Marianne Faithfull

Kissin' Time

Kissin' Time

 Label :     Virgin 
 Sortie :    mardi 05 mars 2002 
 Format :  Album / CD   

Résurrection ou simple coup de génie porté par d'autres ? ... Difficile à dire exactement, surtout pour moi qui connais mal les premières périodes discographiques de Marianne Faithfull.
Alors peu importe finalement quel rang on attrbuera à Kissin' Time dans la discographie de Faithfull, et peu importe ce qu'en diront les spécialistes. Personne ne sera jamais assez crédible pour contester toute la beauté et l'émotion contenues dans cette oeuvre.

A l'aurée des années 2000, Marianne Faithfull se réinvente une nouvelle jeunesse, et son elixir lui sera cousu mains par toute la clique des songwriters les plus en vue du moment. Incapable de faire un album seule (comme elle l'a toujours été de toutes façons), son casting prend cette fois-ci des allures de All Stars Band : de Billy Corgan à Jarvis Cocker, de Beck à Damon Albarn, pas un n'a rechigné à venir lui dresser le couvert.
Kissin' Time est un album lourd parce que violemment introspectif et personnel. En dépit de ses inspirations electro sur plusieurs titres (parfois excessives et un peu pesantes), il est dans son ensemble résolument pop, flottant sur de mélodieuses guitares, soignées et inspirées. Mais l'essentiel est à aller chercher du côté des textes, pour la plupart autobiographiques (ou à peu près). De "The Pleasure Song", sorte d'hymne à la vie -tout comme le brûlant "I'm On Fire"-, au troublant "Like Being Born" qui évoque l'enfance (celle de Marianne ?) avec des paroles quelque peu ambigues, la Diva des sixties livre des interprétations superbes, poignantes.
"Slide Through Life On Charm" se révèle totalement habité, appuyé par des guitares plus virulentes et une rythmique qui s'emballe fiévreusement. Le chant de Faithfull est ici particulièrement bien utilisé, conférant alors une dimension supplémentaire au titre, avec des passages non pas chantés mais juste racontés.

Mais par dessus tout, Kissin' Time nous offre ici deux joyaux, que dis-je, deux pierres précieuses d'une pureté et d'un éclat absolus, auxquels je leur connais peu d'équivalents !
Chargé d'une nostalgie brut qu'elle nous dévoile sans crier garde, "Song For Nico" est un des plus bels hommages qu'il était possible de rendre à l'icône du Velvet Underground. Là encore servi par un texte divinissement bouleversant, cette chanson en forme de témoignage nous montre la Faithfull à fleur de peau, fragile et superbe à la fois, venu répandre les cendres de Nico et rappeler à notre mémoire son destin hors normes.
<<She was fatherless / In a fatherland ...>>
Et comme si cela ne suffisait pas, Marianne Faithfull nous achève avec une reprise du "Nobody's Fault" de Beck (enregistrée avec le garçon en personne). Elle transcende littéralement ce morceau, et pour ma part cette version m'apparait cent fois au-dessus de celle de Beck présente sur Mutations, révélant alors toute la profondeur et la splendeur de cette composition. Elle se réapproprie complètement les mots, les porte de sa voix de fumeuse, et semble alors se confesser ici de l'ensemble de son passé tourmenté et chaotique. C'est juste beau à en pleurer.

Si Kissin' Time compte quelques compos dont on peut largement se passer (ce "Sex With Strangers" chanté avec Beck, et surchargé de boîtes à rythme, ou encore "Wherever I Go", trop long et sans relief), il reste tout de même suffisamment de réussites sur cet album pour le compter parmi les chef d'oeuvres que nous aura livrés Dame Faithfull au cours de sa carrière.
Se concluant par le sautillant et optimiste "Something Good", on retrouve alors la lumière après une traversée violente et tendue dans l'univers et le passé de Marianne Faithfull. Comme pour nous dire (et pour s'en convaincre), que les temps difficiles sont derrière, même s'il aura fallu pour cela y laisser des gens qu'on continue d'aimer.

Une leçon de vie, tout simplement.


Très bon   16/20
par GirlfromMars


 Moyenne 17.00/20 

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Posté le 30 août 2005 à 13 h 26

Marianne ne fuit pas l'asphyxie, ne se calfeutre pas dans un présent, n'a pas honte de sa voix retranscrivant un passé houleux. Marianne n'a pas peur de cette ride, là, juste au coin des lèvres. Parce qu'elle aime la vie. Elle vit pleinement ce bonheur d'être vivante, d'avoir encore un futur à construire, des - belles -choses à apporter, des ingénieux artistes à rencontrer, des chansons bouleversantes à interpréter. Marianne aime la vie, parce qu'elle a côtoyé la mort à maintes reprises: à chaque fois qu'elle s'endormait dans les bras trompeurs et artificiels de la poudre blanche; à chaque fois qu'elle a exposé son sexe à ces dizaines de maladies que l'on chope là-bas et ici ("Sex With Strangers", "The Pleasure Song"); à chaque fois qu'elle a vu les gens autour d'elle expirer, Nico et autre ("Song For Nico"); c'était la mort qui lui souriait de loin, en lui offrant quelques années de plus ici-bas. "Profite", lui avait-elle dit. Et elle, Marianne, elle l'avait écoutée. Elle profite, elle le fait sentir, elle glisse avec élégance.

"Kissin' Time" est un "Livin' Time". Un "Confessin' Time". Un "Time" qui donne l'amour de la vie; l'envie de connaître, le bon comme le mauvais, toutes ces choses qu'on voit et qu'on entend; l'envie de savoir si "la lune, sous son faux air de thune à un côté pointu / Si le soleil est froid / Si les quatre saisons ne sont vraiment que quatre"; l'envie de râper son corps avec le notre; l'envie d'offrir du bonheur à tous les enfants; l'envie de ne pas mourir "avant d'avoir goûté la saveur de la mort".

Se concluant par le sautillant et optimiste "Something Good", on retrouve alors la lumière après une traversée violente et tendue dans l'univers et le passé de Marianne Faithfull. Comme pour nous dire (et pour s'en convaincre), que les temps difficiles sont derrière, même s'il aura fallu pour cela y laisser des gens qu'on continue d'aimer.
Bon   15/20







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