Bodega

Paris [Point Éphémère] - samedi 23 février 2019

Découvrir sur scène un jeune groupe en pleine hype expose à deux types de réactions radicalement opposés : se transformer en suiveur moutonnier ou en vieux con blasé. En arrivant au Point Éphémère ce samedi soir pour y découvrir Bodega, j'étais plus proche du premier camp, ayant encensé leur premier album dans ces mêmes colonnes (oui, je sais, on ne parle pas de "colonnes" pour un webzine), et j'ai cru un moment basculer dans l'autre camp. Mais ménageons un peu de suspense.

Un Point Éphémère complet, c'est juste la salle la moins confortable possible dans sa catégorie. Pas moyen de se planquer dans un coin au fond et regarder de loin. La fosse est encore largement vivable pour la première partie, et c'est tant mieux parce que celle-ci mérite un détour : Gong Gong Gong est un duo guitare-basse pékinois franchement (d)étonnant. Le guitariste-chanteur est originaire de Hong-Kong, le bassiste du Canada, et les deux jouent une sorte de musique traditionnelle chinoise arrangée par Neu! et interprétée par les frangins Asheton. Les morceaux sont hypnotiques, répétitifs et mélodiques, et leur jeu est suffisamment saccadé et agressif pour que l'absence de batterie ne se ressente pas. Très original, même si je ne suis pas sûr d'avoir envie d'écouter ça tous les matins en allant au boulot.

Le quintet de Brooklyn débarque peu après sur la scène étroite. Très vite, la posture très démonstrative de Nikki Belfiglio tend à m'agacer : mi-riot grrrl sexy et intimidante, mi-étudiante new-yorkaise velléitaire, elle en fait des tonnes en balançant ses samples de voix d'aéroport ("This is a new Bodega song", comme dans l'intro de l'album) et en jouant à la majorette maoïste avec le stick de batterie qu'elle utilise pour frapper une cymbale sur certains morceaux. Le début du set est d'ailleurs très similaire à celui de l'album, et les morceaux courts et hachés – dont quelques inédits parfois prometteurs – finissent par nous amener vers le tube "Name/Escape". Ce dernier se transforme vite en hip-hop poussif, Ben Hozie ayant posé sa guitare pour aller balancer son flow du bord de la scène. Et là, force est de constater qu'il n'a pas les qualités d'un rappeur, pas plus au niveau vocal qu'au niveau du jeu de scène, même si le public a l'air galvanisé par ce leitmotiv entêtant.
Heureusement pour moi, une fois dépouillé de sa posture de groupe de musiques urbaines arty et engagé, Bodega redevient ce que j'ai découvert sur leur premier album : un vrai bon groupe de rock qui sait écrire des petits brûlots nerveux et mélodiques. Le jeu tribal et féroce de la batteuse sans grosse caisse, aux cheveux très courts et au T-shirt des Bad Brains est efficace, et le grand dadais qui tient la guitare lead sait se transformer en Joey Santiago quand il faut. Ma chanson préférée, "Jack In Titanic", intervient peu avant la fin d'un set conclu par une version expérimentale assez impressionnante de "Truth Is Not Punishment". Le rappel est du même acabit, et même l'austère "Williamsburg Bridge" prend une nouvelle dimension dans sa version scénique.

Conclusion provisoire : ce groupe présente un fort potentiel si ses leaders ne prennent pas trop la grosse tête et ne se laissent pas trop griser par leur background d'étudiants en arts.


Très bon   16/20
par Myfriendgoo


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