The Soup Dragons

Lovegod

Lovegod

 Label :     Big Life 
 Sortie :    jeudi 19 juillet 1990 
 Format :  Album / CD  Vinyle  K7 Audio   

En 1990 le single de l'année, ce n'est pas The Field Mice mais bien "I'm Free" de The Soup Dragons. Un morceau kitch, façonné par la dance, la soul et le psyché, d'un son vieillot presque risible, mais qui fut un tube extraordinaire.
Certains aiment bien se réinventer une jeunesse, du bon côté du rock indépendant, lorsqu'il s'agit d'évoquer le début des années 90. S'imaginer des journées entières à chiner dans les bac des disquaires les plus hype pour trouver les premiers EPs de Ride, à passer des après-midi à lire tous les articles sur St Christopher, à défendre corps et âme la cause gay prônée par Kitchens Of Distinction ou refaire à la guitare les accords des La's. Bref une adolescence arty et ultra branchée alors qu'en réalité on passait notre temps à sortir en boite, à se laisser pousser les cheveux et à détremper dans la javel nos tee-shirt pour des effets rosacés psychédéliques. Et à collectionner les posters des Soup Dragons.
Car cet hymne hédoniste symbolisera à merveille la superficialité et le gout pour les fêtes sans fins qui prônaient à l'époque. Ce chant plein de nonchalance fera plus tard école pour toute la pop anglaise à venir, nonchalance qui se superpose parfaitement au rythme groovy soutenu par des claps et des tambourins. Le refrain fédérateur et enchanteur rentre dans les têtes pour ne plus en sortir. Quant aux chœurs soul ou au passage ragga, ils se marient tout à fait à la langueur du morceau. "I'm Free" (reprise des Rolling Stones) est une ode à l'ouverture et au mélange. Un véritable manifeste.
On peut sourire (surtout lorsqu'on revoit avec le recul le clip, dont Blur fera la parodie sur "Girls And Boys") mais tout le monde écoutait ça ces années-là, il ne faut pas de leurrer, et on peut mesurer toute l'imprégnation de ce titre par le style de l'époque. Mais pas seulement puisqu'il sera aussi une influence énorme pour les courants à venir. Nul doute que Bobbie Gillepsie y a trouvé là matière pour composer son chef-d'œuvre Screamadelica.
Le reste de l'album contenant ce morceau historique est dans la même veine. Après avoir été les trublions du mouvement C-86, les membres de Soup Dragons changent de style et découvrent les raves parties, le courant Madchester et les drogues qui vont avec. Le ton général s'en ressent donc. Certes les beats sont largement dépassés, quelques samples sont médiocres et incongrus, mais bon sang quels titres ! Le célèbre "Mother Universe" et ses guitares méchantes en arrière-fond, le riff génial sous fond de scratch sur le furieux "Blackdog Crazy", ou "Kiss The Gun".
Les concerts quant à eux seront extraordinaires : projection d'images kaléidoscopiques, flash aveuglant et danse hypnotique. Dans les travées : LSD, ecstasy, cachet, tout y passait. Malgré ses défauts et ses erreurs d'insouciance, l'album demeure attachant. Et lorsqu'on dépasse cette apparence naïve, on découvre aussi des chansons beaucoup plus planantes et étranges comme le somptueux "Dream E-Forever", le très pop "Drive The Pain" ou le savoureux "Softly" et son piano.
Lovegod permet aussi de se replonger illico dans cette époque, sorte de réminiscence new-age bon enfant où le rock et la dance s'accoquinaient gaiement. Et de remettre alors ses chemises en nylons et ses pantalons extra large. Peut-être même, se dit-on avec une nostalgie crève-cœur, trouvera-t-on un badge smiley dans sa poche...


Bon   15/20
par Vic


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