Oiseaux-Tempête

"On perdrait beaucoup trop de temps à planifier et écrire des morceaux, si écrire veut vraiment dire quelque chose dans notre style musical" [vendredi 14 février 2020]

A l'occasion de la sortie de leur première B.O. pour le film d'Ala Eddine Slim, Frédéric Oberland & Stéphane Pigneul, les deux artisans sonores d'Oiseaux-Tempête ont répondu aux questions d'Happy Friday.
Improvisation, amour et Sortilèges au programme !

Photo : Oiseaux-Tempête & Ala Eddine Slim, par Benoit Bel et Frédéric D Oberland

Un énorme merci à Dali d'avoir permis cette interview, réalisée par Happy Friday et mise en forme par Lok





- Tlamess (Sortilège) est sorti mercredi dernier (le 19 février), c'est la B.O. du film du même nom, comment avez-vous rencontré Ala Eddine Slim? Comment est née l'idée de cette collaboration?

Frédéric : C'est lui qui est venu nous chercher, via un très chouette message sur notre musique et nous demandant si ça nous botterait de faire la bande originale de son second-long métrage. On s'est rencontré à Paris, il nous a pitché verbalement le scénario et on est tombé direct sous le charme de son TLAMESS (qui en dialecte tunisien veut dire "jeter un sort").

Stéphane : Oui nous l’avons rencontré juste avant le début du tournage et Ala nous a donné "carte blanche" dés le début. Cela a ouvert toute sortes de possibilités et de combinaisons sonores que l’on voulait expérimenter depuis pas mal de temps, notamment sur les textures électroniques.

-On sent un amour de l'image depuis les débuts du groupe, que ce soit lors de vos premiers concerts avec les photos de Stéphane Charpentier, ou celles que prend Frédéric, c'est presque un cheminement logique que vous composiez une bande originale. Était-ce une envie de longue date?

Frédéric : Sans doute. Je crois qu'on attendait une opportunité de long-métrage comme celle-ci pour imaginer la tournure que cela pourrait prendre en réalité. Ce n'est pas nécessairement parce que notre musique a un côté cinématographique qu'elle peut exister au cinéma, justement... ;-)
Il y a un côté un peu "alignement des astres" dans notre rencontre avec Ala, comme dans le scénario original de Sortilège (Tlamess). Quelque chose de la métamorphose, de la mue, de la quête, dans lequel on s'est senti à l'aise pour évoluer et créer des sons.

Stéphane : On avait déjà eu une petite expérience avec le cinéma et le film Les Ogres de Léa Fehner. Mais cette fois ci nous avions vraiment plus de contrôle sur nos choix sonores. Je pense qu’on adorerait en faire d’autres. C’est un travail vraiment fun et enrichissant.

-On connait également vos envies de liberté avec l'improvisation, comme avec FOUDRE! par exemple. Pour cette B.O., la musique était-elle totalement improvisée? Aviez-vous vu les images du film au préalable ou c'était une découverte totale en studio avec les amplis branchés?

Frédéric : Les deux, mais dans un processus inclusif pour tout le monde. Après une première rencontre en amont du tournage, on avait convenu avec Ala qu'il nous enverrait d'abord pendant le tournage quelques plans séquences sur lesquels on improviserait des thèmes électroniques et synthétiques. Puis une seconde séance d'enregistrement à Mikrokosm à Lyon, où il nous projetterait en direct les rushes du film et sur lesquels on tenterait des choses plus électriques, avec percussion. On s'est servi de ses deux sessions pour concocter le tout. Ala a choisi et placé les moments qui lui semblaient pertinents et réalisé le montage avec la musique (il est le monteur de ses propres films). On a peaufiné le tout à MER/NOIR avec Jean-Charles Bastion.



Stéphane : L’improvisation fait partie de notre méthode de travail avec Frédéric, comme avec Le Réveil des Tropiques, notre autre groupe commun,. Je crois qu’on perdrait beaucoup trop de temps à planifier et "écrire" des morceaux si écrire veut vraiment dire quelque chose dans notre style musical. On cherche à rester surpris avant tout par ce qui sort de nos amplis comme tu dis.

-On aura probablement quelques clés avec le documentaire Khamsin, mais comment se déroule votre processus de création? Procédez-vous comme le groupe Can par exemple, qui (en gros) déroulait en impro puis "fabriquait" les titres en studio? (en fait on se demande comment c'est possible de sortir des albums aussi réussis du début à la fin en improvisant totalement )

Frédéric : On n'a pas vraiment de recettes, même si on cuisine pas mal... Pour cette B.O par exemple, les titres "Cimetière", "Cité Nocturne", "Drone Alpha", "Canyons", sont quasi improvisés sur l'image en direct, à la maison ou en studio, avec pas ou peu de bidouilles de montage. Evidemment, on s'y prend parfois à plusieurs fois, on réessaie, on jette, on tente autre chose.
Sur certains albums en revanche, comme AL-'AN!, le processus de montage de nos rushes musicaux peut être dantesque et nous faire superposer des enregistrements pris à différents endroits, à différentes époques, avec différents musiciens. On ne s'interdit pas grand chose dans notre choix / manière de "composer" un disque. Le plus important peut-être, c'est que cela nous surprenne au final, et que cela respecte l'authenticité du moment un peu magique, quitte à parfois lui tordre le cou dans tous les sens...

Stéphane: Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi ça marche de manière analytique , on le sent c’est tout. Tout cela est bien instinctif en vrai. La surprise, la cohérence, les tensions , les sourires et fous rires, les soucis personnels, mais surtout la joie et le plaisir à être tous ensemble caractérisent le choix de nos prises au montage. Un morceau peut très bien jaillir et rester tel quel sur la disque final, comme être disloqué ou fusionné avec un autre. Des jams de 25 mn peuvent finir en track de 2 minutes et vice versa. Il n’y a pas de limites vraiment, on tâtonne , on essaye, on écoute. Si ça nous plait , on garde. . On essaye un tas de bidouilles sur notre table de montage audio, on ne s’arrache pas les cheveux à faire rentrer ceci ou cela dans la "case". Ça marche, on garde, c’est pas terrible , on jette direct. C’est assez simple dis comme ça !

-Vos deux derniers albums donnent l'impression d'être plus courts et condensés par rapport aux autres grands formats du groupes, était-ce une volonté préalable car leurs sorties sont assez rapprochées?

Frédéric : On y avait pensé pour From Somewhere Invisible, qui aurait pu être un double LP. "Faire court, condensé" après la floppée de doubles vinyles qu'on avait sorti. Au final, on a mis de côté et c'était pour le mieux du disque, sans aucun doute. Pour TLAMESS (Sortilège), on aurait pu sortir de notre chapeau un ou deux autres inédits (comme le morceau "Jettatura" qui illustre la bande-annonce française du film, est dans la B.O album mais ne figure pas au montage) ; au final, on a privilégié une certaine cohérence.



Stéphane: On en parlait justement il y a quelques jours avec Frédéric. De manière inconsciente on s’est peut-être dit que ça ferait beaucoup mais surtout , encore une fois, c’est les disques et la matière qui décident. Il y a des exigences , peut-être nouvelles pour nous qui apparaissent. Aller un peu à l’essentiel, ne plus avoir peur des mélodies…

-Et donc saviez-vous, au moment de travailler sur Somewhere Invisible à quoi allait ressembler Tlamess (chronologie des 2 enregistrements)? Si oui est-ce une des raisons pour laquelle Somewhere Invisible est plus frontal et direct? (je trouve que les 2 albums se complètent très bien en révélant 2 facettes très différentes de la musique du groupe).

Frédéric : Pour être honnête, oui, un peu. On avait l'intuition, un peu avant la sortie de From Somewhere invisible, que possiblement TLAMESS (Sortilège) pourrait sortir lui aussi en vinyle. Et que du coup, comme tu le soulignes justement, une certaine dualité pourrait opérer dans les oreilles de certains auditeurs. Ça a ajouté une raison supplémentaire à notre envie d'être plus "compact".



-Quelles sont vos prochaines sorties, collaborations, projets? Allez-vous commencer un nouveau cycle?

Frédéric : Avec Oiseaux-Tempête, pour l'instant, tourner : en quintet, en septet avec les canadiens, en quartet instrumental ou en ciné-concert. Après deux albums coup sur coup, ça nous amuse de prolonger et de faire vivre ces rhizomes sur scène...
Côté disque Oiseaux-Tempête, comme à l'accoutumée, on ne planifie rien ; on verra bien ce qui surgit devant nous. Sinon, FOUDRE! pourrait se réveiller sous peu, de même que les Tropiques ; et la bande son que j'ai composé récemment avec Irena Z. Tomazin pour l'installation ARBA, DÂK ARBA de Fanny Béguély devrait sortir en juin 2020 sur un label Suisse.

Stéphane: Le Réveil des Tropiques a un disque à sortir voire peut-être deux dans les mois à venir. Ça plus les projets solos et peut-être nouveaux groupes à venir, on a pas mal de pain encore sur la planche !

-Depuis le début vous avez montré une affinité certaine avec la musique et la culture du bassin méditerranéen, est-ce que vous vous voyez changer complètement de paysage et de continent? 

Frédéric : Pourquoi pas changer, From Somewhere Invisible avait déjà été enregistré au Canada, même si produit par un libano-canadien, Radwan Ghazi Moumneh ;-). Dans tous les cas, cela devra faire sens pour nous.

Stéphane : Comme dirait notre ami Fred de SUB ROSA : "Yesterday is history, tomorrow is mystery !"

-De quel film (ou quel genre de film) auriez-vous rêvé de composer la B.O. (s'il y en a un)?

Frédéric : Beaucoup trop de films !

-Sur Xsilence on préfère sortir le classement des albums de 2019 début février, pour pouvoir digérer les sorties de fin d'année. Ça n’empêche pas Big Thief d'arriver en tête comme un peu partout.. Et vous, quels sont vos albums de 2019?

Frédéric : Dosses de Tanz Mein Herz, la collaboration éponyme de Gilbert Artman & Etienne Jaumet, le EP Time We Left This World Today de Mondkopf, Intemporel de Sarah Davachi & Ariel Kalma...



Stéphane : J’ai de moins en moins de temps pour approfondir les disques que j’écoute, je passe de plus en plus vite dessus , je l’écoute une fois , deux fois guère plus…J’ai l’impression de « faire » plus de musique qu’en écouter heureusement ou malheureusement ….
Une chose est sûre , je suis passé complètement à côté du dernier Nick Cave qui m’a littéralement et à tous les sens du terme « désolé » …
Je continue de suivre les disques de Zëro que je trouve toujours très bien foutus, j’aime bien FACS, et sinon je suis les derniers trucs que continuent de sortir des groupes comme SCORN, PAN AMERICAN ou FOLLAKZOID. Heureusement Paul nous fait découvrir plein de choses dans le van en tournée ! Raaaadiooooo Mitch !








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