Car Seat Headrest

Paris [La Villette Sonique - Le Trabendo] - samedi 26 mai 2018

Quand on le voit sur scène avec un micro, Will Toledo fait moins penser à une rock star qu'à la nouvelle coqueluche de la Silicon Valley : sa voix à la mue inachevée, sa désinvolture polluée par la maladresse et la nervosité ne rendent pas justice à son talent de songwriter et d'arrangeur, et ses concerts sont rarement à la hauteur de ses albums. Pourtant, je continue d'aller le voir à chacune de ses dates parisiennes, ne serait-ce que pour percer le mystère de la fascination qu'exerce ce jeune homme introverti chez un certain nombre de fans de rock.

Ce samedi soir, je suis à la bourre, fatigué, en nage. Le temps est lourd et la bouffée de chaleur que je me prend en pénétrant dans le Trabendo n'arrange rien. Le concert de Naked Giants a débuté et ça envoie grave : ce trio de jeunes chevelus énervés est bien plus charismatique que la tête d'affiche. Pourtant, malgré leur énergie et quelques excellents riffs, leur mélange de power-pop-surf-garage-sixties dégoulinante de disto et de solos hendrixiens finit par me lasser. Je vais me chercher un de ces fameux hot-dogs aux oignons frits, unique spécialité culinaire de cette salle de concert.

Je redescends pour ne rien louper du set de Car Seat Headrest. Le groupe entre sur scène, et là, surprise : Ethan Ives, le guitariste habituel n'est pas là, remplacé par... Naked Giants ! Le guitariste et le bassiste du groupe de première partie assurent les guitares, les chœurs et une partie des claviers, permettant à Will d'être plus libre de ses mouvements. À leur batteur revient le rôle de percussionniste et de chauffeur de salle, si tant est que cette salle ait besoin de chaleur supplémentaire.
Les surprises ne s'arrêtent pas là : le concert commence par une reprise, "Waves Of Fear", qui va me prendre la tête un moment avant que Qwant (le moteur de recherche français, si, ça existe) ne m'en rappelle l'auteur : Lou Reed. Après Radiohead, Frank Ocean, Bowie, Pixies, The Cars, il faut croire que Will pioche ses reprises dans les suggestions de Spotify. En tout cas, le mix des deux groupes fonctionne bien, avec la section rythmique habituelle qui tient la baraque avec professionnalisme, et les trois nouveaux qui embarquent Will dans leur tourbillon. Le leader semble parfois dépassé par ses nouveaux acolytes : leur présence scénique est au-dessus, leurs chœurs également. Mais qu'on ne s'y trompe pas, c'est bien lui qui reste à la manœuvre, et tous sont calés sur lui. Les fans qui chantent toutes les paroles depuis le début du concert en font l'expérience : lors d'un break, ils reprennent tous en chœur la phrase qui fait redémarrer le morceau, sauf que Will en a décidé autrement et se fait attendre, détachant chacun des mots au ralenti, recroquevillé sur lui-même. L'effet n'est pas des plus rock'n'roll, mais ce gars adore triturer ses morceaux. Certains ont d'ailleurs été largement réécrits pour les adapter au nouveau line-up. Et c'est finalement ça que j'adore chez lui : il conçoit sa musique comme un assemblage de morceaux de pâte à modeler de différentes couleurs - musicales - qu'il retravaille en permanence. Il joue et chante avec beaucoup d'intensité ses chroniques de la vie d'un post-ado américain gavé de pop-culture, et tout ça s'avère passionnant, comme une nouvelle fenêtre sur ce monde qui me fascine depuis ma découverte du college-rock dans toute sa variété au début des années 90, de R.E.M. à Rage Against The Machine.

Pour le rappel, Will annonce un dernier morceau. C'est évidemment une boutade, puisque le morceau en question, "Beach-Life-In-Death", est une fresque de treize minutes (en version studio), encore enrichie pour son big band. Ce titre est également un des morceaux de bravoure de Twin Fantasy, la dernière sortie en date du groupe, réenregistrement au propre d'un de ses onze "albums Bandcamp" autoproduits entre 2010 et 2014. De la pâte à modeler, je vous dis.


Parfait   17/20
par Myfriendgoo


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