The Beatles

The Beatles

The Beatles

 Label :     Apple 
 Sortie :    vendredi 22 novembre 1968 
 Format :  Double Album / CD  Vinyle   

En fait, cet album n'a pas de nom, et ce n'est même pas un album, c'est un double-album. Le meilleur de l'histoire. Et cela ne souffre d'aucune discussion. Je suis soufflé quand je constate la maturité (encore) qu'ils ont pris en un an. Il y a une richesse de dingue là-dedans. Et c'est probablement l'album des Beatles qui sonne le moins Beatles.

A l'époque où le groupe était au sommet de la gloire (ils avaient arrêté les concerts suite aux débordements de fans, ce qui leur permettaient d'essayer de nouvelles techniques de production en studio), certains leur ont reproché de ne faire finalement que de la pop, et de ne pas être de vrais musiciens rock. Les paroles sont farfelues, au pire stupides. Les vocalises béates et les arrangements nombreux, bigarrés, au pire stupides. Le jeu est fantasque, les mélodies arrondies, au pire stupides. Du moins c'est ce qu'on dit dans les milieux consacrés. Les mauvaises langues préfèrent les Rolling Stones. Et ces histoires de psychédélisme, certains en ont soupé... Les autres (c'est-à-dire la majorité écrasante) attendront avec impatience un nouvel album. Et pour assouvir leur soif, ce sera "Hey Jude" qui sera proposé. Pour le successeur de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, il faudra attendre plus d'un an (un comble).
Qu'à cela ne tienne, le groupe se sépare, expérimente, fait un voyage en Inde et revient avec une envie d'en découdre : sur ce double-album ce n'est pas moins tous les styles possibles et imaginables qui seront visités ! On les dénigre, on les juge trop gentillets, on considère qu'ils ne savent pas écrire de grandes chansons ? C'est bien simple, le couteau entre les dents, ils s'échineront à passer en revue tous les styles possibles. Je dis bien TOUS les styles possibles. Et à chaque fois, ils touchent dans le mille, capable d'écrire des chansons mémorables en claquant des doigts.
A la grande surprise du monde, les Beatles, réputés "groupe à filles" s'essaieront au surf-pop (en clin d'oeil à leur grand rivaux les Beach Boys) avec le parodique "Back to USSR" (qui ouvre l'album sur les chapeaux de roues), à la ballade acoustique ("Blackbird" ou "Mother Nature's Song"), à l'auto-parodie ("Glass Onion" où le groupe reprend ses propres paroles pour s'en moquer), au hard-rock ("Helter Shelker" qui a un an d'avance sur Led Zeppelin et presque trente sur Oasis), à la country style western (génial "Rockie Raccoon"), au blues sudiste ("Yer Blues"), au morceau au titre le plus débile du monde ("Obladi-Oblada", en référence au LSD), à la musique de saloon ("Don't Pass Me By"), au délire ("Piggies"), au protest-song (à propos de mai 68 en France), au morceau expérimental signé Yoko Ono (passage obligé mais franchement pénible), au music hall ("Martha My Dear"), à la musique de cabaret ("Honey Pie"), et même à la musique de film quand le héros il meurt et que les violons sortent !

Et le pire, c'est que toutes ces chansons sont d'un sens mélodique hors du commun : on adhère très vite, on se prend à chanter par-dessus et on oublie très difficilement les refrains.
Même si tous les membres commençaient à se détester cordialement, cela ne se ressent pas : Paul écrit des morceaux plus pêchus et John les ballades, alors que d'habitude, c'était l'inverse, George commence à démontrer qu'il est un des plus brillants guitaristes du monde et chose incroyable, Ringo s'est amélioré à la batterie (on lui a demandé de prendre des cours) ! Certains morceaux sont simplement parmi les plus complexes et matures jamais composé par le groupe. "Revolution" mêle instruments à cuivre, guitares sèches et petites distorsions qui va bien. "Sexie Sadie" annonce le chemin que suivra John Lennon en solo et "Happiness Is A Warm Gun" est la plus belle chanson à tiroirs de tous les temps ; démarrant lentement, s'enchaînant avec un solo de guitare lourd et se terminant par un "bang bang shoot shoot" génial. Quant à "While My Guitar Gently Weeps", et la guitare d'Eric Clapton, tout le monde s'accorde à dire qu'il s'agit de la meilleur chanson de George.
Afin de rompre totalement avec l'esprit pop sous LSD et baroques de Sgt Pepper, le groupe revient aux racines rock, avec arrangements plus minimalistes mais somptueux, pochette tout en blanc et sans titre, où chacun écrit sa chanson et demande aux autres de la jouer avec lui.
Et en plus de ces chansons second degré, délirantes, se cachent aussi des morceaux tristes à pleurer comme "Blackbird" ou "Julia", à propos de la mère décédée de John. Et que dire de "Dear Prudence" ? Ce petit gimmick à la guitare qui se répète inlassablement ? Cette rentrée de la batterie ? Ce petit solo et les chœurs ? Moi, ça me met dans tous mes états. Je me rappelle mon enfance quand mon père me passait la cassette dans la voiture. C'est d'ailleurs le genre d'album qu'on fait écouter aux générations suivantes pour faire leur éducation comme on dit.

Il y en a tant qu'à la fin, passées les presque deux heures d'écoute, et qu'on entend les quatre hommes dirent au revoir en murmurant chacun leur tour, et qu'on pense qu'on va finir ce si merveilleux voyage, il nous prend l'envie de pleurer. Moi, perso, cela ne m'est arrivé que lorsque je termine des romans fleuves comme Le Fléau de Stephen King. C'est dire l'émotion partagée avec ce groupe hors norme.


Intemporel ! ! !   20/20
par Smashead


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