Prince

1999

1999

 Label :     Warner Bros. 
 Sortie :    mercredi 27 octobre 1982 
 Format :  Album / CD  Vinyle  K7 Audio   

Annonçons la couleur directement : 1999 est mon album préféré de Prince. C'est également l'album de la percée pour le natif de Minneapolis après quatre disques au succès plus modeste. Les deux derniers, Dirty Mind et Controversy, étaient déjà tout à fait excellents, mais pourtant, à l'écoute de 1999, on ne peut échapper à cette terrible impression qu'ils n'étaient au final que des ébauches, des jets préparatoires à l'éclatante réussite qu'est ce cinquième album. Œuvre, à nouveau, profondément égoïste : 1999 est produit, arrangé, composé et interprété par Prince seul. Même si dans les crédits de l'album, on retrouve quelques noms qui formeront son groupe The Revolution (Wendy Melvoin, Lisa Coleman ou encore Dez Dickerson), leur fonction est principalement réduite à celle de choristes – citons, néanmoins, l'exception notable de Dickerson qui joue le fameux solo de guitare de "Little Red Corvette". Même la pochette de l'album – cet espèce de collage, reconnaissons-le, un peu nul, mais à la naïveté attachante – est créée par Prince.

On a parfois tendance à l'oublier à l'ère du compact disc, et maintenant celle du mp3 et du streaming, mais 1999 est à la base un double-album. Onze titres seulement, mais tout de même une heure et dix minutes de musique : seuls deux titres dépassent à peine les quatre minutes (le rockabilly new wave "Delirious", et l'intense et froid "Something in the Water (Does Not Compute)") ; les autres atteignent régulièrement les six ou sept minutes, voire frôlent les dix minutes. Onze titres et une folle enfilade de moments exquis. Le disque commence en fanfare avec deux des meilleurs singles de Prince : "1999" et "Little Red Corvette". Deux titres qui représentent bien ce qu'on appellera le 'Minneapolis Sound' – terme inventé pour qualifier le son de Prince à l'époque, qui intègre différentes influences (funk, pop, dance, rock, new wave, électro). Le premier morceau est un up-tempo bouillonnant et hyper entêtant sur fond de guerre nucléaire ; le second est un magnifique titre aux accents rock dans lequel Prince compare l'être désiré à une voiture de sport. Prince a passé une nuit avec elle, mais la femme en question (qui a 'an ass like [he's] never seen') est une croqueuse d'hommes, qui enchaîne les relations sans lendemain. Le titre regorge d'allusions sexuelles. Le topo est un peu sordide, mais Prince sublime l'histoire sur une composition magique : synthés tantôt vaporeux, tantôt plus funky ; une voix tantôt soyeuse, tantôt rugueuse ; un beau crescendo et un superbe solo de guitare.

Les morceaux sont volontiers salaces chez Prince, comme l'incroyable odyssée sadomaso "Automatic", le groovy "Lady Cab Driver" – et sa célèbre séquence d'orgasmes féminins – ou le dépravé "Let's Pretend We're Married". Ce dernier est un morceau tout à fait original. Si le titre était sorti vingt ans plus tard, on l'aurait qualifié d'électroclash. Extrêmement minimaliste, le titre repose sur des synthés ultra-répétitifs, une boîte à rythme infernale, des paroles pornographiques – pas de place pour les allusions, ici les choses sont énoncées clairement ('I want to fuck you so hard it hurts', 'I sincerely want to fuck the taste out of your mouth', 'I need a mouth like yours to help me forget the girl that just walked out my door', et autres vers poétiques). Le morceau qui s'étire sur plus de sept minutes baigne dans une ambiance poisseuse.

Sexy, mais plus soft, l'album se termine par "International Lover" : une magnifique ballade soul dans laquelle le sexe n'est plus comparé à une bagnole de sport, mais à un voyage en avion. Les paroles peuvent paraître un peu neuneus, mais, musicalement, c'est génial : tout est en suggestion, en douceur, en élégance, avec parfois des montées en puissance, des descentes, comme si nous étions réellement à bord du Prince International – un vol paisible, mais avec ses turbulences inévitables – ou tout simplement pour imiter l'acte d'amour avec ses fluctuations, jusqu'à l'orgasme final.

Pendant les sessions de 1999, Prince compose également "How Come U Don't Call Me Anymore ?", l'une de ses plus belles ballades – un titre soul au piano d'une beauté et d'une tristesse infinies – et "Irresistible Bitch", qui seront régulièrement jouées en concert. Elles ne figureront, pourtant, pas sur l'album, mais apparaîtront en faces b des titres "1999" et "Let's Pretend We're Married". Tout ce qu'a écrit Prince à cette période est excellent, et cette excellence va durer au moins cinq ans.

Dirty Mind, en 1980, lançait déjà avec éclat la superbe décennie qu'allait être les eighties pour Prince, mais 1999 a été le coup d'accélérateur.

Thank you for flying Prince International
Remember, next time you fly, fly the International Lover


Exceptionnel ! !   19/20
par Rebecca Carlson


Proposez votre chronique !







Recherche avancée
En ligne
41 invités et 0 membre
Au hasard Balthazar
Sondages
En concert, tu n'aimes pas :