Phoenix

Bankrupt!

Bankrupt!

 Label :     Loyauté/Glassnotes 
 Sortie :    lundi 22 avril 2013 
 Format :  Album / CD   

Ce cinquième album de Phoenix commence étrangement par le morceau "Entertainment" et son instru de synthés kitsch à l'accent asiatique amplifié par des couches de lourds effets électro par-dessus lesquels Thomas Mars ironise tel un ado cynique sur le monde du spectacle : "Entertainment, Show them what you do with me !". Sur le second morceau "The Real Thing" le son rappelle la FM des années 80 avec un gimmick de synthétiseur et un refrain allant chercher dans des aigues à priori peu habituels... "S.O.S In Bel Air" s'enchainant vite dans la même lignée ; on se demande alors où sont passé les guitares si caractéristiques du son de Phoenix de Laurent Brancowitz et Christian Mazzala ! S'ensuit le single "Trying to be cool" où justement on les retrouve un peu... Et pour le coup avec ces sonorités c'est efficace et calibré pour les radios indie et grandes scènes. Un refrain et une mélodie hyper toniques à classer directement dans l'armoire à tube du groupe Versaillais. Mais pourquoi alors ces sons 80's ? Les premiers morceaux de l'album très déroutants, car peu ressemblants avec le reste de la discographie du groupe, ont pourtant un goût de reviens-y difficile à décrire. Sans doute le sens de la mélodie et de la rythmique du groupe toujours là... Et peut être également ces étonnants synthétiseurs finalement... La seconde partie de l'album conserve les mêmes ingrédients mais vont nous éclairer sur ce parti pris..."Drakkar Noir", "Chloroform" ou "Bourgeois" sont des titres à la rythmique beaucoup plus lente où les synthés se révèlent tristes et beaux comme une ballade hivernale et solitaire dans le parc du château de Versailles ou au parc de Sceaux. Car l'ADN de Phoenix est.peut être ici Malgré leur récent succès hexagonal, les tournées mondiales ou la gloire américaine, ces 4 amis d'enfance restent avant tout ces petits gars rêveurs qui cherchent à s'évader de leur banlieue chic et grise par le biais de la musique. Une partie de leur existence marquée au feutre indélébile qui rend leur musique si unique. Le titres "Bourgeois" splénétique à souhait et pur chef d'œuvre de créativité fait l'effet d'une machine à remonter dans le temps. On imagine parfaitement les jeunes ados versaillais écoutant The Cure, Depeche Mode, Joy Division ou Kraftwerk exprimant leur mélange de désarroi et fascination pour leurs origines géographique..."Darling you never know - When you're less than kind of done - Adolescence lookin' at you now Like foreign legions do".


Très bon   16/20
par X_Plock


 Moyenne 18.00/20 

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Posté le 23 avril 2016 à 11 h 43

Il y a des albums que l'on apprécie avec le temps, qui se bonifient comme le vin. Je pense à Mezzanine de Massive Attack, Rock Bottom de Robert Wyatt ou Bankrupt! de Phœnix. Ce sont ces albums que je préfère car ils sont intemporels et nous collent à la peau...

La première fois que je l'ai écouté, Bankrupt! était difficile à aborder pour moi, car c'était inattendu, avec de nouvelles sonorités, avec plus d'électro, avec un rythme assez différent des précédents albums (j'ai adoré United et Wolfgang Amadeus Phoenix). Mais je n'ai pas été déçu pour autant, j'ai même ressenti une grande bouffée d'air frais ! Trois ans plus tard, je ressens une IMMENSE bouffée d'air frais !


Le début énergique et dépaysant d'"Entertainment" (place à l'Asie) nous met direct dans l'ambiance, et pour cause c'est la première musique que le groupe Versaillais passait à ses concerts de 2014. Le rythme effréné et les arrangements complexes nous montrent que le groupe a travaillé dur, qu'ils veulent encore nous surprendre, que c'est un vrai groupe obsédé par la création.

Puis vient "The Real Thing", difficile à aborder en terme de rythme au début, mais très poétique si on se penche sur son texte. De plus il y a un grand sentiment de "reviens-y", comme dans tout l'album d'ailleurs. Ce qui est génial avec les textes de Thomas Mars c'est qu'ils sont tellement "flous" que l'on peut facilement interpréter l'histoire chantée et même s'y identifier. J'adore le refrain : "Pour lava in the ocean, turn the eternal carousel on, follow follow follow me, holy father and so, it's odd enough for you to live on, so long so long Salomé..."

"S.O.S In Bel Air" redonne le punch que propose "Entertainment" avec un refrain très dansant. Je trouve d'ailleurs notable que cet album oscille entre punch et phase : un coup Bankrupt! nous fait planer, l'autre coup "Drakkar Noir" nous stimule avant de rephaser sur "Chloroform". Ce que j'aime dans "S.O.S In Bel Air" c'est sa mélodie en fait, c'est une de mes chansons préférées de l'album car elle s'accorde parfaitement aux paroles : le début est comme la respiration haletante d'un amoureux, le refrain "When you can't cross the line but you can't stop trying, alone alone alone" est comme l'hésitation à avouer son amour, puis la fantastique mélodie planante "crystal or bamboo, voyageur canoe" veut tout dire pour moi. L'amour c'est des montagnes russes (voyageur canoe) et on doit choisir entre superficiel et sain, ou même entre rare et commun (crystal or bamboo). Bref, l'union entre texte et mélodie est fantastique et ça donne le moral, surtout après une rupture amoureuse.

Vient maintenant "Trying To Be Cool", l'un des titres les plus remixés de l'album (et de bons remixes d'ailleurs, cf. Breakbot et A-Trak). Cette chanson est parfaite pour se sentir en été, pour se sentir cool, pour sourire quoi. Mon passage préféré "Mint julep testosterone" me rappelle que ma testosterone c'est cet album. C'est toujours aussi génial au niveau du texte, ça parle de thèmes différents (le monde du travail) du coup ça m'évoque "Too Young" de l'album United. Il y a un truc super frais dans cette chanson, même 3 ans après sa sortie. J'adore la chute du morceau quand finalement le chanteur se rebelle : depuis le début il dit "Tell me that you want me", puis à la fin il se révolte "Tell me what they want is...... Gruesome, I don't care where you're from". Ça me fait rire à chaque fois. Pour finir, la transition vers le morceau "Bankrupt!" est super fluide (ça montre bien que chaque morceau doit être écouté dans l'ordre de l'album, car tout est pensé en ensemble).

"Bankrupt!", parlons-en. C'est le nouveau départ, tout recommence, magnifique track. Ça me rappelle bien sûr le génie du morceau "Love Like A Sunset" du précédent album, qu'ils avaient là aussi commencé au début du projet et terminé à la toute fin. Ce genre de morceau est toujours celui que j'attends le plus chez les Phœnix, car c'est le plus space, on le trouve dans chacun de leurs albums ("North" dans It's Never Been Like That par exemple). Mais avec "Bankrupt!" on atteint un tout autre niveau : une première partie avec une basse pesante (comme si on se la coulait douce dans la vie), puis un synthé transcendant en deuxième partie (comme si on avançait à vive allure dans la vie mais dans la mauvaise direction), et un final délivrant (mais surtout ironique dans le texte je trouve). Le texte explique tout l'album : la richesse ne fait pas tout, on est seul, l'amour est faux. C'est en quelque sorte le piège qu'ont évité les Phœnix après l'immense succès de leur précédent album, ils n'ont pas voulu assister à leur Banqueroute ni à la mort de leur talent, ils se sont renouvelés en choisissant leur propre direction.
A chaque écoute, je commence un nouveau voyage, je renais de mes cendres comme un Phœnix car c'est ultra purgatoire, c'est une sorte de catharsis.

Comme dit précédemment, l'oscillation poursuit son chemin et on repart donc sur "Drakkar Noir" au rythme effréné. Il faut voir son clip produit par The Creators Project, il vaut le détour ! Ce que j'aime avec ce morceau c'est son côté un peu baroque dans ses sonorités (entre 1:05 et 1:20 notamment), c'est une fois de plus très recherché et entrainant. Ils sont forts. Le refrain et le final sont entrainants, et la transition vers "Chloroform" est extrêmement fluide.

En effet, place à "Chloroform" : envoûtant, nostalgique, beau. Je me suis identifié au texte, ça fait du bien, car je comprends la musique à ma façon. Le piano donne de petits frissons quand il résonne, et la fin du morceau m'évoque beaucoup les pubs Kinder Maxi car dedans les gens se détendent sur un petit nuage (c'est le passage préféré du guitariste Laurent Brancowitz). D'ailleurs le clip du morceau réalisé par Sofia Coppola est exceptionnel. Il y a un truc d'inexplicable dans "Chlorofom", vraiment un morceau agréable à écouter. Même dans le texte je le trouve intéressant car j'ai l'impression que pendant tout le morceau le chanteur imite son amoureuse cruelle ("Why would I long for you ?"), et que seulement dans le refrain il exprime sa propre peine ("My love is cruel").

"Don't" c'est le titre le plus énergique de l'album, un pur courant électrique qui traverse le corps juste après la relaxation de "Chloroform" (ce qui confirme l'idée d'oscillation qui est en elle-même une forme d'énergétique). Elle me donne un punch incroyable et le refrain puissant me reste dans la tête comme je l'aime. Jusque là l'album n'est pas ennuyeux, on ne voit même pas le temps passer, et ça ne va pas s'affaiblir par la suite.

"Bourgeois", que dire... C'est ma chanson préférée, c'est un chef-d'œuvre, il n'y a pas d'autre mot. Elle est belle, c'est un hymne à l'amitié, à la jeunesse, à la liberté. Je l'ai chantée je ne sais combien de fois avec mes amis. Les musiciens ont trouvé une mélodie parfaite, elle est très mélancolique mais très puissante aussi. Quand on crie 'Bourgeois!', on critique et on salue à la fois, on s'exprime, on hurle, on est jeune. C'est ça la plus grande force de Phœnix, comme le dirait Philippe Zdar leur producteur, dans chaque musique ils essaient d'exprimer l'émotion de leurs 17 ans.

Leur dernier morceau, "Oblique City", est un final époustouflant. Les paroles sont belles, les instruments quasi oniriques et le refrain très punchy. La dernière minute est émouvante je trouve, il y a simplement une guitare et une voix puis on profite comme si on était à la plage un soir d'été. C'est la fin d'une aventure, la fin d'un amour, la fin des vacances peut-être... Mais on a le sourire. Alors on écoute les dernières notes nous bercer avec la voix de Thomas Mars puis on s'endort dans notre ville oblique, avec le sentiment d'avoir passé un bon moment.

Chaque écoute de Bankrupt! est différente, c'est un voyage toujours plus puissant et qui propose diverses émotions à mesure que l'on explore le travail de Thomas Mars, Deck d'Arcy, Laurent Brancowitz, Christian Mazzalai et Philippe Zdar. Le plus beau dans tout cela, c'est qu'on peut l'écouter encore, encore et encore... Et chanter encore, encore et encore...

Bourgeois !
Intemporel ! ! !   20/20







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