Conor Oberst

Conor Oberst

Conor Oberst

 Label :     Merge 
 Sortie :    mardi 05 août 2008 
 Format :  Album / CD   

Ce nouvel album de Conor Oberst (le premier sous son nom seul depuis ses lointains débuts souterrains) pose la seule question qui vaille : quid de l'état de la country en 2008 ? Pour le cowboy progressiste, il est peu de supplices plus déprimants que celui consistant à commuter son téléviseur sur l'une des chaînes soi-disant country du câble US et à se retrouver ainsi nez à nez avec des émules benêts de Joe The Plumber qui n'ont visiblement jamais entendu chanter Hank Williams ni même Patsy Cline. Pour situer le niveau d'outlawitude de la situation, il m'est même arrivé de tomber sur une mélasse intitulée "God Bless The American Housewife". Ouaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiis.
La position d'Oberst est donc assez compliquée : devant sauver la culture du Heartland tout en conservant sa dignité arty, il lui faut être à la fois Phil Ochs et Ronnie Van Zant. Son grand mérite est de ne craindre à aucun moment de passer pour un bouseux : l'homme a suffisamment d'élégance en lui pour ne pas être effrayé par les dérapages graisseux, contrairement à bon nombre de folkeux tellement apeurés par le populisme qu'ils en deviennent assez vite d'une préciosité gonflante (Devandra B., au pif) ; et donc, si l'album ouvre sur un morceau indie-folk qui ne risque pas de froisser les pisse-froid, dès le deuxième titre, l'enjoué Sausalito, Oberst se prend pour tous les Flying Burrito Allman Brothers à lui tout seul, réactivant un country rock seventies sans le moindre second degré malvenu. Certes, les albums de Bright Eyes comportaient déjà quelques arrangements de cordes typiquement Nashville, mais cette fois-ci c'est plus à la face Memphis, résolument boogie, que s'attaque Oberst. Le morceau le plus réussi dans le genre, le plus habité de l'album, "I Don't Want To Die (In The Hospital)", sonne comme un inédit flamboyant de Jerry Lee Lewis revisité avec fougue par un Jim Caroll ado. C'est le propre des grandes figures du rock (Ian Curtis, Tom Waits), que de pouvoir paraître vieux avant l'âge sans pour autant perdre leur fureur juvénile.
A côté de ces tueries rockab', on trouve des ballades folk bricolées avec rien ou presque (des arpèges de guitare tellement discrets qu'on frise l'a capella par instants), comme le sublime "Lenders In the Temple", d'une puissance vocale peu commune, ou "Milk Thistle", qui conclut quelque part entre Neil Young et Paul Simon cet album remarquable, pas seulement pour sa beauté intrinsèque, mais aussi pour sa proposition musicale et son positionnement éthique nécessaires.


Très bon   16/20
par Johnny Johnny


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