Simon Joyner

Ghosts

Ghosts

 Label :     Sing, Eunuchs! 
 Sortie :    mardi 14 août 2012 
 Format :  Album / CD   

Quand on a survécu 20 ans dans l'industrie musicale sans connaître de véritable succès grand public mais en accumulant un petit public de fans dévoués, on peut recevoir un joli cadeau d'anniversaire sous la forme d'un financement participatif. Et 20 ans après avoir enregistré ses premières chansons dans un grenier, Simon Joyner a reçu assez d'argent de la part de ses fidèles pour tester à nouveau leur amour avec un double album de 90 minutes auto-produit sur son propre label. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Simon fait du fan service car quand on est fan de Simon et qu'on a financé son nouveau projet, on est en droit d'attendre de longues chansons dépressives où il chante ni jamais juste ni jamais faux et dont on ressort épuisé mais heureux.

Deux décennies n'auront pas suffi à rendre Simon joyeux mais il a su s'entourer de musiciens assez talentueux pour laisser l'aspect lo-fi de ses compositions derrière lui et enrober son spleen d'arrangements soyeux. C'est ce qui empêche l'ambitieux Ghosts de se vautrer dans des excès d'apitoiements ennuyeux. En 2012, alors que la fin de l'humanité est annoncé, Simon ne se contente plus de gueuler que le monde va mal et qu'il va mal et que rien ne s'arrangera jamais, il parvient aussi à créer une atmosphère crépusculaire. Voyez comme "Vertigo", le premier morceau, débute en cacophonie puis évolue en valse mortifère puis s'achève en explosion de malaise. La formule est répétée sur de longues complaintes comme "Answering Machine Blues" ou les neuf minutes de "The Tyrant". Bien sûr, on a aussi le droit à des ballades plus classiques ("Last Will and Testament", "The Last Parade"), de l'acoustique brinquebalant comme seul Simon en a le secret depuis qu'il a piqué le secret à Leonard Cohen et que Conor Oberst lui a piqué le secret. On est donc dans la continuité des épisodes précédents et si on a continué à suivre Joyner jusqu'à celui-ci, ni grosse surprise ni véritable déception.

Mais peut-être qu'on en demandait pas tant. Comme tout célébration, Ghosts est au final un peu complaisant et là où Simon savait déambuler de manière attachante jusqu'à la ligne d'arrivée, il s'écroule désormais sous le poids de 90 minutes qui testeront la patience de ses suiveurs les plus endurants. Il y a là-dedans suffisamment de défauts sublimes et de vers magiques pour en avoir pour son argent mais si on estime que le financement participatif donne le titre de producteur, on exigerait presque le songwriter en roue libre de passer plus de temps en salle de montage, de condenser son propos et de revenir avec un album plus court et incisif. Est-ce qu'on a vraiment besoin de la médiocre "Cotes du Rhone" ou des deux parties de "If It's All Right With You" ?

Que Simon Joyner poursuive sa thérapie médicale à nos frais mais qu'il n'oublie pas qu'on a d'autres clients et qu'une bonne session d'une heure peut être plus cathartique qu'un monologue interminable. Bon anniversaire mon vieux, tant que tu pourras nous sortir des choses aussi belles que "If I Left Tomorrow", on te soutiendras. Mais n'abuses pas de notre précieux temps car, comme tu le chantes si bien, la fin est proche.


Sympa   14/20
par Dylanesque


Proposez votre chronique !







Recherche avancée
En ligne
136 invités et 0 membre
Au hasard Balthazar
Sondages
À quoi te fait penser le design actuel du site?