Isis

Wavering Radiant

Wavering Radiant

 Label :     Ipecac 
 Sortie :    mardi 05 mai 2009 
 Format :  Album / CD   

Je constate parfois avec nostalgie qu'au fil du temps, j'ai perdu quelque chose dans mon approche de la musique... Ce sentiment de délice qui m'habitait lorsque, encore adolescent, j'allais acheter le dernier skeud d'un de mes groupes favoris et que je l'écoutais encore et encore, le soir, au casque, dans le noir... Aujourd'hui, il y a tellement de groupes, tellement de productions, que je perds parfois de vue l'excellence, le transport quasi amoureux que certains groupes provoquent, au profit d'une écoute de masse, d'une passe rapide sur des albums aussitôt oubliés... Seulement, au milieu de cette prolifération cafardeuse d'anonymes traversant le shuffle de mon P.C., il trône des artistes donc chaque note enchanteresse est une synesthésie, un retour en une époque où l'écoute n'était pas encore industrialisée, où chaque œuvre faisait l'objet d'un simili culte. À ce titre Isis est proprement messianique.
Dès les premières mesures de "Hall of the Dead", l'on sent que nous sommes encore une fois, avec ce Wavering Radiant, face à un album majeur, peut-être même l'un des plus aboutis de leur parfaite carrière. Le riff introductif me fait étrangement penser à celui qui ouvrait Celestial, mais avec le son plus aéré, plus léger, de Panopticon. Commence alors un long cheminement au sein d'une musique riche, complexe, suave, planante comme un vieux Pink Floyd, aussi lourde que du Neurosis, groupe avec lequel les points d'achoppement sont nombreux, soufflant alors un vent de sécheresse partout autour d'elle.
Isis manie aujourd'hui les ambiances en véritable alchimiste, rendant le son plombé de ses compositions aussi vaporeux que la mousseline d'une mariée... Chacun des titres présentés ici est une forme de quintessence de son style, prenant le meilleur de l'existant et lui adjoignant une dose de savoir faire et d'innovation qui fait que le groupe n'est jamais dans l'auto-plagiat ou la redite. Peut-être davantage orienté sur les arpèges que par le passé, le groupe semble peu à peu délaisser les rythmiques d'un pachyderme schizophrène au profit d'une progressivité plus nuancée, les impacts frontaux étant moins récurrents que dans l'album précédent par exemple. Ce n'est pas pour autant qu'Isis s'est assagi ou aurait tourné guimauve, les fans d'Oceanic n'ont aucune inquiétude à avoir. Disons que la subtilité est devenue le maître mot des compositions...
Les titres sont toujours aussi longs, oscillant entre sept et dix minutes ("Hand of the Host") mais les structures sont moins monolithiques que par le passé, et j'oserais, toute proportion gardée, une comparaison avec les dernières sorties de Tool, tant d'un point de vue structurel (morceaux à tiroirs, art de l'ambiance, longs interludes musicaux) que sonore (le traitement de la basse notamment.)
La voix d'Aaron suit également le chemin amorcé sur Panopticon. Alternant idéalement une trame mélodique toujours inspirée (par exemple "Stone To Wake A Serpent", mais je pourrais citer toutes les chansons) et le hurlement rauque si caractéristique, elle se fond avec les autres instruments et renforce la cohésion de l'ensemble. Bloc homogène et absolument sans faille, Wavering Radiant est vraisemblablement appelé à devenir l'un des albums de l'année et Isis, l'un des très grands groupes de l'histoire du rock.
Doté d'une personnalité extrêmement forte, Isis a la capacité de rallier à sa cause les fans de death metal ("Treshold Of Transformation") ou de doom, école Anathema ou My Dying Bride, les hard coreux, les fans de prog, ainsi que tous les amateurs de musiques expérimentales ou de rock de très haute qualité. Pratiquant un genre totalement trans genre, Isis prend le meilleur de chaque scène pour proposer à l'auditoire ce qui se fait de mieux sous l'appellation bien trop réductrice de post core...
L'album vous enveloppe de ses volutes voluptueuses et ne vous relâche qu'avec une seule idée en tête : l'écouter à nouveau, au casque, dans la chaleur d'une nuit d'été, comme lorsqu'à quinze ans, vous vous imaginiez que c'était vous qui jouiez et vous évadiez l'espace d'une heure pour un univers que très peu d'artistes sont capables d'invoquer : celui de l'imaginaire...
Merci à Isis pour cet édifice, cet autel, ce palais, jardin des délices dans lequel nous sommes tous amenés à nous perdre...


Excellent !   18/20
par Arno Vice


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