cela sera toujours informel dans la manière de faire. Je n'ai pas envie de rentrer dans une manière figée de fonctionner. Peut-être que j'écrirais seul, peut-être qu'on collaborera ? Je ne me pose pas trop de question, je laisse les choses se faire. On verra comment cela fonctionnera.

Les autres membres du groupe adhèrent-ils à vos paroles qui sont tout de même très personnelles ?
M.Cloup : J'ai l'impression qu'ils apprécient. Quand j'amène un morceau je leur montre aussi le texte et puis on en parle. En fait j'essaie d'amener un truc dont je suis sûr au maximum, même si certaines fois des chansons partent à la poubelle. Je n'arrive pas avec des ébauches, des brouillons mais plutôt avec des choses dont je me sens sûr avant de leur montrer.

Le vol de votre matériel en novembre dernier cela vous a marqué ?
M.Cloup : Cela m'a marqué oui ! Cela a duré un mois. On a tout retrouvé finalement. Vive la police !

Quels groupes français trouvez-vous intéressant aujourd'hui ?
M.Cloup : J'aime beaucoup MENDELSON, mais ce sont des copains. J'aime beaucoup BOSCO, mais ce sont des copains aussi. Après je ne suis pas trop aux faits de ce qu'il se passe.

Les enregistrements de PAINTIN WILL (Cloup/BOSCO) vont-ils sortir sur disque ?
M.Cloup : Si un label veut bien les sortir, oui. On les a déjà proposé à deux labels. Lithium n'était pas intéressé parce que c'est instrumental. On l'a proposé ensuite à un autre label mais qui a mis la clef sous le paillasson. On a un peu mis le projet de côté car on a chacun du boulot. J'espère qu'un jour cela sortira ou que cela sera distribué par Internet.

A quoi cela ressemble ?
M.Cloup : A rien ! (Rires). On a fait cela il y a un an et demi, presque deux ans. Je les ai revus l'autre jour à Paris, lors de notre concert. Ils m'ont dit qu'ils avaient réécouté les enregistrements et que cela pouvait très bien sortir maintenant, car cela n'avait pas vieilli tellement ça ressemblait à rien !

Avec qui aimeriez-vous tourner ?
M.Cloup : Il y a plein de groupes de rock, de rap. Là en ce moment, sur la tournée, on a fait quatre dates avec CHOKEBORE. Cela se passe très bien, c'est très agréable de jouer avec eux. Pour l'instant, cela va très bien avec eux. Autrement il y a trop de groupes, je ne pourrais pas les citer.

Quels sont les derniers albums qui vous ont fait craquer ?
M.Cloup : DELTRON 3030, je l'ai encore écouté tout à l'heure. En ce moment je suis en plein dans Dr OCTABLE et Dr DOOM. Sinon en rock, j'écoute des vieilleries en ce moment, des vieux disques de LED ZEPPELIN et BLACK SABBATH. Je n'ai pas entendu de disque de rock vraiment superbe ces derniers temps.

Et PROGRAMME vous avez fini par l'écouter ?
M.Cloup : Non. Je pense qu'un jour je l'écouterais. Pour l'instant je n'ai toujours pas fait la démarche.

Interview publiée originalement dans le numéro 25 du Cafzic




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