Rammstein

Sehnsucht

Sehnsucht

 Label :     Motor Music 
 Sortie :    vendredi 22 août 1997 
 Format :  Album / CD   

Si Herzeleid peut être considéré comme l'album le plus "brut" et poétique de Rammstein, Sehnsucht, son successeur, est certainement le plus dynamique et énergique. Certes, nos guerriers teutons n'ont pas encore les moyens et l'expérience qui feront de Mutter et Reise, Reise des œuvres davantage cohérentes, mais la reconnaissance chèrement acquise au-delà du pays de Tatort et, par conséquent, l'enthousiasme de pouvoir composer à nouveau se ressent fortement, et font de ce deuxième album un espace sonore où Rammstein se permet de s'épanouir et de passer à la vitesse supérieure.

Le fond et la forme, comme sur les disque suivants, ne change guère. Tout est aussi carré dans le son et la structure des chansons. Cependant, le côté Electro et les machines de "Flake" (alias Doktor Christian Lorenz) prennent une importance prépondérante (ce dernier s'étant pourtant toujours présenté modestement comme un simple collègue par rapport aux reste de ses cinq acolytes baraqués), et ajoutons qu'en 1997, les genres Electro et Techno avaient fini par gagner à la fois popularité et crédibilité auprès du public Rock et Métal, la pilule pouvait alors encore mieux passer.
Carré, donc. Mais nos chevaliers de la contrée de Nena et de ses 99 ballons s'autorisent de tracer un cercle tout autour de leur terrain musical: on entendra alors des guitares acoustiques ensoleillées et Fun ("Tier"), des voix féminines attirantes et dérangeantes, des sifflements Morriconiens ("Engel"), plus de samples (les baisers cartoonesques compulsifs et les langues tombantes dans "Küss Mich"), de sons rigolos (le thème de synthé principal de "Eifersucht" pouvant rappeler à l'auditeur Français les vieilles pubs de Décathlon, soit une expérience sonore assez incongrue...); voilà en vrac les quelques éléments "Bonus" rendant Sehnsucht plus aguicheur que le volontiers austère Herzeleid.

Et du tube, il y en a encore un petit peu partout: le célèbre "Du Hast" évidemment (utilisé en France par la châine XXL, proposant ébats et débats de fond et films pornographiques, l'auteur de ces lignes ayant bien été obligé de se construire à la force du poignet afin d'avoir celui-ci plus solide pour écrire des chroniques...), qu'un plus grand public découvrira un an plus tard sur le Family Values Tour sur lequel nos soldats de la nation des Modern Talking avaient été invités par Korn. Titre qui a pu servir autant que desservir nos six mercenaires, de par ses paroles et sa musique ultra basiques, renvoyant à un public non averti, ou ne comprenant pas leur étrange délire, une image assez faussée. On retrouve également "Buck Dich", restée dans les mémoires pour sa célèbre scène d'humiliation en Live et ses coups de rythmique butoir, et "Engel" à la fois classe et malsain (dont le break Electro servira de mélodie symphonique principale pour "Mein Herz Brennt" sur Mutter), toujours épris d'efficacité.
En parlant d'efficacité et de dynamisme, on soulignera également l'enchaînement particulièrement performant de "Sehnsucht"/ "Engel" /"Tier", où l'on sent le groupe en pleine possession de ses moyens, à la fois au niveau de la puissance et des mélodies ("Tier" valant vraiment le détour par son côté pulsionnel et son intro surprenante). A l'autre extrémité du disque, le final "Küss Mich" transpire le stupre, la luxure et la concupiscence par tous les pores de son instrumentation Métal Indus, et ça fait du bien...
Mais dans le travail d'une dynamique, il est important de savoir faire alterner moments excités et plus lents. Dans cette dernière catégorie, "Bestrafe Mich", "Spielt Mit Mir" et "Klavier" trouvent entièrement leur place, à la fois sur disque et dans leur interprétation en concert, offrant à Till Lindemann un bel espace d'expressivité pour rendre compte de son univers étrange.

Sehnsucht est une nouvelle consécration pour Rammstein, qui sera d'autant plus couronnée par une grande tournée américaine et la sortie du Live Aus Berlin en 1999, prouvant si nécessaire la qualité du groupe et de leurs chansons taillées pour le grand spectacle.
Mentionnons enfin la présence d'une reprise de Depeche Mode,"Stripped", en Ghost Track sur les rééditions ultérieures de Sehnsucht( même si trouvable dans l'album hommage au combo de Basildon, For The Masses, datant de 1998), convenant à l'univers de Rammstein, mais faisant basculer le romantisme du morceau original vers quelque chose de plus inquiétant et, forcément, plus rugueux. Une autre façon pour le groupe de se faire remarquer et entendre dans une autre langue, avant d'atteindre le pinacle de leur succès mondial avec Mutter.


Parfait   17/20
par Machete83


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