Bonnie Prince Billy

Matt Sweeney & Bonnie Prince Billy - Superwolf

Matt Sweeney & Bonnie Prince Billy - Superwolf

 Label :     Drag City 
 Sortie :    mardi 25 janvier 2005 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Qu'il le fasse exprès ou non, Will Oldham s'applique à semer le trouble, ne serait-ce qu'avec sa pelleté de noms et de collaborations, mais aussi en frappant là où on ne l'attendait pas après quelques albums lumineux et bien ficelés. A l'aube d'un disque de reprises entouré par Tortoise, Bonnie Prince Billy se lie d'amitié avec Matt Sweeney dont le nom nous est déjà familier par le biais de Guided By Voices, Chavez et plus récemment Zwan. Oldham s'occupe de coucher les mots, Sweeney la musique, ils partageront tous ça comme un seul homme. Lequel des deux s'est appuyé sur l'autre pour crée ? C'est plus que difficile à déterminer, mais le fait est que la complémentarité intime des deux gonzes, bien décidés à livrer une part d'eux-mêmes, font de leur Superwolf une œuvre à part.
La progressive ascension du bluesy "My Home Is The Sea" nous remorque tranquillement aux abords de ces 11 titres noyés dans les larmes, nous plongeant aussitôt dans le ton timidement mélancolique ou tristement désespéré de l'album. ‘I often said that I would like to be dead in shark's mouth' en seront le premier appel au secours...
Tel des chansonnettes acoustiques écrites sur une simple guitare, on découvre que cette petite galette retourne aux frontières minimalistes les plus extrêmes de Oldham. Pour sa part, le songwriter émérite parle essentiellement d'un amour maladif, d'un idéal féminin parfois déchirant à en être l'illusion d'une créature sans pitié (‘She's a panther girl trying to steal my world away...' dit-il avec orgueil sur le serein "Rudy Foolish"), d'un besoin de s'en remettre à Dieu omniprésent, d'un espoir vain... Quant au son, il n'a pas été conçu pour offenser l'oreille. La réveille parfois, mais reste ancrée dans un mouvement linéaire somnolant, le sommeil étant l'abîme parfaite de toutes ces métamorphoses physiques et ressassements d'idées noires. Il y a bien de l'orgue, de la basse ou des fûts et cymbales de batterie, mais leur second plan est tel qu'ils ne font qu'aider à pousser le format lo-fi à son paroxysme. Car si Oldham excelle dans l'expression de ses sensations par le verbe, Sweeney en détient la formule enrobante composée de psychédélisme minimaliste, d'un hypnotisme inconscient, et d'une touche mystique inodore. Les fans des Smashing Pumpkins seront contents que le gaillard ait travaillé avec Billy Corgan en attrapant en vol les petits clins d'œil sculptés un peu partout. On comprend pourquoi ces deux-là c'étaient alliés un moment.
Avec son petit finger-picking et son orgue disparate, "Beast For Thee" s'impose tout de suite après comme la chanson d'amour nue par excellence. Un nœud dans la gorge malgré le ton léger et retenue de la perle. A la fameuse expression ‘Simple mais il fallait y penser', on peut ici coudre le populaire ‘On en rêvait, ils l'ont fait', et même en frapper les trois quart d'heure du disque entier au fer rouge. On retrouvera cette justesse d'écriture plus tard dans "Bed Is For Sleeping", avec une pudeur poétique résidant dans la répétition du format d'un couplet et l'unique émission d'un couplet à sa fin. S'ensuit un bref "What Are You ?" où Sweeney s'implique dans les sentiments du prince en s'obstinant un court instant lui aussi dans un amour vain mais sans haine par le chant, bien entendu épaulé par les chœurs de son ami. Le langoureux "Goat And Ram", muant nerveusement vers des sphères rock élévatrices lentement avortées, apporte une pincée de remue-ménage sonore par ses power chords saturés et sa chorale fébrile, éludant la sombre couleur des propos du parolier pour mieux les scander avec une pointe d'optimisme. Un espoir qu'il tente de conserver le temps d'un "Lift Us Up" (‘And the creature form of Superwolf will meet you eye to eye') à l'outro de guitares magnifique (cf. Corgan).
"Only Someone Running" et "Death In The Sea" font quant à eux écho au Will Oldham que l'on connaît bien. Le premier sifflotant avec légèreté sur son sort tragique avec réserve et ironie, le second se résignant sagement par des ‘Ooh Ooh' à un destin qu'il espère au mieux voir s'accomplir en mer ; le tout sans s'accabler. Bien que loin d'être à fleur de peau, il est vrai qu'on ne s'était jusque là pas rendu compte que Bonnie ‘Prince' Billy, comme celui qui se cache derrière, ne nous était jamais apparu si triste dans le ton. Toujours discret et écorché, mais jamais aussi désemparé. Sweeney aura donc également su aider à nous montrer cet autre profil du personnage. Deux titres comme ceux-ci arrivent donc à point nommé pour se greffer ici à merveille, réchauffant une descente de plages brutales.
Mais lorsque "Blood Embrance" se dévoile, on sait que l'on en a plus pour longtemps. Un long morceau minimal mais ambiant dans lequel Sweeney reprend inlassablement le même motif en spiral 7 minutes durant, laissant à son confrère le soin de témoigner de sa douleur, au point d'en apporter la preuve par un dialogue de film confus faisant écho à la femme qu'il l'a fait saigner. On est comme mal à l'aise devant tel spectacle, et le pauvre n'a pas encore finit de nous accabler, car "I Gave You" en est la suite directe, la belle bleue gardée pour la fin. Un adieu déchirant sous forme d'énumération de tout ce qu'il a pu donner de lui-même avant de constater son malheur irréversible : ‘And you, you have vanished into the air, the air in which I must live' seront ses derniers mots avant le silence complet, la guitare s'achevant d'un arpège sonnant comme le glas de la fatalité.
La fatalité de l'amour déchu pour nos deux amis musiciens, celle du septième ciel lo-fi pour nous autres...


Intemporel ! ! !   20/20
par X_YoB


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