Pitchfork Music Festival Paris

Paris [La Grande Halle De La Villette] - jeudi 02 novembre 2017

La maison de retraite de XSilence est arrivée en force à la Grande halle de la Villette cette année ; la dernière sortie groupée, c'était au concert de Dinosaur Jr à l'Élysée-Montmartre. Mais ce n'est pas tous les ans que le Pitchfork Music Festival Paris confie la prog' d'une soirée entière à The National, un groupe qui faisait l'unanimité auprès d'un noyau dur de XSilencieux il y a quelques années. Comme de bien entendu, les vieux briscards blasés ont traîné au resto et sont arrivés au milieu du set de Rone, séchant délibérément les prestations de Ethan Lipton, Moses Sumney, This is The Kit et Chassol. La musique du petit prodige français de l'electronica n'est pas désagréable, mais en vieux con que je suis, un gars tout seul sur scène avec un laptop, ça me fait pas des masses bander. Les trois morceaux entendus nous permettent d'ajuster nos sonotones et de nous repérer dans l'espace : deux scènes, chacune à un bout de la grande halle, dont on peut voir dans cette configuration qu'elle porte bien son nom. Un bar Heineken au milieu, adossé à la régie, tandis que les stands et autres bars VIP et gamerooms occupent les travées couvertes à l'extérieur et les espaces qui dominent la halle sur les côtés.

Nous ne nous attardons pas, nous approchons de la grande scène et, quelques minutes après la fin du set de Rone, les anglais de Ride s'installent dans l'obscurité et balancent un de leurs nouveaux morceaux. Depuis sa sortie, j'ai des sentiments assez mitigés quant à leur album de reformation. La sélection de nouveaux morceaux dans leur trop courte setlist tient finalement assez bien la route. Pour autant, l'intensité monte d'un cran quand Andy Bell annonce un bon vieux "Taste" des familles, et l'excellent final est composé de trois vieilleries, "Leave Them All Behind", "Vapour Trail" et une version joliment bruyante de "Drive Blind". La guitare de Mark Gardener est malheureusement un peu trop en retrait, et leur son respire moins bien que lors de leur excellent concert à la Route du rock 2015. Côté jeu de scène, Andy Bell est un chouia agaçant dans son imitation de Michael Stipe, avec son costard casual, sa boule à zéro et son besoin d'amour du public. Peut-être a-t-il passé un peu trop de temps avec Oasis. Je me reconnais plus dans les deux autres qui se la jouent shoegazers de base, le nez dans leurs pédales, laissant leur fabuleux mur de sons parler à leur place. Sans parler de Loz Colbert, un de mes batteurs préférés. En tout cas, ils auront ravi notre petite bande de petits vieux et ça, ça n'a pas de prix.

La transition avec le concert suivant laisse tout juste le temps de retraverser la halle dans l'autre sens. Pas moyen de choper une bière ou d'aller pisser si on ne veut rien louper. Et si mes congénères sont moins enthousiastes que moi, il est hors de question que je loupe le barnum de Kevin Morby (je profiterai quand même d'un morceau calme pour soulager ma prostate). C'est une sorte de lot de consolation pour moi : alité, j'avais raté son dernier passage au Trabendo début juillet. Habillé comme à son habitude avec kitsch (une veste décorée de notes de musiques blanches), il nous livre une prestation échevelée, quelque part entre la tropical pop fantaisiste d'un Mac DeMarco et le garage démonstratif d'un Ty Segall. Il a déjà quatre albums solos au compteur, le bougre, et il en égrène quelques perles au long d'un set aussi frustrant que celui de Ride. Sa guitariste Meg Duff est toujours aussi fascinante, semblant sortir d'un roman de Stephen King qui se déroulerait dans la petite maison dans la prairie, avec son corps longiligne recouvert d'une robe vintage, ses roulements d'yeux, ses envolées psychédéliques et sa voix haut perchée. Un trompettiste vient se mêler à la fête, histoire de faire revivre les arrangements soignés des albums. De ses longs morceaux traînants ("City Music", "Harlem River") à son hommage aux Ramones ("1234""), Kevin sait tout faire. Et notamment des tubes rock imparables comme "Crybaby" et le final "Dorothy". Si on adhère au postulat récemment exprimé dans Mowno que le rock a cessé d'être créatif après 1997, on peut considérer Kevin Morby comme un des recycleurs les plus inspirés de sa génération dans la catégorie "Dylan meets Lou Reed".

Avec tout ça, me voilà pris dans la marée humaine qui déferle vers la grande scène pour le clou de la soirée et qui a dispersé mon petit groupe de pensionnaires. Je me faufile sur un côté pour m'approcher de la scène et je découvre un public dont l'existence m'avait échappé : celui qui a découvert The National (ou qui a continué de les aduler) au moment où ils ont commencé à fricoter avec Barack Obama et à remplir des Zéniths. Or, leur premier Zénith en 2010 (en première partie de Pavement, s'il-vous-plaît), c'est le moment où j'ai commencé à décrocher. J'avais connu le même phénomène en 1994 avec Rage Against The Machine. Allez savoir...
Et ces retrouvailles sont cruelles : je me sens en complet décalage avec ces gens qui chantent les paroles par coeur et paraissent transcendés par une musique que je trouve ampoulée, tarabiscotée et peu spontanée, avec une voix très en avant. Matt Berninger semble avoir pris un bon melon et me fait parfois penser à Zucchero ou Joe Cocker dans ses attitudes de vieil alcoolo / bête de scène. J'ai peine à reconnaître les vieux morceaux égrenés ça et là dans la setlist ("Karen", "Slow Show", "Fake Empire"), et ils me procurent moins d'émotion que lorsque j'ai réécouté mon album fétiche, Boxer, la veille du concert. Les deux jumeaux Dessner restent d'excellents musiciens, et sympas avec ça, agrémentant les intermèdes d'anecdotes sur la France (Bryce est marié avec une française) ou sur Cincinnati (leur ville natale), mais je n'y suis pas. Au final, un moment bizarre même si pas complètement désagréable. Ah, j'ai tout de même vu se produire quasi à l'identique une scène dessinée par Luz dans l'une de ses excellentes BD sur le rock, Claudiquant sur le Dance-floor : deux hipsters bien éduqués se dandinant gentiment pendant un morceau se bousculent par inadvertance, emportés par la musique, et se confondent en excuses coincées mais sincères.

Nous rassemblons notre petite bande avec peine et suivons le troupeau qui tente de s'extraire de la halle. Un bilan plutôt positif, mais la vague impression d'être un peu trop vieux pour ce genre de festoches, qui appâte les gens comme nous en glissant quelques moments de revival rock dans une programmation électro-pop pour hipsters branchés.


Sympa   14/20
par Myfriendgoo


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