Rina Sawayama

RINA

RINA

 Label :     Autoproduit 
 Sortie :    vendredi 27 octobre 2017 
 Format :  Album / Numérique   

Björk avait gueulé en 2015, lors de la sortie de Vulnicura, parce qu'on n'arrêtait pas en interview de vanter ses producteurs masculins (Arca, The Haxan Cloak...) et de minimiser son propre apport au son de l'album. Furieuse, elle s'était lancée dans une diatribe sur la manière dont on considère les femmes artistes dans notre société patriarcale qui ne les voit que subordonnées à un homme. Et moi, en dépit de l'écho que je peux retrouver dans ce constat, je vais me retrouver à faire un peu pareil aujourd'hui, en parlant de Rina Sawayama : la présenter à travers le prisme d'un homme.

Et pour cause, si je me suis retrouvé à côtoyer le chanteuse et mannequin nippo-britannique (comme Sarah Bonito de KKB, c'est déjà bon signe), c'est parce qu'un autre type, cher à mon coeur, en a fait la pub. De fait, il produit l'intégralité de l'album : Clarence Clarity. Le producteur fou a aidé à faire connaitre la top modèle reconvertie en internet pop diva. Le son de Clarence recouvre le moindre recoin de RINA ; ses gimmicks sont partout, cette espèce de mélange ultra-riche et foisonnant entre sonorités eighties, vibes pop de la charnière 90's/00's et influences plus contemporaines (alternative RnB, vaporwave et autres délires de nerd), le tout arrosé de paillettes et capable de virer sans crier gare au noise. Pour se faire une idée de ce dont est capable le bougre décoloré, le plus exhaustif No Now sera plus parlant. Car ici il ne s'agit pas d'un album de Clarence mais de Rina Sawayama, et cette dernière est loin de se contenter d'être une voix posée sur les chansons que d'autres ont écrit pour elle.

Dans ses textes, la chanteuse parle du vortex des médias visuels ("Cyber Stockholm Syndrom" et "Tunnel Vision"), interroge la distance artificielle qui sépare star et public ("Ordinary Superstar"), adresse son propre rapport aux drogues ("10-20-40"), déclare son indépendance en dénonçant le sexisme latent du star system (notamment japonais, qui obéit aux lois du tout-kawaii, sur "Take Me As I Am"), et commente la dissonance cognitive qui vient avec la création d'une autre personnalité - et le vertige malsain de la course à la gloire ("Alterlife"). Les paroles sont fines, pertinentes et entrainantes. Musicalement, Rina est adaptable, à l'aise aussi bien dans l'explosion pop que dans la contemplation (en témoigne le superbe interlude "Through the Wire").

Finalement, le long de ces trop brèves 25 minutes, Rina canalise avec maestria les velléités frénétiques de son chien fou de compagnon ; ces deux là étaient de toute manière voués à collaborer un jour. Il est si jouissif d'entendre des relents de "Toxic" sur "Take Me As I Am" (oui oui je parle bien de Britney, ceux qui n'en pouvaient plus du revival 80's vont pouvoir se réjouir, les enfants des 90's se sont mis à faire de la musique, et pas celle que vous espériez hin hin hin), de se faire prendre à revers par les changements de tonalités ou par des accords mineurs qui deviennent majeurs sur les fins de morceaux (deux spécialités de Clarence)... Leur alchimie est parfaite et accouche d'un des objets pop les plus solides de 2017. Je n'en veux même plus à sir Clarity de nous teaser vicieusement son prochain album depuis plus d'un an et demi. Si c'est pour nous balancer ce genre de bombes alors je n'ai plus qu'à dire Alléluia et mes meilleurs vœux de bonheur à nos jeunes mariés.


Parfait   17/20
par X_Wazoo


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