Thursday

No Devolucion

No Devolucion

 Label :     Epitaph 
 Sortie :    mardi 12 avril 2011 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Avoir un impact monstrueux sur la scène hardcore peut avoir des inconvénients. Quand on a cristallisé les fondements de ce rock moderne nommé "emo" ou "screamo" ou "jesséputro" comme Thursday, on doit s'attendre à se faire piller au point de finir étouffé dans les sables mouvants de ses propres ersatz. Les deux petits derniers du groupe de New Jersey, à savoir A City By The Light Divided et Common Existence, étaient de sinueux albums, passionnants à écouter, d'où on saisissait tout de suite la patte du groupe, mais aussi le balisement du genre. Balisement qui peut se transformer aujourd'hui, de réécoutes en réécoutes (vu que nombre de formations du même type sont passé dans les oreilles depuis), en enfermement. Comme cela arrive souvent à bien d'autres groupes, quelqu'un découvrant un pionnier après avoir écouté ces héritiers n'y trouve rien de passionnant... Un album de plus dans cette veine aurait donc probablement été une plongée dans l'anecdotique, agréable ou non.
Le Thursday de No Devolucion, dont le nom va comme un gant, prend donc l'excellente (et logique?) décision de s'éloigner des sentiers qu'il a autrefois lui-même fortement contribué à battre en nous offrant un rock musclé intelligent aussi haletant et aérien, mais bien plus sensible encore. Un judicieux partie pris pour la mélodie qui caractérisait déjà le groupe depuis ses débuts, mais qu'il embrasse ici jusqu'au bout. Contrairement à War All The Time, les chansons sont ici toutes d'une efficacité immédiate. POPulaire, pour être tout à fait explicite.
Les garnements ont toujours soigné leur production, mais celle-ci est particulièrement gratinée, polie, lustrée jusqu'au bout des ongles. Travaillé en profondeur, l'album se dote alors d'une couleur estompant l'origine punk-hardcore du genre pour le muer en rock-pop à épisodes multiples : déferlantes langoureuses ? ballades haletantes ? agressions pop ? Les pistes sont brouillées dès la mise à feu de "Fast To The End". On a du mal à trancher, c'est identique mais plus agréable à écouter, quelque chose à changé. L'incroyable pop solaire de "No Answers" n'arrange pas les choses, jamais on avait entendu Thursday comme ça... On a du mal à décrire le phénomène, mais on est déjà convaincu : c'est encore une fois d'une richesse monstrueuse, juste présenté d'un angle différent. Le groupe à affiné son identité.
Si les chansons prennent toujours autant aux tripes, le côté heavy est compensé par la finesse des arrangements : notamment bien plus de claviers, en son piano ou en tous genres, de petits détails aux goûts electro... Le lumineux "Sparks Against The Sun" et ses nappes à la Grandaddy propulse le refrain à merveille... Le travail énorme des guitaristes est à relever, toujours électriques mais edgiens comme jamais (entendez U2 : arpèges, échos, ambiances...), tout comme les rythmes des fûts, de plus en plus tribaux et inventifs. Mais de tout ce renouveau, c'est surtout la basse qui nous apparaît définitivement promue à un poste de premier ordre. Ayant bien plus de place, la voilà presque systématiquement ivre de disto pour quasi-remplacer les guitares, au point d'en faire l'élément "badass" des arrangements, l'instrument vicieux de l'album. A l'honneur partout, comme sur "Millimeter" par exemple, où on aurait presque aimé que les guitares ne se joignent pas à elle sur le refrain, et que le titre conserve sa crasse grungy d'un bout à l'autre... Car oui, ici ce sont les guitares qui complètent la basse, et non l'inverse.

Autre dénouement logique à ce coup de fraîcheur, le chant semble bien plus maîtrisé. Les capacités vocales de Rickly, à l'instar de Cedric Bixler, sont aujourd'hui telles qu'il n'a plus besoin de hurler à la mort pour communiquer sa puissance ou son émotion. C'est d'autant plus réjouissant que sa petite voix fragile n'était pas chez elle en terrain bestial. Et même si les habituels beuglements du genre sont toujours attribués à d'autres membres du groupe, ils sont la plupart du temps déformé par un arrangement intelligent contribuant à la beauté du titre (les hurlements screamo ornementaux du formidable "A Gun In The First Act" glissent comme des nappes saturées...). On trouve chez les groupes souvent un peu de grain sur ces soutiens vocaux ; c'est là un bon prétexte pour être créatif. Les conservateurs du screamo vont gueuler, c'est le cas de le dire. Mais à l'écoute du résultat, c'est tant mieux... Le minimalisme de "Empty Glass", en plus d'être une première, permet aussi à Rickly de jouer au crooner pour démontrer que Thursday PEUT faire ça. Le titre bien sage n'a en lui-même rien d'extraordinaire ou de mémorable, mais brille par son culot. On entend déjà les indéboulonnables crier à la musique de fiotte, tout en étant dans l'impossibilité de nous citer quelque chose d'aussi efficace et explosif que son colocataire "Open Quotes", pour n'en citer qu'un. Douce ironie. Car malgré tout, comprenons-nous bien : face au Thursday de No Devolucion, Sparta et My Vitriol réunis paraîtrait un peu frêles...

Un disque à la fois immédiat et étourdissant de richesse, pilier de la discographie du groupe, dont on a délicieusement du mal à déterminer la trajectoire : un traitement sonore va nous faire penser au Trent Reznor de The Downward Spiral, un passage instrumental épique au The Cure de Desintegration, une impulsion mélodique au Smashing Pumpkins de Mellon Collie And The Infinite Sadness... Dans son style aérien, c'est comme si Thursday avait voulu se délester de bagages devenu encombrant pour monter encore plus haut. Suffisamment haut pour être insaisissable. D'ailleurs, parenthèse ou changement de cap ? En tout cas, certainement le plus attachant de leurs albums depuis Full Collapse...


Exceptionnel ! !   19/20
par X_YoB


Proposez votre chronique !







Recherche avancée
En ligne
317 invités et 1 membre :
Interpolian
Au hasard Balthazar
Sondages
Les Pochettes de disques, elles vous font quel effet ?