The Jesus Lizard

Shot

Shot

 Label :     Capitol 
 Sortie :    jeudi 09 mai 1996 
 Format :  Album / CD  Vinyle  K7 Audio   

The Jesus Lizard a changé de label et a, par la même occasion, laissé derrière Steve Albini, qui avait contribué à l'enregistrement de tous les albums studio précédents. Capitol n'a plus rien d'indépendant et les conceptions inamovibles sur le music business de l'ingénieur du son le plus connu de Chicago ont fait qu'une nouvelle coopération entre lui et le groupe n'était plus possible.
C'est tout de même GGGarth (L7, Melvins, RATM) qui s'attèle au travail du son. Grand changement donc sur le fond, peu d'évolution sur la forme. Finie la petite production lo-fi, place au bombardement en grand. Ce départ de Touch & Go en a agacé plus d'un, mais à l'écoute de ce disque, on se demande vraiment pourquoi. Les chansons toutes bien différentes nous font pénétrer dans un univers glauque, musclé, virevoltant, entêtant. Une sorte de descente rapide en spirale vers ce que pourrait être la genèse de la folie. Une folie qui s'expose sans complexe. La conversation téléphonique de "Trephination" en est un bon exemple, David Yow jouant la carte de la schizophrénie; un personnage dans l'enceinte de droite au bout du rouleau demandant de l'aide à celui de l'enceinte de gauche. Terrifiant et absurde. "More Beautiful Than Barbie" tressaute à mort, presque épileptique. La musique se fait physique, traversant le corps comme une onde électrique. Duane Denison arpège superbement pour partir ensuite dans de splendides ruades, la basse de David Sims n'a jamais parue si ronde, quand à Mac McNeilly, ses pulsations rageuses et syncopées à l'extrême s'apposent superbement à l'ensemble. "Now Then" résume tout le travail rythmique de The Jesus Lizard. Hallucinatoire, bondissante, le groupe se fait pile électrique et libère son high voltage. C'est comme si The Jesus Lizard nous emportait sans aucune difficulté dans ses facéties. La tête se secoue d'avant en arrière tellement la rythmique est massive, intelligente, inventive, différente des simples binaires qui ont fait le rock. "Too Bad About The Fire", laisse la parole à Mr Denison qui s'engage dans un solo splendide et nous prouve qu'il est bien un des guitaristes les plus talentueux de sa génération.
Shot est donc rempli d'excellentes compositions. Les Jesus Lizard ont toujours en eux ce parfum de folie, cette fougue qui les anime, qui pénètre sauvagement en nous, met à sac nos idées reçues, pilonne notre immobilisme, suscite notre intérêt à chaque instant, et nous ouvre des voies musicales que l'on avait pas soupçonné jusque là.


Parfait   17/20
par Oneair


 Moyenne 17.50/20 

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Posté le 07 octobre 2007 à 09 h 27

En disant au revoir à Steve Albini, David Yow et ses lascars n'ont pas perdu au change... Ils n'ont rien gagné non plus, et c'est bien la preuve que Jesus Lizard est un groupe qui n'a jamais changé, major ou pas. Toujours aussi éthylique/lucide, David l'allumé nous revient ici dans le même état où on l'avait quitté sur Down. Mais seulement là, il n'est plus vraiment bourré. Il émerge. Il cuve. C'est un peu la redescente, la gueule de bois. David constate qu'il s'est fait pipi dessus et qu'on l'a molesté pendant son coma éthylique. Il a la langue sèche, la tête en feu, et les quelques dents qui lui restaient jonchent le sol cradingue du bistrot... David n'est pas content, il se rend compte que quelque chose s'est passé la nuit précédente, ouais... C'était la cuite, la mauvaise, et puis vers minuit il y a eu cette embrouille avec Alphonse, le mec du fond. Encore une histoire de nana. Les potes sont venus à l'aide mais trop tard, à un moment il s'est pris une bouteille de whisky en pleine gueule. Trou noir... et là, réveil. Il est debout, a mal au crâne, il a appelé ses potes, s'est brossé les dents, a convoqué les habituelles lignes de basse catatoniques, les riffs en acier, la batterie trépidante... et ça va chier ! Premier titre: "Thumper". Une claque, une vraie, sur la nuque, portée par un riff meurtrier qui nous secoue dans tous les sens avant de nous rentrer dans le lard sans retenue, et puis la voix de David qui fait écho par instants, avant de rentrer de plein pied dans le vif du sujet: je m'abstiendrais de vous décrire son chant, il faut l'entendre pour le croire, c'est tout. Ce mec me tue... et les trois autres aussi. Toujours aussi terribles: décrochages rythmiques, reprises de groove funky, poses lancinantes, pas de doute, Capitol ou Touch & Go, les quatre reptiles du noise rock n'ont pas changé. C'est juste le son qui est devenu plus sec, plus direct, plus propre aussi mais ne vous attendez pas non plus à du Sting, nan, la crasse est encore là, ça sent encore le cambouis question riffs, en fait la seule chose à regretter dans cette prod de GGGarth Richardson c'est peut être le son de batterie un peu faiblard sur certains titres, mais sinon le lifting est vraiment délicieux, on a la sensation de se trouver devant un Jesus Lizard plus déterminé qu'auparavant, presque post-éthylique, et les compos ne sont pas en reste, oh que non... je vous laisse juger: "Blue Shot" et sa ligne de basse goguenarde et foutrement addictive, son refrain post-it qui vous colle aux neurones ("liiiiiies, passooodils..."), "Thumbscrews" l'excité punkoïde, parsemé de breaks 100% détente sur plage d'Hawaï, avant de renvoyer la sauce à la première occasion, une autre petite trouvaille typiquement lézardienne, "Mailman", récit flippé pur porc comme seul tonton Yow sait en concocter, et le terrible "Skull Of A German", une sorte de post-punk faisandé et pourri jusqu'à l'os, façon Dead Kennedys, avec encore un de ces refrains qui te collent au cerveau comme pas deux... Plus loin, on se surprend à entendre quelque chose de nouveau... "Trephination". Et là j'attire votre attention. Habituellement dans un disque de JL, il y'a une ballade n'est-ce pas ? Et bien ici, en guise de ballade, nous avons droit à un bad trip téléphonique, porté par un riff de guitare angoissant avec quelques breaks terrifiants et sublimes, portés par la voix de David qui nous cajole comme des bébés avant de laisser ce rythme flippé reprendre son cours... petites consolations paternelles disséminées dans un flot de déchaînement infanticide ? Pas vraiment. En fait c'est juste le père David qui se tape une redescente et se parle à lui même, dans sa tête, la dualité de l'homme bourré en quelque sorte, mais n'imaginez pas quelque chose de larmoyant: "Trephination" adopte la technique du chaud et froid et entre pour ma part au panthéon des titres les plus suicidaires que je connaisse, rien de moins... alors après pareille hallucination, que peut-il bien y avoir ? De la tuerie, de la tuerie, encore et encore, en veux-tu en voilà... Mais as-tu le choix ? Non... alors laisse toi faire, ne résiste pas: Une attaque flippée, soit "More Beautiful Than Barbie", ou comment déclarer son amour à une femme en lui matraquant le crâne à coups de batte... "Too Bad About The Fire", longue montée en puissance, phrasé délicieux de Yow, puis crescendo et lâché de ballons sur le final. Décidemment, cet album est un vrai carnaval, et pourtant aucun titre ne dépareille... jusqu'à "Now Then" frénétique à souhait, ou le dernier coup de surin prodigué par le groupe dans notre flanc déjà endolori: "Pervertedly Slow", une resucée improbable, un blues impossible, raide mort mais toujours debout comme toujours, dernier sourire mesquin avant de nous achever...

Voilà une chronique bien mal fagotée je vous l'admets, fort longue certes, mais si je me suis donné cette peine toute relative, c'est juste pour vous dire que Shot est un sacré album, et que ce serait une grave erreur de passer à côté sous prétexte que la période Steve Albini est soit-disant la meilleure. Tout cela est faux bien sûr, Shot fait mal, très mal, et se place en digne successeur de la quadrilogie destructrice constituée par Head/Goat/Liar/Down. Si vous aimez les coups de poutre, les titres simples qui développent l'air de rien trois idées à la minute, et surtout si vous aimez les précédents, choppez moi ce Shot fort gouleyant ! Vous m'en direz des nouvelles...
Excellent !   18/20







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