Boards Of Canada
Music Has The Right To Children |
Label :
Warp |
||||
Voici un album sur lequel il y a beaucoup à dire ! Parmi toutes les idées et hallus que celui-ci fait fuser, ces deux-là me semblent les plus tangibles et objectivement justifiables (et les plus "lieu communisées" par les critiques).
Après une écoute de Music Has The Right To Children, le thème que l'on peut isoler avec le plus d'évidence est l'enfance. Curieusement, il s'ensuit un certain malaise. Les nombreux samples de voix enfantines contribuent, il est vrai, à répandre une chaleur vivante sur l'ensemble du disque; on imagine, sourire en coin, une bande de gosses s'étant emparés du barda électronique des Boards Of Canada et insufflant par touches, au gré de leurs facéties, des mélodies faites de candeur et de spontanéité (comme dans la jolie "Roygbiv") dans des ordinateurs stupéfaits, outrés puis finalement charmés. Mais réciproquement, c'est un peu de l'humanité de ces rires et autres "I love you" (sur "The Color Of The Fire") qui s'évapore, au contact d'une electronica tout de même précise et exigeante. Regard angoissé de l'adulte sur l'enfance, dont il enregistre les gestes, les manifestations, mais de laquelle il échoue à ressentir les principes, la substance ? La peur d'un inconnu familier en somme ?...
Si peur il y a, elle se trouve également dans une autre vision provoquée par Music Has The Right To Children: celle de la nature. Ici, pas question de paradis insulaire ni de terre bienveillante et nourricière. L'ivresse est dans notre néant. "An Eagle In Your Mind", par exemple, pose l'auditeur en témoin esseulé d'une nature aride, hostile et paralysante d'immensité. L'aigle est beau et majestueux, mais son souci premier est de goûter les entrailles du petit homme sans visage qui, sous lui, tout au fond du défilé rocailleux, cherche à fuir la noire montagne et sa propre terreur (pas de bol le portable est naze). Gare aussi aux mouettes psychédéliques aux yeux rouges du merveilleux "Happy Cycling". Souvent, ce sentiment diffus d'oppression se trouve renforcé par l'utilisation plus ou moins marquée de beats renvoyant directement au hiphop ("Sixtyten", "Aquarius"...). A défaut de faille, voila peut-être l'une des fêlures de cet album, ces beats ayant tendance à alourdir inutilement, à "hermétiser" certains titres qui de ce fait se dérobent à notre contemplation.
Je pourrais gloser encore longtemps... En fait, Music Has The Right To Children est un énorme gisement de sensations, de loin la galette la plus évocatrice que je connaisse. Alors à vot' bon cœur m'sieurs dames, ce disque ne sera jamais assez chroniqué !
Après une écoute de Music Has The Right To Children, le thème que l'on peut isoler avec le plus d'évidence est l'enfance. Curieusement, il s'ensuit un certain malaise. Les nombreux samples de voix enfantines contribuent, il est vrai, à répandre une chaleur vivante sur l'ensemble du disque; on imagine, sourire en coin, une bande de gosses s'étant emparés du barda électronique des Boards Of Canada et insufflant par touches, au gré de leurs facéties, des mélodies faites de candeur et de spontanéité (comme dans la jolie "Roygbiv") dans des ordinateurs stupéfaits, outrés puis finalement charmés. Mais réciproquement, c'est un peu de l'humanité de ces rires et autres "I love you" (sur "The Color Of The Fire") qui s'évapore, au contact d'une electronica tout de même précise et exigeante. Regard angoissé de l'adulte sur l'enfance, dont il enregistre les gestes, les manifestations, mais de laquelle il échoue à ressentir les principes, la substance ? La peur d'un inconnu familier en somme ?...
Si peur il y a, elle se trouve également dans une autre vision provoquée par Music Has The Right To Children: celle de la nature. Ici, pas question de paradis insulaire ni de terre bienveillante et nourricière. L'ivresse est dans notre néant. "An Eagle In Your Mind", par exemple, pose l'auditeur en témoin esseulé d'une nature aride, hostile et paralysante d'immensité. L'aigle est beau et majestueux, mais son souci premier est de goûter les entrailles du petit homme sans visage qui, sous lui, tout au fond du défilé rocailleux, cherche à fuir la noire montagne et sa propre terreur (pas de bol le portable est naze). Gare aussi aux mouettes psychédéliques aux yeux rouges du merveilleux "Happy Cycling". Souvent, ce sentiment diffus d'oppression se trouve renforcé par l'utilisation plus ou moins marquée de beats renvoyant directement au hiphop ("Sixtyten", "Aquarius"...). A défaut de faille, voila peut-être l'une des fêlures de cet album, ces beats ayant tendance à alourdir inutilement, à "hermétiser" certains titres qui de ce fait se dérobent à notre contemplation.
Je pourrais gloser encore longtemps... En fait, Music Has The Right To Children est un énorme gisement de sensations, de loin la galette la plus évocatrice que je connaisse. Alors à vot' bon cœur m'sieurs dames, ce disque ne sera jamais assez chroniqué !
| Exceptionnel ! ! 19/20 | par Bézu |
Music Has The Right To Children a été réédité en 2004 dans un format digipack contenant en bonus "Happy cycling", tiré des Peel Sessions.Posté le 03 décembre 2005 à 01 h 26 |
Deuxième opus des écossais après Twoism (réédité l'année dernière), Music Has The Right To Children n'est rien moins que leur premier coup de maitre, voire un album assez culte dans le petit monde de l'ambient-electronica. Je les ai d'ailleurs découverts en écoutant cet album, et je ne saurais trop conseiller à tous ceux qui ne le connaisse pas encore de se réserver 2 petites heures à cette fin, pour l'écouter calmement, attentivement, disons 2 fois de suite. Voire 3 fois si vous étiez distraits;-)
Autant le préciser tout de suite pour ceux qui hésiteraient à tenter l'expérience: on est ici loin de toute abstraction electronico-intégriste, et l'album reste quand même bien plus accessible que d'autres représentants du genre, Autechre en tête - histoire de vous rassurer, commencez donc par Aquarius et sa basse entêtante, An Eagle in your mind et son extraordinaire dynamique, ou bien Turquoise Hexagon Sun et son clavier lumineux.
Alors certes, les qualificatifs de spectaculaire, tubesque ou péchu n'ont ici pas lieu d'être, on est pas chez les Chemical Brothers non plus. Music (...) joue dans un autre registre, celui de l'élégance, de la subtilité, de la douceur faite musique, et au final procure un peu le même effet qu'un rêve très agréable quoiqu' empreint de nostalgie, ce qui n'est quand même pas si commun.
Tout est d'ailleurs fait pour plonger l'auditeur dans un état de contemplation avancée, ces rythmiques lancinantes qui ne connaissent pas le surplace, ces mélodies murmurées du bout des claviers, ces boucles de rires enfantins qui enchantent des arrangements absolument magiques. Cette musique qui ne laissera pas vos neurones indemnes est bien un mystère pour l'esprit cartésien qui sommeille (plus ou moins) en chacun de nous, a fortiori lorsqu'il s'agit d'électro: "music is math", annoncent moqueurs nos deux écossais sur l'album suivant, Geogaddi, mais visiblement nous n'avons pas suivi les mêmes cours.
Autant le préciser tout de suite pour ceux qui hésiteraient à tenter l'expérience: on est ici loin de toute abstraction electronico-intégriste, et l'album reste quand même bien plus accessible que d'autres représentants du genre, Autechre en tête - histoire de vous rassurer, commencez donc par Aquarius et sa basse entêtante, An Eagle in your mind et son extraordinaire dynamique, ou bien Turquoise Hexagon Sun et son clavier lumineux.
Alors certes, les qualificatifs de spectaculaire, tubesque ou péchu n'ont ici pas lieu d'être, on est pas chez les Chemical Brothers non plus. Music (...) joue dans un autre registre, celui de l'élégance, de la subtilité, de la douceur faite musique, et au final procure un peu le même effet qu'un rêve très agréable quoiqu' empreint de nostalgie, ce qui n'est quand même pas si commun.
Tout est d'ailleurs fait pour plonger l'auditeur dans un état de contemplation avancée, ces rythmiques lancinantes qui ne connaissent pas le surplace, ces mélodies murmurées du bout des claviers, ces boucles de rires enfantins qui enchantent des arrangements absolument magiques. Cette musique qui ne laissera pas vos neurones indemnes est bien un mystère pour l'esprit cartésien qui sommeille (plus ou moins) en chacun de nous, a fortiori lorsqu'il s'agit d'électro: "music is math", annoncent moqueurs nos deux écossais sur l'album suivant, Geogaddi, mais visiblement nous n'avons pas suivi les mêmes cours.
Excellent ! 18/20
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