The Beatles

Magical Mystery Tour

Magical Mystery Tour

 Label :     Capitol / Apple 
 Sortie :    lundi 27 novembre 1967 
 Format :  Album / CD  Vinyle  Numérique   

Bureau du F.B.I. (Federal Bureau Of Indies), département des disques pas chroniqués, quelque part très à l'Ouest...

Le Directeur Adjoint Snikker reçoit les agents Sculder et Mully dans son bureau. L'ambiance est lourde. Nos chroniqueurs du mystère ont rouvert un " XSilence File " très pimenté, un album du plus terrib' des groupes terrib', le Magical Mystery Tour de The Beatles...

- Si je comprends bien, agent Sculder, vous vous êtes réveillé au sommet d'une colline, étant auparavant tombé inconscient, en poursuivant un morse, un drôle d'oiseau, un lapin et une sorte d'hippopotame chelou, c'est bien cela ?

L'agent Sculder n'osa pas répondre tout de suite, encore plongé dans le trouble de ses souvenirs. Il finit par acquiescer, faute de pouvoir apporter une explication logique et plus claire.
L'agent Mully sentant que son partenaire n'était pas en capacité de lever quelque peu le voile sur cette affaire, continua :

- Tout commença lorsque l'agent Sculder décida, pour une fois, de remettre un peu d'ordre dans nos dossiers. En plein travail de classement, une brochure quelque peu incongrue tomba d'un des classeurs : c'était une invitation pour un voyage dans une sorte de bus magique. Nous l'avons lue chacun notre tour, plusieurs fois, sans qu'on puisse réellement savoir par où commencer...
- Ce que j'ai besoin de savoir dans un premier temps, agent Mully, est de pouvoir identifier la nature de ce disque : est-ce un Album ? Une Compilation d'Inédits ? Une simple Compilation ? Un E.P. ? Une Bande Originale ? Je dois avouer que vous n'avez pas été limpides là-dessus...
- C'est un petit peu tout cela, Monsieur Snikker, et je suis la première blessée à reconnaître que cette affaire dépasse le cadre imposé par le Federal Bureau Of Indies et les " XSilence Files ". De plus, si nous savons que l'affaire remonte à 1967, d'autres dates se croisent, d'un côté et de l'autre de l'Atlantique : 1976, 1987...
- Vous n'auriez simplement pas dû rouvrir ce cas sensible. Et puis, n'êtes vous pas affectés aux disques sortis en 1996 ou aux groupes ayant eu un succès certain ou relatif durant cette même année ? Je vais avoir des problèmes si le Directeur Derch apprend que vous vous êtes mêlés d'une affaire qui, manifestement, vous dépasse...

Sur cette dernière phrase, l'agent Sculder se releva de son siège, jeta son badge et cria :

- Si c'est ainsi, vous n'avez qu'à lui mettre ça dans le Derch ! Dites-lui Bonjour et Au Revoir de ma part !

Il sortit en claquant la porte du bureau. Snikker dit alors à l'agent Mully :

- Sinon, ne croyez vous pas que nous victimes d'un effet Mandela... ?

A cette question l'agent Mully ne sut quoi répondre...Elle pensa alors qu'ils avaient vraiment vieilli, qu'ils étaient peut-être trop vieux pour ces conneries.
Mais elle ne savait pas que, bien des années plus tôt, deux autres agents, deux champions du bien, duo dynamique parmi les duos dynamiques, avaient eux aussi traité l'affaire..

Non, ce n'était pas Ratman et Bobine, mais bien John Speed et Emma Deal.

John Speed revenait d'une balade à la recherche de champignons. Il monta les escaliers conduisant à son appartement, ouvrit la porte, jeta son impeccable chapeau melon qui vint s'accrocher sans souci au porte-manteau de l'entrée et déclara, sans autre formule :
- Mrs Deal, We're needed...

La magnifique et espiègle Emma, allongée avec désinvolture sur le canapé du salon, posa son livre, passa sa main dans ses cheveux en un geste invitant à toutes les rêveries, bondit et vint à la rencontre de Speed à pas feutrés. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, un doux sourire illuminait leurs yeux emplis de tendresse. Puis, Speed se rapprocha encore et interposa entre eux un exemplaire du Magical Mystery Tour ainsi qu'un bien étrange ticket dont Mrs Deal s'empara avec un geste mutin.

- "Satisfaction garantie" est-il indiqué... Vous me proposez une autre balade aux champignons ?
- Oui et Non, Mrs Deal, quatre fonctionnaires de police ont été retrouvés entrain de danser main dans la main sur un bâtiment industriel perdu dans la campagne... Et il me semble que le disque que j'ai en main peut apporter une réponse à cette situation bien incongrue...
- Écoutons-le alors, pendant que vous nous préparerez une bonne omelette... Vous vous êtes bien assuré cette fois-ci de l'intégrité des pleurotes et autres cèpes que vous avez cueillis ?
- Que je sois damné d'amour si nous sommes repris de divagations... !

Alors que les trompettes de la mort furent jetées dans la poêle, celles ouvrant Magical Mystery Tour retentirent puis ce rythme de batterie, simple mais sensationnel, qui aurait été une sacrée introduction excitante en concert, résonna dans toute la pièce. Voix éloignées, magiques, invitent au voyage en déroulant leurs promesses...

- Tel le printemps qui éclot, il est fort heureux que ces quatre-là, de duvets soient devenus moustaches, n'est-il pas Mrs Deal ?
- Oui, en effet, c'est bien les moustaches et c'est rigolo.
- Je voulais dire que nos quatre mousquetaires de la Pop ont su remarquablement évoluer...Au fait, dans votre omelette, voulez-vous un peu de poivre ?
- Oui, Sergent !
- Je suis l'œuf, mec !

Speed ne comprit pas si l'œuf qu'il avait saisi pour le casser venait bel et bien de lui parler. Pris d'un doute passager, mais dominé par sa gourmandise, il exécuta le geste nécessaire à la confection du plat qui les faisait tous deux saliver d'avance.
Une suave et alléchante odeur se répandit dans l'appartement. Elle commença à s'insinuer dans les narines de nos deux vengeurs du bon son... Mais Speed s'était malheureusement encore trompé quant au choix des trompettes, et commença alors pour eux un nouveau périple hallucinatoire tout en montées et descentes, vers un endroit où l'on ne cesse de se perdre : chaque avenue menant à une autre voie, chaque voix menant à une autre allée, où chaque souvenir ou vision dissimule son secret.
Speed se vit changer en Kwaig Chang Cane et l'œuf se reconstitua pour se métamorphoser en vieux maître Po alors que les effluves champignonesques envahissaient chaque recoin de la pièce, celle-ci se transformant en temple Shaolin.

- Mais Maître, comment définir et expliquer ce Magical Mystery Tour ?
- Petit scarabée, c'est que ce Magical Mystery Tour est quand même foutraque, mais conformément à son époque, il est empli d'une grande liberté, mais ici plutôt de manière involontaire. La comparaison avec Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band est de mise, puisqu'ils ont été conçus durant la même année. Mais alors que ce dernier bénéficiait d'un cadre bien défini pouvant le rendre un peu ampoulé et ennuyeux, Magical Mystery Tour, même s'il est flou, a pour lui une certaine spontanéité, et libéré des contingences d'un album, se révèle en tant qu'objet discographique non identifié passionnant. Du psychédélisme, bien sûr avec effets LSD ("Strawberry Fields Forever", "Blue Jay Way" et le génial "I Am The Walrus"), de jolies chansons entre bohneur et mélancolie ("The Fool On The Hill", où comment préférer être un imbécile heureux plutôt que malheureux, et "Your Mother Should Know"), et ici et là des évdences Pop ultimes ("Hello Goodbye", "Penny Lane") constituent ce Magical Mystery Tour cristallisant de manière disparate l'année 1967 des Beatles, avant qu'ils ne se décident à suivre un indien zarbi à moitié à poil...

- Waouh, Maître c'est beau ce que vous dites mais un peu ch...

Emma Deal, croyant toujours que Speed était dans la cuisine, se vit, durant la première moitié du disque, groupie dans le Swinging London, le cœur battant sur le rythmé "Magical Mystery Tour", voulut prendre dans ses bras le petit Paul sur l'émouvant "The Fool On The Hill", plana quand même sévère sur "Flying" et "Blue Jay Way" avec ce qu'il faut de léger Bad Trip, se réveilla sur "Your Mother Should Know" pour retomber pendant le solo mélancolique de l'orgue.
Un morse, un drôle d'oiseau, un lapin et un hippopotame chelou firent alors irruption sur "I Am The Walrus". Les bandes magnétiques du cerveau d'Emma s'emmêlèrent autant que les nombreuses pistes composant ce morceau riche en production et composition, et elle tomba complètement inconsciente après avoir murmuré :

- C'est quand même bien quand les Beatles restent en dehors des clous...

L'hippopotame chelou tourna le disque pour que le titre "Hello, Goodbye" puisse commencer, sous l'œil désapprobateur du morse. Grâce au petit coup de pouce de ses amis, le drôle d'oiseau sortit Speed de la cuisine, encore entrain de divaguer avec son Maître :

- Mais cette chanson est géniale, Maître ! Simple, évidente, toute la dualité des choses sur un superbe air Pop innocent ! Tiens, est-ce que ma grosse plâtrée de Spaghetti est prête ?
- N'était-ce pas une omelette, mon petit scarabée ?

Puis flou total. Speed eut, après coup, le souvenir d'avoir embarqué dans un Van ou dans un bus, complètement drogué. Il se réveilla au port de Liverpool, sur un banc.
Admirant la vue, il marcha quelques kilomètres plus loin vers Penny Lane pour se réveiller, s'étonna du bonheur d'accomplir un acte aussi simple, de voir la vie, les gens s'activer... Il avait le cœur léger. Mais où était donc Mrs Deal ?

Se réveillant près d'un orphelinat, les bandes magnétiques continuant à s'embrouiller dans sa tête, Emma s'échappa de "Strawberry Fields", le sentiment d'être complètement égarée. Où était Speed ? Elle se sentait apeurée comme une enfant. .. Cherchant un point pour revenir plus facilement vers Londres, elle coura vers le centre-ville de Liverpool.
Epuisée, elle se réfugia se désaltérer dans un endroit appelé The Cavern Club. Elle descendit les escaliers alors que le sympathique "Baby, You're A Rich Man" était diffusé. Elle aperçut alors Speed assis confortablement à une table, avec deux pintes face à lui. Il leva un des verres en sa direction et l'invita à se joindre à lui, l'oeil soulagé et malicieux. Emma se rangea à ses côtés, la moue interrogatrice, puis se résigna à oublier toute confusion. Elle se saisit du deuxième verre, le leva et déclara :

- À quoi trinquons nous ?
- À l'amour, lui répondit Speed.

Evidemment, "All You Need Is Love" et ses trompettes de l'amour résonnèrent pendant que nos deux héros buvaient leur dû, la tête embrumée mais le cœur léger de ces retrouvailles. Qu'il était beau de retrouver la simplicité des bons moments.
Ils sortirent du club, puis leurs mains, timidement s'effleurèrent. Emma Deal en fit tomber la brochure qu'elle avait sans cesse gardé avec elle durant toute cette bizarre aventure. Ils continuèrent leur chemin sans se soucier de la perte de l'objet...
Un jeune homme, qui venait d'allumer une cigarette, s'en empara et le rangea soigneusement dans sa poche, tandis qu'il observait s'éloigner nos deux vengeurs du bon son.


...


Mully sortit du bureau de Snikker, avec ce sentiment d'avoir encore échoué... Snikker rangea le dossier dans son bureau et partit à son tour. La pièce était dorénavant vide et toutes lumières éteintes. Cependant, on pouvait distinguer dans l'obscurité une petite lumière rouge entourée de fumée et une ombrageuse silhouette. Une main ouvrit le tiroir, s'empara du dossier, l'ouvrit et mit la brochure d'invitation au Magical Mystery Tour dans la poche de son imperméable.
Plus tard, le mystérieux dépliant fut mit sous scellé par cette même main, rangé dans un autre dossier dans un autre tiroir poussiéreux, puis fut renfermé à jamais, protégé par un grillage peu avenant. L'affaire était-elle classée à jamais ?


Parfait   17/20
par Machete83


  Note : Magical Mystery Tour fut d'abord un film sorti à l'occasion de Noël 1967, tirée d'une idée de Paul McCartney et représentant plus ou moins l'air du temps psychédélique en train de se tramer alors. Un E.P. comprenant les 6 chansons du film ("Magical Mystery Tour", "Your Mother Should Know", "I Am The Walrus", "The Fool On The Hill", "Flying" et "Blue Jay Way") sortit à la même époque au Royaume Uni, tandis qu'aux Etats-Unis un L.P. fut créé pour l'occasion, en y ajoutant les singles du groupe de la même année hors du projet Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band ("Strawberry Fields Forever", "Penny Lane", "All You Need Is Love" et "Hello Goodbye", ainsi qu'une Face B "Baby, You're A Rich Man") et introuvables sur format disque jusqu'ici. Ce n'est qu'en 1976 que l'album trouvera son chemin au Royaume Uni et en Europe pour enfin être reconnu en tant que disque "officiel" en 1987, lors de la publication de tous les albums des Beatles en CD.


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