The Kinks

Face To Face

Face To Face

 Label :     Sanctuary 
 Sortie :    samedi 02 août 2014 
 Format :  Album / CD  Vinyle  Numérique   

"Hello ! Who's that speaking please ?"

Voici donc Face To Face, paru en octobre 1966. Une fois de plus chez Pye Records et à nouveau réalisé par Shel Talmy, le producteur qui ferait sonner un Stradivarius comme une perceuse. L'album enregistré dans les premiers mois de l'année aurait du sortir plus tôt, mais un conflit entre le groupe et la maison de disques au sujet de la pochette va retarder sa parution. Encore une fois les Kinks devront s'incliner et accepter l'illustration imposée par Pye Records. On peut qualifier cette pochette comme étant particulière si on veut bien être agréable, sinon on dit qu'elle est immonde, du pur jus psychédelique au rabais, sans photo du groupe ce qui est une première, et sans Kink dans le titre. Curieusement cette pochette de mauvais goût sera remplacée par une autre beaucoup plus classique dans certains pays, l'Allemagne, le Venezuela et quelques autres auront droit à une photo du groupe en train de jouer. L'édition française, sortie en 1967, aura une autre photo du groupe, l'album s'appelera Sunny Afternnoon et aura ses faces inversées. Ce foutoir résume assez bien la façon dont le groupe est géré par sa maison de disques.

Pourtant le single devançant Face To Face aurait pu leur donner un peu de poids. "Sunny Afternoon" déboule en juin et éjecte "Paperback Writer" de la première place, ce qui ne fera qu'envenimer un peu plus les rapports entre les deux groupes. Certains vendraient leur âme ou se tueraient pour écrire une chanson pareille. Il est difficile à croire que "Sunny Afternoon" est l'oeuvre du même compositeur que "You Really Got Me" et pourtant c'est bien Ray Davies. Une autre face du talent du leader du groupe, une face avec laquelle il va falloir compter quand on lui laisse le temps. Ce single publié en juin 1966 va cartonner un peu partout en Europe, même en France où la concurrence est rude et tronquée puisque le groupe doit faire face à ses propres morceaux repris par des gens comme Demis Roussos ou Dick Rivers pour les plus connus, par les Barbecues ou les Haricots Rouges pour les oubliés. Reste que "Sunny Afternoon" est une des plus belles chansons de tous les temps, reprise aussi par des gens comme Tom Jones ou les Stereophonics. C'est un des titres les plus mélancoliques de Ray Davies, la voix est éteinte, les choeurs tristes, la musique a du mal à se traîner, la batterie avance tant bien que mal, quant à la basse de Pete Quaife elle nous emmène dans les bas-fonds, et pourtant c'est grandiose !

Le reste de Face To Face n'est pas à plaindre. Il y a d'autres excellents morceaux, et d'autres simplement bons. Ray Davies envisage cet album comme un œuvre totale, il veut lier chaque titre au précédent et au suivant par des bruits (dont quelques uns subsistent comme le coup de téléphone du début), raconter une histoire plutôt que des historiettes, faire de Face To Face un équivalent des Grandes Espérances ou des Temps Difficiles de Dickens, un album aux connotations sociales. C'est bien évidemment une douche froide pour le groupe quand Pye Records revoit tout ça à la baisse et s'accroche à son porte-monnaie.
Assez proche de "Sunny Afternoon" on trouve le folk "Too Much On My Mind", avec une richesse instrumentale que les Kinks expérimente avec bonheur, le clavecin joué par Nicky Hopkins (personnage de "Session Man" sur ce même album) en est le meilleur exemple. Dans la même veine folk, le tube potentiel "Dandy" est un des titres les plus efficaces et dynamiques de l'album, le titre sortira en single dans plusieurs pays européens mais pas en Angleterre car c'est les reprises par Herman's Hermits et par les inconnus Rockin'Vickers (groupe dans lequel joue un certain Ian "Lemmy" Kilmister) qui sont préférées par la maison de disques ; en France la chanson est adaptée par Michèle Torr, pourtant le groupe avait vraiment beaucoup de succès chez nous.

Un orage éclate, c'est "Rainy Day In June", le titre avec la production la plus aboutie, entre gospel, pop et psychédelisme. Cette merveille sur laquelle le temps n'a pas de prises, récitée plutôt que chantée, avec un piano électrique moite, est l'exemple de ce que les Kinks voulaient faire de ce disque. Autre morceau absolument génial et en décalage complet avec l'album, le très court et indianisant "Fancy", dont les Mekons donneront une version un peu plus tendue en 1999.

On peut évoquer rapidement le stonien "House In The Country" sorti en single par les Pretty Things, "Party Line" ou "Holiday In Waïkiki" (qui rappelle franchement Chuck Berry) et deux ou trois autres, de très bonnes compositions pop qui semblent bâclées. Le problème encore une fois ne vient pas du groupe mais bel et bien de son entourage pour qui seul le bruit du tiroir-caisse compte.

Face To Face n'a rien à voir avec les chefs d'oeuvres sortis en 1966 que sont Pet Sounds, Aftermath ou Revolver que Ray Davies a proprement démonté morceau par morceau lors d'une invitation par le magazine Disc & Music Echo : "Really, It's A Load Of Rubbish". Mais il est truffé d'excellentes chansons aux arrangements plus ou moins baroques. Le meilleur reste à venir.

Sur la réédition de 2011 par Sanctuary, on trouve les versions mono (plus rugueuse) et stéréo (un peu trop lisse) de l'album, des versions alternatives, et surtout "Dead End Street", 45 tours non repris sur l'album. Un véritable bijou d'humour noir doté d'une vidéo encore plus noire ! Les Kinks en croque-morts, un cadavre qui s'échappe en courant de son cerceuil pendant une pause cigarette...Ici encore la composition est magnifiée par les arrangements, celui qui a eu l'idée de ce piano bastringue et surtout du trombone à coulisse est un génie ! Le joyeux bordel final est encore plus marqué dans la seconde version beaucoup plus rustre à la fin du premier disque.
Autre titre à retenir sur ces bonus, "Big Black Smoke" est un titre mordant, presque méchant, et ce malgré les cloches du début et de la fin.
Il n'y a pas d'inédits sur cette réédition. Plusieurs raisons à cela. Il n'y a pas eu beaucoup de titres enregistrés, et parmi ce qui ne se trouve pas sur Face To Face, soit cela a été réutilisé plus tard, soit l'état des morceaux n'est pas assez abouti pour être publier, soit c'est tellement mauvais que le groupe ne veut pas les sortir, c'est le cas par exemple de "Lilacs And Daffodils" chanté par Mick Avory.
Contrairement à la majorité des autres rééditions réalisées par Sanctuary, celle-ci ne comporte pas de morceaux enregistrés pour la BBC pour la bonne et simple raison que la BBC et surtout Top Of The Pops ne voulait plus du groupe dans ses studios à cause du comportement des frères Davies.


Très bon   16/20
par NicoTag


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