Portishead

Third

Third

 Label :     Barclay 
 Sortie :    lundi 28 avril 2008 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

"Thread" dernier titre de Third s'achève par le retentissement d'une corne de brume par huit fois. Le navire Portishead rentre au port après 10 ans d'errances en pleine mer. Dix années durant lesquelles le navire (qui tient plus du cargo que du paquebot de croisière) a fréquenté les océans froids de cette planète recouverte de 70% d'eau.
Avant cette errance, le navire a charrié le temps de deux albums la noirceur d'un charbon extrait des sous-sols de l'Angleterre des années 90. Les deux livraisons exhalaient la noirceur de l'âme humaine avec autant de précision qu'un chat lavant à coup de pattes ses oreilles duveteuses.

Et voilà que Portishead décide de remettre son grand corps fatigué à l'ouvrage. Pour nous livrer un recueil de plaintes brumeuses, les dix années n'ayant pas altérées les doutes et questionnements.
Que reste-il de l'étiquette trip-hop vite collée sur cette musique trop cérébrale pour être populaire ? Une trame similaire, une devise "glad to be sad" toujours d'actualité, un chant toujours aussi fragile et habité. Mais la marque de fabrique du groupe, les samples et scratch ont disparus, les armes employées pour porter les estocades existentielles n'ayant plus rien à voir avec celles des débuts.
Third est moins monolithique que ses deux petits frères. Les atmosphères sont toujours aussi sombres et brutales sur "We Carry On" et un "Machine Gun" aux sonorités dantesques. Mais ces îlots de violence sont encadrés de petits écarts qui viennent fissurer la muraille. "Deep Water", judicieusement placé dans l'édifice, insère insidieusement une large rivière de Louisiane aux eaux boueuses au milieu de flots froids, vifs et turbulents. "Small" et sa fausse langueur subjugue. "Thread", avant de sonner le glas déroule une mélodie subtile et accrocheuse d'une simplicité déroutante.

L'entité Portishead ressemble finalement plus à un amas de blocs de solitudes qu'à un groupe uni. En se frottant les uns aux autres, ces blocs ont produit un flot d'étincelles, flot canalisé dans Third, magistrale démonstration du talent de ses géniteurs.

Espérons qu'il ne faille pas attendre une autre décennie pour que ces monolithes ne s'entrechoquent à nouveau.


Excellent !   18/20
par Shiboome


 Moyenne 17.20/20 

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Posté le 28 avril 2008 à 01 h 05

Third. Rien que le nom de ce nouvel opus semble invraisemblable, tant il fut attendu. On finissait par douter d'un éventuel retour de ce son pesant, ces atmosphères oppressantes, glauques et torturées – signature propre de Portishead, fondateur de cette branche du trip-hop. Mais après un longue période de rumeurs et onze ans d'attente, voici un successeur au magistral Portishead.

Joli pied de nez, donc, que d'intituler le morceau d'ouverture "Silence", et ses premières notes semblant perturber une annonce de radio portugaise. Un communiqué ayant pris le temps de mûrir, à la rédaction parfaitement aboutie. Après une introduction renouant avec cette tension indissociable de leurs mélodies, silence et place à la voix de Beth Gibbons. Frissonnante, et toujours si désespérée, son apparition fait culminer cette entrée vers des sommets d'angoisse en quelques minutes seulement. Les années n'ont pas fait perdre au groupe leur aspect percutant, "Silence" comme preuve à l'appui.

Ce qui frappe le plus à la première écoute de Third, c'est l'évolution évidente qu'a subi la composition de Portishead. Ne pouvant se résoudre à écrire un troisième album à l'image des deux précédents, leur recherche semble d'avoir exploré de nouvelles ouvertures. Entreprise évidemment difficile pour des initiateurs du genre, semblant par ailleurs refuser catégoriquement tout échec ou fausse route... Quitte à attendre onze ans.

Concevoir Third comme une prolongation et non une coupure dans leur oeuvre semble judicieux. Chacune des onze chansons fait écho aux anciennes. On retrouve du "Humming" dans "The Rip", du "Mourning Air" dans "Plastic", du "Over" dans "Threads"... mais plus comme des spectres lointains que des influences flagrantes. La musique de Portishead a grandi, a amplifié la recherche sonore de ses propres atmosphères. Mais elle est également allée s'aventurer vers en territoire étranger... En effet, dans "Nylon Smile" on croirait Beth Gibbons perdue dans un jam de Blonde Redhead, et "Machine Gun" surprend par sa rythmique martiale à la Hollinndagain d'Animal Collective. L'escapade folk de Beth Gibbons n'est pas non plus sans conséquences, en témoigne l'interlude à l'ukulele "Deep Water", et ses choeurs trafiqués de negro spirituals.

La notion de tension, présente depuis Dummy, est ici le fil rouge allant crescendo du début à la fin. Se manifestant comme un message codé sur "Silence", elle est coups de feu sur "Machine Gun", mais arrive à un haut niveau de perfidie en s'immisçant dans des pièces langoureuses comme "Hunter", à coups de montées électroniques, ou guitares vrombissantes. Le point culminant sera évidemment "Threads", avec l'ostinato de cordes en note tenue, aidant le morceau à s'intensifier lentement jusqu'à son apogée: Après trois quart d'heures où une main semblait lui serrer la gorge, Beth Gibbons fait exploser sa voix sculptée dans la panique (proche des déflagrations déjà vues sur le Roseland NYC Live).

Et Third de s'effacer sous le bruit de sirènes... Au final, difficile de se faire immédiatement un avis sur cette nouvelle créature enfantée par le trio Barrow-Gibbons-Utley. Pour ceux qui s'attendaient à une expérience similaire à Dummy et Portishead, le déroutement voire la déception seront peut-être au rendez-vous. Mais c'est au fur et à mesure que Third dévoile ses nombreuses facettes. Peut-être plus lentement que ses prédécesseurs, à cause de son aspect plus téméraire. Mais le constat est évident : Portishead a écrit un nouveau chef-d'oeuvre.
Excellent !   18/20



Posté le 28 avril 2008 à 19 h 28

Finalement, ce sont les quelques jours qui ont précédé la sortie de Third qui ont été les plus longs... Ces dix années d'attente n'ont en rien (pour ma part en tout cas) entamé l'envie de partager à nouveau le spleen poisseux du trio de Bristol. La tension est montée d'un cran quand, il y a quelques mois, la rumeur de cet Alien devenu entre temps Third a commencé à prendre forme...

L'album enfin disponible et acquis, que peut-on en dire en tentant de rester objectif?

Le fait est que le groupe a sérieusement muri. Difficile de lui coller une nouvelle étiquette : le trio s'est (presque) réinventé. On est certes en terrain connu : ambiance fin du monde, voix toujours écorchée de Beth Gibbons. Pourtant exit les scratchs et les rythmiques hip hop. Portishead a fait sa mue. Toujours aussi sombre et tourmenté, le spleen revêt aujourd'hui d'autres oripeaux : le son est beaucoup plus électro, et flirte même avec l'indus. Ecoutez par exemple machine gun d'une noirceur et d'un minimalisme métallique assez impressionnant : ligne de basse, rythmique martelée et saturée et presque rien autour. La voix de Beth Gibbons flotte au dessus de cette quasi transe hypnotique. Même sensation de malaise à l'écoute du technoïde et terrifiant we carry on. D'autres titres sont chargés d'émotion (the rip, magic door), le style a clairement évolué mais pas l'humeur.

Sans concession l'opus prend continuellement son auditeur à rebrousse poil : certains titres s'arrêtent en plein climax, une improbable pause folk lo fi aux deux tiers du disque offre un court et surprenant répit d'une minute trente avant que le spleen fasse un retour radical avec machine gun.

Un album riche, très riche même qui ne délivre tout son poison qu'après quelques écoutes. Pas de retour en arrière, Portishead ne cherche en aucun cas à capitaliser sur son aura et ses acquis, quand surgissent ça et là des résurgences du son d'antan il s'agit juste d'un point de repère qu'on nous enlève d'ailleurs rapidement : aucun calcul, plutôt une sincère intégrité : ce qui a déjà été fait n'est plus à faire...

Third marque le retour d'un des plus grands groupes de ces 15 dernières années et a tout d'un classique instantané.
Exceptionnel ! !   19/20



Posté le 30 avril 2008 à 22 h 41

Third me désappointe. Habitué aux ambiances froides et brumeuses de Portishead, voilà que j'entends ce single, hors contexte, le bien nommé "Machine Gun". Alors je râle, je radote ; le groupe aurait-il abandonné ses bases profondes? Ses scratchs? Sa basse si caractéristique? Pour que l'on se retrouve avec cette boîte à rythme désagréable et maladroite? Entêtante et jusqu'au boutiste.

Surtout que "Silence" n'arrange rien. Un mur de son est développé par le groupe, compact, indestructible, "monolithique" justement. Fini la clarté, les ambiances éthérées, Portishead revient dix ans après pour nous montrer que leur deux premiers albums n'étaient qu'une mise en bouche, une fête foraine accompagnée d'un clown triste et d'un manège amusant, émouvant.
Car ce Third n'est pas spécialement froid, mais n'empêche qu'il me glace littéralement. Portishead a toujours vécu sa musique comme sur un fil, un chemin étroit à travers lequel Gibbons & Barrows ont toujours réussi à se retrouver dans les méandres d'un son inventé, véritable hymne à la fusion des influences musicales ; mais ici, le fil est fin, presque invisible et le groupe arrive encore miraculeusement à naviguer (et par la même occasion, nous faire voyager) habilement entre la rupture mélodique et une tension crépusculaire que l'on n'aurait pas cru entendre un jour, entre la surprise permanente et un son en tout point différent des deux premiers énormes albums, mais finalement reconnaissable entre tous. Et c'est ici que se trouve la véritable prouesse de Portishead. Malgré mon évidente appréhension à réécouter et redécouvrir, sous un autre aspect, ce groupe, l'impression familière m'étonne encore. Beth Gibbons tire comme toujours son épingle du jeu, aussi à l'aise accompagnée d'un ukulélé ou d'une rythmique tribale. Barrows déploie son tissu sonore apocalyptique comme si chaque matin était prévu une fin du monde.
Alors oui, je reste perplexe ; mes aprioris tombent à l'eau sans que je ne puisse savoir pourquoi. C'est cette machine Portishead, qui sort d'un sombre lac après une pause de dix ans, toute rouillée, trainant l'héritage à son pied, et raclant tout sur son passage, en n'oubliant pas de dépoussiérer nos mythes éléctroniques et industriels.

Alors il faudra du temps pour digérer ce Third.
Mais peut être est-ce là les bases d'un grand disque.
Et ce dernier Portishead est pour moi une surprise avec laquelle je continue à me débattre.
Pas mal   13/20



Posté le 04 mai 2008 à 16 h 52

Exit le trip-hop bristolien soul-jazz des années 90, le troisième opus de Portishead s'entrouvre enfin et vomit son contenu digéré pendant plus de 10 ans. Ce nouveau né voit enfin le jour suite à une longue et difficile période : divorces, dépressions et remise en questions. Il en garde certaines cicatrices...

Si la forme a beaucoup évolué, le fond lui semble rester le même. On entre dans un tunnel, noir, rouillé, froid et dénué d'espoir. Après quelques paroles, un avertissement peut-être, on tombe rapidement dans une chute sans fin au rythme entraînant de la première piste, puis soudain, sans crier gare, la chute abrupte nous plonge dans le "Silence".

On erre alors en terre inconnue, parsemée de brouillard sans savoir où l'on va, il fait froid. On se dirige telle une proie, les yeux bandés et pour seul guide la voix berçante de Beth Gibbons vers l'inéluctable.

"The Rip" ou la déchirure avec un début d'album pesant, nous offre une dose de mélancolie, de tristesse et de désespoir. Une chanson nettement plus proche des aventures solo de la chanteuse avec Rustin Man que de Dummy ou Portishead. On se trouve entre Radio et Portis, avec une mélodie arpégée qui nous rappelle "Weird Fisches".

On continue notre chemin avec "Plastic", un morceau grave et lourd avec un beat réchauffé à la sauce "Undenied".

Suivent deux titres phares de l'album : "We Carry On" et "Machine Gun", séparés par la fausse innocente et très épurée "Deep Waters", seul instrument un ukulélé et un appui par des voix rappelant certaines chansons américaines des années 30. Les amateurs de Robert Wyatt sentiront sans doute une similitude entre "We Carry On" et "Shrinkrap" sur l'album Dondestan.

Le long tunnel nous amène dans une usine ou le même rythme lourd, dur et métallique frappe et frappe encore. La voix chante puis s'arrête. Les chocs continuent, un écho s'installe, puis les coups prennent plus de force et de poids à l'arrivée du son oppressant et morbide du synthétiseur.

Retour au 60's / 70's qui respire les Doors avec un psychédélique étonnant et prenant "Small".

La fin du tunnel approche. "Magic Doors" est la seconde chanson très déprimante de Third, d'une profonde beauté. Les yeux se mouillent..

Le tunnel prend fin avec le rythme sobre, mais tendu de "Threads".

Portishead jouait gros, l'erreur n'était pas possible, pas après Dummy, pas après Portishead, pas après 10 ans de patience pour certains ou de torture pour d'autres.

Pourtant Portishead a bien changé. Mais Portishead a réussi son pari. Cet album hétérogène en est la preuve. Entre musique industrielle, tout en passant par le folk, l'electro et le rock psychédélique, Portishead rompt son contrat avec le trip-hop et signe là un album magnifique, très riche, changeant de sonorité tout en gardant ses valeurs.

L'attente a donné ses fruits, mais espérons que le prochain album fleurira plus vite.
Excellent !   18/20







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