Mount Eerie

Clear Moon

Clear Moon

 Label :     P.W. Elverum & Sun 
 Sortie :    mardi 22 mai 2012 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Phil Elverum est un musicien discret mais depuis longtemps culte pour ceux qui ont fait du Glow Part II des Microphones, son projet précédent, l'un des sommets d'une histoire en marge de la pop, celle qui préfère les sentiers sinueux et ombragés aux voies rapides et fédératrices. Celle qui met du temps à s'apprivoiser, pour marquer à jamais le mélomane adepte des brumeuses contrées qui lui ont révélé Robert Wyatt et les premiers Brian Eno, puis Olivia Tremor Control ou encore Gastr del Sol.

Clear Moon est l'astre qui éclaire la montagne illustrant la pochette. Nous arpentons, stupéfaits, cette montagne tout au long du disque. Elle dévoile des paysages variés, allant de clairières accueillantes ("Through The Trees part II"), à des lacs baignés de la blancheur d'une magnifique pleine lune ("Over Dark Water") en passant par des massifs escarpés ("House Shape") et des sous-bois inquiétants ("Clear Moon"). Cette errance, qui se termine le nez dans le ciel ("Synthetizer"), nous offre aussi des pauses intimistes d'une beauté troublante, servies par la voix déchirante d'un Elverum hanté comme jamais. On passe ainsi des grands espaces à l'introspection fragile d'un voyageur grelotant face à l'immensité ("The Place I Live").

Une autre réussite de l'album, outre ses compositions sensibles et son homogénéité thématique, tient également à sa production soignée, qui trouve un équilibre parfait entre expérimentations électroniques, nappes de synthé troublantes (on songe à Eno, justement, ou encore à la B.O. de Twin Peaks) et touches organiques subtilement dosées (percussions, saxophone, chœurs célestes,...).

Disque magique, réussissant le grand écart entre humanité fragile et froideur lunaire, Clear Moon est une œuvre dont on sort aussi heureux qu'hébété, et vers laquelle on reviendra souvent, en attentant sa suite, Ocean Roar, qui sortira en septembre et qu'Elverum décrit sur son site comme " going deeper into the fog and wall of noise, still asking, half remembering a dream of a midnight road trip to the ocean from 20 years ago". Puisque je vous disais qu'il était question de voyages...


Exceptionnel ! !   19/20
par Edgar l'animal


 Moyenne 18.00/20 

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Posté le 12 septembre 2012 à 01 h 57

Depuis qu'il s'est rebaptisé Mount Eerie, Phil Elvrum s'est doucement ouvert au monde. Il est sorti de son garage, ce même garage où avec ses Microphones il nous avait fait pleurer. Il ne chante plus à propos du matériel d'enregistrement et des difficultés amoureuses. Aujourd'hui, Phil a les mains vertes et chacune de ses nouvelles composition est une nouvelle ode à la nature. Sur Wind's Poem, il avait déchaîné les éléments, s'offrant aux bourrasques des vents les plus terribles. Trois ans plus tard, l'anticyclone est reparu, il ne reste plus que Phil, seul au sommet de son Mont Eerie, à contempler le paysage alentour. À regarder la pleine lune en rêvassant.

Une étrange sérénité se dégage du disque dès les premières écoutes. Un calme contagieux propre au recueillement et à la contemplation. D'ailleurs, Elvrum s'est installé dans une vieille église pour l'enregistrement de l'album, un choix qui n'est sûrement pas innocent... Les expérimentations sonores du bonhomme se sont éloignées du bruit, et c'est maintenant l'ampleur du son qui est à l'honneur. Le plus souvent basés sur des drones lunaires, les morceaux laissent entendre une maîtrise époustouflante de l'espace sonore. Phil contrôle son studio à la perfection, et à l'écoute des 11 compositions il ne nous prend qu'une envie ; nous lover dans un coin du lit et fermer les yeux.

"Through The Trees Pt.2" entame le voyage. Très "terrien", le morceau fleure bon l'époque des Microphones avec sa guitare acoustique et le chant tranquille d'Elvrum. Et même si c'est un des tout meilleurs titres du disque, c'est néanmoins le moins représentatif. Ce n'est que la porte d'entrée, rassurante, bienveillante. Mais dès "The Place Lives", c'est fini. Lorsque les guitares électriques font leur entrée, les proportions deviennent épiques. Phil regarde l'Univers depuis son perchoir, en haut du 'Mount Eerie', et se sent plus minuscule que jamais, chantant que les nuages se moquent bien de sa présence. Aveu aussi bien dépressif ("je suis si petit...") que rassurant ("l'univers est inébranlable, stable...").
Le duo gagnant "Lone Bell"/"House Shape" offre peut-être la plus belle paire de morceaux jamais enchaînée par Phil Elvrum. Le premier, lent et contemplatif, est d'abord hanté par de longues plages de claviers avant que ne viennent s'ajouter des cuivres menaçants et l'inimitable voix d'Elvrum. Le second, quand à lui, pourrait illustrer une marche à travers un désert - pourquoi pas lunaire, tant sa rythmique métronomique (qui a dit krautrock ?) reste immuable, tandis que les arrangements de guitare et de synthétiseurs vont et viennent par vagues, en un flux crescendo jusqu'à l'apothéose finale... Arrivé à son sommet, le disque nous plonge ensuite dans le vide et nous laisse planer au dessus de l'immensité indicible de l'océan, avant de nous faire fondre en piqué en un martèlement furieux de batterie ("Over Dark Water").
Grosse comme une montagne, "Clear Moon" est la piste la plus "volumineuse" du disque. Avec ses percussions lointaines et ses drones pesants, elle rappelle les premiers pas ambiants de Klaus Schulze... "Yawning Sky" est le pendant allégé de son prédécesseur. Le genre de morceau parfait pour se glisser dans un sommeil réparateur, au son d'une guitare apaisée et de drones aériens...

Alors que le disque s'achève, sur des plages de synthé, on est en droit de se demander si Phil Elvrum n'est pas en train d'atteindre sa pleine maturité. Capable de créer n'importe quelle ambiance à partir de son studio, il s'autorise ici trois quarts d'heure de méditation, chez lui à Anacortes. Il suffira à l'auditeur de fermer les yeux et de se laisser lui aussi envahir par cette plénitude revigorante... Histoire de prendre une dernière bouffée d'air frais avant de plonger dans les eaux sombres du petit frère ; Ocean Roar.
Parfait   17/20







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