Lungfish

Artifical Horizon

Artifical Horizon

 Label :     Dischord 
 Sortie :    vendredi 01 mai 1998 
 Format :  Album / Vinyle   

On parle peu de Lungfish. C'est un fait. Non pas que le nom demeure inconnu, mais au mieux on sait qu'ils étaient signés chez Dischord. On est même en droit de se demander ce qui les différencie d'un autre groupe post-hardcore lambda. Tout. Tout ? Tout.
Attendez, vous allez voir. Imaginez Fugazi au tout début lorsque Guy ne jouait pas de la guitare. Ils vont répéter comme d'habitude dans le sous-sol de la maison de Ian. Mais ce jour-là, Brendan ramène un bong truffé de white widow et, aussi dystopique que cela puisse paraître, ils tirent tous dessus.
Imaginez alors deux longues heures de jam où l'ami Ian égrène le même riff mi arpège mi accord gratté, supporté par une section rythmique chaloupée et pachydermique, le tout a un tempo de 60 bpm. Et Guy ? Statique, paupières closes, tel un chaman, psalmodiant son ressenti du moment.
Ça y est vous visualisez ? Bon ce serait réducteur de dire que Lungfish c'est simplement ça, mais combien de fois me suis-je amusé à imaginer que ce serait ainsi que bon nombre de leurs titres ont vu le jour.
Lungfish fait du post-hardcore, et le fait très bien. Reconnaissable entre mille, plutôt lent, avec ce groove syncopé typique et ces motifs mélodiques qui se répètent, fusionnent, s'entrecroisent inlassablement tout le long de chaque morceau. Il n'est point question de structure classique couplet refrain. On a plutôt affaire à un mantra, ou la même idée se développe, fuit, puis resurgit avec des variations d'intensité qui mettent l'auditeur à plat ventre.
On retrouve cette formule sur "Black Helicopters", morceau instrumental ouvrant Artifical Horizon. Des couches d'arpèges finies à l'overdrive, une basse qui martèle les mêmes quatre notes, la sauce monte peu à peu jusqu'à en devenir orgasmique, puis retombe sur quelques grésillements électriques en guise d'outro. Vient alors "Oppress Yourself", certainement un des plus gros classiques du groupe. Apparaît la voix de Daniel Higgs, puissante et incantatoire. Il enchaîne les figures de style pour nous dépeindre sa vision du monde contemporain. La guitare d'Asa Osborne répète le même motif tout du long, attaquant un peu plus fort sur le refrain. Au fur et à mesure que le morceau se déploie, mon attention est captée par ses accords de guitare et par l'espace vertigineux qui s'étire entre chacune des attaques. Je pourrai comparer cette sensation de vertige comme lorsqu'on reprend son souffle après un challenge d'apnée (non ?... Ah bah vous ne savez pas ce que vous loupez). Un bref instant on pense en avoir fait le tour, et puis on commence à douter de l'idée que l'on se faisait de ce motif et c'est alors que le moindre petit détail fait surface, la résonance drone d'une attaque, le silence liant le tout, et on se réjouit et on en redemande encore, et encore, pourvu que cela ne s'arrête pas! La voilà la magie de leur musique. Cette recette, hypnotisante, le groupe la trouve à partir de Indivisible et elle se bonifie sur cet album ainsi que le suivant The Unanimous Hour.
L'enchaînement des morceaux est bien pensé, alternant les moments virulents "Oppress Yourself", "Shed The World", "Love Will Ruin Your Mind" et les plages plus contemplatives "Free State", "Truth Cult", le sublime "Light For All".
Seul petit bémol pour "Slip Of Existence" qui ne parvient pas à me faire décoller comme sur les autres pistes.
C'est donc un album exceptionnel, et on se surprend à se le remettre encore et encore, tant on a besoin de réécouter ses joyaux de post-hardcore drone-esques complètement addictifs.


Exceptionnel ! !   19/20
par Chaos


  En écoute : https://lungfish.bandcamp.com/album/artificial-horizon


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