Laura Gibson

Six White Horses, Blues & Traditionnals Vol 1

Six White Horses, Blues & Traditionnals Vol 1

 Label :     Hush Records 
 Sortie :    mardi 06 mai 2008 
 Format :  Mini Album / CD  Numérique   

Enregistré en un weekend avec un unique micro, entre la cuisine et la véranda d'une vieille bâtisse de Sellwood dans l'Oregon, Six White Horses, Blues & Traditionnals Vol. 1 est un petit recueil de chansons traditionnelles et de vieux blues que Laura Gibson aime jouer, ça m'est donc doublement agréable : d'abord parce que j'aime sa voix et sa musique, et ensuite parce que c'est l'occasion d'écrire un peu sur ces vieilleries blues que j'affectionne particulièrement.
Laura Gibson chante en jouant de la guitare, elle est accompagnée par Jason Leonard qui saupoudre des arrangements peu habituels sur ce type de musique.

Cet élégant EP commence par "All The Pretty Little Horses" : berceuse américaine traditionnelle, on la trouve dans les recueils d'Alan Lomax ; vraisemblablement la chanson aurait été écrite par une femme esclave sur une plantation. Le titre connaît des centaines d'interprétaions, il est aussi à l'origine du titre du roman de Cormac McCarthy De Si Jolis Chevaux. La voix de Laura Gibson est pleine d'émotion, de larmes presque, on entend un murmure d'homme en accompagnement avec un peu de piano. C'est chantonné, murmuré par moments, une beauté simple.
Le temps d'une toute petite minute instrumentale Laura Gibson se tourne vers le blues avec "One Dime Blues" de Blind Lemon Jefferson, bluesman dont l'influence est cruciale dans le rock. Elle est ici accompagnée par un joueur de scie musicale embauché au coin de la rue contre une bonne bouteille.

La chanson suivante a une particularité : il est plus facile de trouver une reprise de "Freigt Train" qu'un disque d'Elizabeth Cotten. Née en 1893 cette guitariste autodidacte et gauchère, qui jouait avec sa guitare à l'envers, les cordes graves vers le bas, et dont le jeu particulier est maintenant nommé Cotten Picking. Très jeune elle compose des chansons dont ce superbe "Freight Train" ; puis arrête de jouer vers 17 ans lorsqu'elle se marie ; 30 ans plus tard elle est redécouverte par les employeurs chez qui elle fait le ménage : la famille Seeger.
Laura Gibson la chante avec beaucoup de conviction et de respect. Les discrets arrangements sont assez divers, des clochettes, une scie à nouveau, des choses frottées pour donner le rythme. Cette version plutôt fidèle quoiqu'un peu plus lente, a comme les autres chansons du disque un côté intemporel, à l'écoute aveugle il serait difficile de la dater. C'est le plus beau moment de ce Six White Horses. A la même époque, Laura Veirs à enregister un EP, Two Beers Veirs sur lequel elle visite aussi quelques fantômes de la musique américaine, dont ce "Freight Train".

Parmi les folkloristes qui battaient la campagne en tout sens à partir des années 1920, aucun n'a remarqué ou trouvé l'autodidacte et fils d'esclaves affranchis Mance Lipscomb. C'est donc à plus de 65 ans, vers 1960, qu'il enregistre pour le label Arhoolie. Laura Gibson interprète assez fidèlement son "One Thin Dime", dans la cuisine, avec un petit accompagnement par Jason Leonard, quelques percussions et un vibraphone.
"Black Is The Color Of My True Love's Hair" est un chant traditionnel surtout connue grâce à la version de Nina Simone. Laura Gibson ne cherche pas du tout à la copier, ce qui serait ridicule, on dirait plutôt qu'elle souhaite remonter le fil du temps vers les origines de cette chanson qui, selon Alan Lomax, se perdent en Ecosse. La chanson s'évapore doucement au son des clochettes de Jason Leonard. C'est particulièrement émouvant.
Furry Lewis a enregistré "Dryland Blues" et une vingtaine d'autres titres à la fin des années 20. Puis il passe à autre chose. C'est 30 ans plus tard qu'il revient à la faveur du revival folk/blues. Ce blues classique est l'occasion pour Laura Gibson de terminer ce disque sur une note légère.

On voit bien que Laura Gibson plante loin ses racines musicales dans la musique américaine, et plutôt du côté sud, ce qui ne transparait pas en premier quand on écoute ses albums. S'il n'y avait pas ces arrangements, à tout le moins certains d'entre eux, il serait aisé d'imaginer qu'il s'agit d'une découverte d'un vieil enregistrement retrouvé un siècle plus tard. C'est ce qui charme dans sa musique et surtout dans sa voix. Et regrettablement, il n'y a pas de suite à ce premier volume.


Parfait   17/20
par NicoTag


  Playlist youtube, les reprises de Laura Gibson puis les originaux ou de vieilles versions pour les chansons traditionnelles
https://www.youtube.com/playlist?list=PLP750i-xbf9 ... Lp5_2Rsdkz


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