Alice Cooper

Killer

Killer

 Label :     Warner 
 Sortie :    novembre 1971 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Un serpent sur la pochette, le titre sobre et évocateur Killer écrit comme de la main d'un enfant torturé, on retrouve sur cet album toute l'imagerie que les gens se font d'Alice Cooper. Si je vous dis qu'en plus, le son devient beaucoup plus proche du hard rock que sur les précédents albums, vous serez peut-être tentés de fuir. Et vous auriez tort!

Car si certaines compos comme l'anecdotique "Yeah, Yeah, Yeah" ou "You Drive Me Nervous" sont assez typiques du style, ce ne sont clairement pas ces morceaux qui portent l'album. Ni même le légèrement misogyne "Be My Lover" avec son riff à la Sweet Jane ou l'entrée en fanfare "Under My Wheels", qui rajoute une session de cuivre, fait doublement assez rare pour être signalé. Doublement car d'une part, c'est rare d'entendre des cuivres sur un disque qualifié de hard rock, et d'autre part car les sessions de cuivres plombent souvent la musique par un côté festif insupportable (ou alors c'est moi qui ai des relents de rejet du ska-punk), ce qui n'est pas le cas ici.
Donc, si ce ne sont pas ces quatre morceaux qui portent Killer, assez logiquement, ce sont les quatre qui restent. Sur la face A, nous avons le doublé "Halo Of Flies" et "Desperado", qui pourraient être la BO d'un western cradingue à la Sergio Leone. Les deux nous portent au milieu du désert, pas aussi lourd et poisseux que celui de Kyuss et consorts, mais fantasque et surréaliste. "Halo Of Flies", 8 minutes 22 de rock progressif à la King Crimson vu par Alice Cooper, moins expérimental mais qui a le mérite d'oublier d'être chiant. "Desperado", titre plus calme qui aurait été écrit en hommage à Jim Morrisson.
L'ombre des Doors plane aussi sur le morceau titre "Killer", écrite du point de vue d'un tueur qui passe sur la chaise électrique (plus de 20 ans avant "Ride The Lightning", et en moins potache), et qui s'achève d'une manière qui déstabilise l'auditeur. Enfin, le titre évocateur "Dead Babies", peut-être LE morceau de l'album, traite de la négligence parentale sur fond de basse rampante et de légèreté mélodique. Un paradoxe qui fait froid dans le dos. Sur cette face B, Alice Cooper signe certainement ce qu'il fera de plus dérangeant et malsain, carrière solo comprise. Car c'est avec subtilité et une musique accrocheuse que le groupe réussit à filer cette atmosphère et à lui donner toute sa force. Faire un disque dérangeant ne signifie pas faire un disque inaudible. Une leçon qui devrait être mise entre les oreilles de tous les amateurs de metal extrême.

Oui, il n'y a que huit morceaux sur cet album. Et oui, il est sorti à peine neuf mois après le précédent. Cependant, quand on écoute les deux en comparaison, on constate qu'aucun titre de l'un n'aurait vraiment eu sa place sur l'autre. C'est vrai aussi que Love It To Death est plus accrocheur, plus instantané, mais Killer pousse le concept plus loin et propose de véritables morceaux de bravoure (surtout pour l'époque), en restant aussi solidement écrit et composé. Un grand disque de rock qui dépasse les styles, à la frontière entre les New York Dolls, Bowie et Black Sabbath. Rien d'étonnant à ce que Jeannot Pourri ait déclaré dans un de ses rares moments de lucidité que Killer est le plus grand album de tous les temps. (Je préfère Love It To Death, mais on ne va pas chipoter)


Intemporel ! ! !   20/20
par Blackcondorguy


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