Tricky

Angels With Dirty Faces

Angels With Dirty Faces

 Label :     Island 
 Sortie :    mardi 02 juin 1998 
 Format :  Album / CD  K7 Audio   

Avec ce troisième album officiel, son quatrième en comptant Nearly God, Tricky délaisse quelque peu l'exploration de nouveaux territoires soniques (pour un temps) et approfondit le sillon déjà laissé par le définitif Pre Millenium Tension.

La paranoïa reste certes de mise, mais au rythme des écoutes successives, on voit bien que l'artiste qu'est Tricky a cherché à redéfinir ses rythmes, en enrichissant son trip-hop mâtiné de dub de rap hardcore, de jungle, de synthétiseurs bancals, et de sons de guitares avant-gardistes. Au final, une tambouille sonore faite de rock, d'electro, de dub, de hip hop et de... gospel.
La fidèle Martina est présente, et là encore son chant glacial et sophistiqué fait merveille. On a même droit à une invitée de prestige, PJ Harvey venue pousser la chansonnette le temps du meilleur morceau du disque, ce gospel dévoyé et crépusculaire qu'est "Broken Homes" (et son clip magnifique pour ceux qui s'en souviennent).

Certes, ce disque demeure à peine plus accessible que son prédécesseur. Mais celui ou celle qui a des oreilles constatera que lorsqu'il était chez Island, Tricky parsemait encore régulièrement ses albums de morceaux tout simplement géniaux. Celui-ci ne fait pas exception à la règle, et on citera en vrac "Broken Homes" donc, "Singin' The Blues", "Record Companies", ou le morceau titre, histoire de convaincre les sceptiques. Sur la longueur, le disque fonctionne un petit peu moins bien, et c'est peut-être la première fois que ça arrive dans la carrière du génie fou de Bristol. Il n'empêche, il s'agit là d'une de ses réussites les plus sous-estimées.


Parfait   17/20
par El Moz


 Moyenne 17.00/20 

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Posté le 11 juillet 2009 à 12 h 47

Pour ce troisième opus perso, le petit gars de Bristol a réuni un groupe autour de lui : l'on comprend mieux pourquoi il est aussi passionnant sur scène ! Du "jazzcore", avait dit à l'époque un critique new-yorkais.
"Money Greedy". D'entrée, Tricky rentre dans le vif, dans le cru, dans l'amer. Sa voix est toujours aussi écorchée : effet dû autant à la production qu'à la cigarette. Ce morceau est complètement lancinant, ce qui ne l'empêche pas d'être absolument jouissif !
"Mellow" calme la tempête, la musique est plus lente, la voix semble plus apaisée (mais demeure toujours aussi cinglante !), les paroles ne parlent plus d'argent mais de sexe. "Singing The Blues" laisse chanter Martina Topley-Bird dans une ambiance accélérée, quasiment sans interruption, à lui et nous coupler le souffle : la musique tourne, roule sur elle-même. Les musiciens donnent tout, le batteur s'impose au milieu de cette cohue.
"Broken Homes" : le bijou de l'album. En duo avec PJ Harvey. Gé-nial. Tricky ne l'a pas appelée pour se faire un coup de pub, mais bien pour sortir là peut-être sa meilleure collaboration. Tout simplement sublime, avec des choeurs majestueux au terme de trois trop courtes minutes qui vous enterrent littéralement sous un rythme monobloc.
"6 Minutes" est encore un très grand moment, pendant lequel Tricky vient grincer des dents pour notre plus grand plaisir, l'accompagnement musical étant toujours aussi puissant. "Analyse Me" est l'un de mes préférés : le talent du génie (oui, ça fait beaucoup, et à l'époque, c'était tellement vrai) prend ici toute son envergure. Une musique fluette qui semble ne pas être très revendicatrice au départ, appuyée par des paroles parfaitement distillées par le kid, puis par Martina. "For all those who want to analyse me" nous dit-il, enfin, à ceux qui chercheraient à apprivoiser le personnage. Le batteur trouve encore un rythme très frais, qui permet au morceau de ne pas sombrer. Voilà pourquoi Tricky est monté si haut aux yeux des critiques, et pourquoi il est retombé de tellement haut justement.
Il reste encore six ou huit titres (suivant la version que vous trouverez) : tous du même acabit. Comme l'indique le titre de l'album, Angels With Dirty Faces est à la fois sombre et illuminé ; une lumière, certes, mais en pleine nuit. Ou bien comme cette impression d'être enfermé en pleine journée : on croit que l'on va étouffer, mais les fenêtres ne sont pas totalement fermées et laissent passer quelques faisceaux. Il y a plusieurs écoles : pour certains, ce disque est l'apogée absolue de Tricky. Pour d'autres, c'est Pre-Millenium Tension. Pour les autres, c'est le liminaire Maxinquaye. La vérité, c'est que tout le monde a raison, mais pour des raisons différentes. L'ambience de ce troisième LP se trouve à mi-chemin entre les deux précédents, bien que musicalement il se classe logiquement après Maxinquaye et Pre-Millenium Tension, lesquels semblent avoir été digérés avant d'être tous deux des sources d'inspirations (n'oublions pas Nearly God également). Au final, donc, si quelqu'un ose vous conseiller Tricky, il vous parlera forcément des années 90. Si non, ne l'écoutez pas, il ne sait vraisemblablement pas de qui il parle.
Je pense que si Tricky pouvait se résumer à quelque chose, ce serait l'introduction de "Cariage For Two". Si vous comprenez, alors Tricky est fait pour vous. Dans l'autre cas, pourquoi diable lisez-vous cette chronique ? Vous vous êtes peut-être même tromper de site...
Au fait, j'ai oublié "Demise" : c'est LE titre du disque sans aucun doute. Tribal. Tricky nous balance le premier couplet. Martina le second. Le troisième n'est pas. Il est instrumental : et bam ! Cette tuerie balance des claques à des chérubins pour les endiabler ! Grrrrrr ! Tricky voudra-t-il redescendre un jour en enfer pour notre plus grand plaisir ?
Parfait   17/20







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