Ty Segall

Sleeper

Sleeper

 Label :     Drag City 
 Sortie :    lundi 19 août 2013 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Cette année, on aurait pu penser que Ty Segall serait revenu avec un nouvel album garage rock enragé et influencé par les malheurs qu'il a connus récemment, mais ce n'est pas du tout le cas. Pour échapper à sa détresse face au récent décès de son père adoptif et aux embrouilles avec sa mère, Ty préfère se noyer dans sa musique durant trois mois. De cette période de composition sur un enregistreur huit pistes, en ressort un album blues-folk psyché. Une première pour l'artiste !

Thématiquement l'album est assez sombre. Sleeper rend hommage à son père adoptif ("The Man Man", "Queen Lullabye") et lui permet aussi de régler quelques comptes avec sa mère ("Crazy", "She Don't Care", "Sweet C.C."). Malgré cela, la musique reste très mélodique, ce qui amène un contraste intéressant avec les paroles. Par exemple le refrain de "Crazy" est assez cru ("He's here, he's still here though she is crazy") alors que la mélodie fait plutôt penser, dans une moindre mesure, à une comptine sympathique. Ou la différence entre le rythme bluesy et entraînant de "Sweet C.C.", et de nouveau des paroles qui attaquent directement sa mère ("You're so crazy, you're so high, like a daisy you're makin the whole world cry"). Comme si cela reflétait l'attitude actuelle et réelle de Ty : l'aspect tranquille en extérieur, mêlé à la détresse et la haine qu'il ressent intérieurement. Ses chansons sont les plus introspectives et personnelles qu'il ait écrit. Ceux qui seront le plus toucher seront sûrement les personnes qui ont été dans le même cas de figure.

Vocalement, on pourrait croire que John Lennon, Syd Barrett et Bob Dylan se soient retrouvés sur la même galette, le rendu est époustouflant. Pour les chœurs, on peut même y entendre une influence The Who époque 60's, notamment dans "Come Outside" et "6th Street" où c'est très flagrant. Musicalement, chaque chanson a sa propre identité, aucune ne se ressemble ni ne copie sur l'autre. Segall veut clairement éviter la monotonie en abordant le style blues-folk de différentes manières, mais aussi avec différentes techniques. Pourtant, tout est cohérent et s'enchaîne avec une maîtrise fascinante. Ty fait parler ses influences, ainsi on peut trouver que "The Keeper" et "The Man Man" auraient pu être écrites par Dylan lui-même, "Crazy" et "She Don't Care" par Lennon et "Sweet C.C." par Barrett. Et comme ci cela ne suffisait pas, le son du Velvet Underground s'invite dans l'excellente "Queen Lullabye", qui d'ailleurs n'aurait pas fait pâle figure sur The Velvet Underground & Nico. Quant à "Come Outside", son riff renvoie directement à Led Zeppelin, à l'époque de leur troisième essai. Cette chanson est sûrement la petite perle de l'opus. Quoique la très bluesy "6th Street" pourrait être une sérieuse concurrente... le temps le dira. Les dernières quarante secondes de "The Man Man" évoquent les regrettés White Stripes et leur garage-blues-rock cracra des débuts. Mais c'est aussi et surtout le seul moment qui permet de faire un lien avec les précédents disques de l'artiste. Concernant les défauts... j'ai beau en chercher, je n'en trouve vraiment aucun. Ce disque est parfait de bout en bout et en plus d'être surprenant, il est très addictif.

Sleeper dévoile une nouvelle facette de sa personnalité, un homme qui peut être calme mais rongé de l'intérieur. L'album sert aussi sûrement d'objet thérapeutique pour Ty Segall, pour surmonter et dépasser ses difficultés. Et comme le dit si bien Beckuto Vongola (oui, c'est moi-même) "La musique est le remède miracle à toutes choses".


Intemporel ! ! !   20/20
par Beckuto


 Moyenne 19.50/20 

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Posté le 19 septembre 2013 à 20 h 15

Ayant découvert Ty Segall un peu tard, au travers de l'excellent " Twins " (2012), j'ai rapidement été séduit par les salves garage-grunge-psyché du jeune homme. Plus si jeune que ça d'ailleurs (le cap des 27 années approche). Mais j'étais loin de le penser capable de pondre un tel album.

Suite au décès de son père adoptif, chamboulé par cette tragédie qui a en outre provoqué une brouille avec sa mère, le rocker s'est posé seul dans sa chambre. Et a enregistré dix nouvelles chansons, en toute simplicité.
Les fans seront surpris de découvrir un album presque intégralement acoustique. Le mec seul avec sa guitare. Du violon sur deux morceaux, de la batterie sur un autre, mais c'est tout. Avec la mort du paternel comme toile de fond, Ty nous balance des chansons irrésistibles, dont l'urgence nous saisit instantanément. Si le style Ty Segall reste présent (immédiateté, reverb sur la voix, chœurs, etc.), c'est ici le songwriter en puissance qui se révèle. On sent tout l'héritage des anciens (les Beatles, T-Rex et Dylan notamment), digéré et actualisé. Tout cela semble semble à la fois nouveau et familier.
La première partie de l'album est assez sombre (malgré une éclaircie sur "The Man Man"). Le résultat paroxysmique de cet enfermement et de cette confusion onirique se trouve dans "She Don't Care" : titre dur, sublime, au refrain faussement naïf. Les chansons suivantes respirent davantage. Ty revient progressivement à la vie ; il clôture même son album par une superbe ballade country ("The West"). En fait tout ce que fait Ty dans cet album est une réussite. Et pourtant c'était casse-gueule. Eminente personnalité garage rock, il atteint en 36 minutes le statut de songwriter de classe internationale. Rien que ça.
Exceptionnel ! !   19/20







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