Julien Gasc

Cerf, Biche Et Faon

Cerf, Biche Et Faon

 Label :     2000 / Born Bad 
 Sortie :    lundi 21 octobre 2013 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

On ne va pas se mentir, ça fait trop longtemps qu'on se connait. Ceux qui n'ont jamais entendu Julien Gasc chanter et qui vont aller sur internet l'écouter grâce ou à cause de cette chronique risquent de partir en courant au bout de 30 secondes. Et quelque part je peux les comprendre. Cette voix haut perchée d'enfant somnambule est aussi troublante que l'ouverture d'un album photo de famille jauni dans lequel votre grand-mère jeune en maillot de bain pose avec votre père chevelu qui porte des pattes d'eph. Difficile voire même malhonnête cependant de ne pas accorder le bénéfice du doute au bonhomme à la vue de son CV ! Vous devez vous imposer plusieurs écoutes, obligé. Multi-instrumentiste ultra reconnu et réputé, membre fondateur de l'iconique collectif de pop progressive Aquaserge, Julien Gasc a depuis une quinzaine d'années multiplié les collaborations prestigieuses où il a su faire preuve de rares dispositions en matière d'éclectisme en étant capable de jongler dans tous les styles tout en imposant le sien ; pop, punk, psyché, jazz, folk, chanson...Parmi son tableau de chasse du lourd : Laetitia Sadier, April March, Fuzati, Bertrand Burgalat, Philippe Katerine, etc.

C'est en 2013 seulement à 33 ans que Julien Gasc choisit de partir cette fois seul à la chasse avec ce premier album signé sur Born Bad Records le joliment nommé : Cerf, Biche et faon. Arrêtons-nous d'abord sur la pochette qui donne le ton de l'album : un portrait aux nuances 70's de l'auteur barbu (pas celle du coiffeur barbier hipster de votre quartier mais celle de votre tonton Robert en 1978) aussi vintage et psychédélique que cet album. Enregistré sur un 4 pistes très rapidement, chanté intégralement en français, cet album dévoile une multitude de sentiments. On navigue entre nostalgie, innocence, regrets, espoirs et les thèmes abordés sont couple, sexe, adolescence, maladie, famille, deuil... Une sorte de psychothérapie d'un trentenaire encore un peu ado avant le passage à l'âge définitivement adulte.

Musicalement Gasc fait ici du Gasc avec toutes les nuances que cela implique ! On pense à la pop psyché des 70's, à Gainsbourg, à Aquaserge bien sûr... Mais au-delà du style, des influences, de la production on retient surtout l'atmosphère d'antiquaire mystique étrange et intimiste... On est littéralement transporté dans ses souvenirs, chacun des 12 morceaux vous transpose vraiment ce que l'auteur ressent avec pour fil conducteur un clavier hypnotique et poussiéreux et cette voix troublante..."Canada", sans doute le meilleur titre, dont le clip est très réussi également, avec ses relents de folk américain est un hommage à son grand père disparu très émouvant. Très imagé aussi, "Infoutu de" raconte le calvaire d'une personne malade et handicapée : "Infoutu de s'habiller seul, domestique et valets présents pour te vêtir... Inadaptable, inadapté, inadaptation"... "Nos deux corps sont en toi", "Fuck", "La boucle" parlent de sexe, d'énervement, de premiers baisers... Des sentiments primaires abordés non sans humour et dans un style crade et lo-fi bien adapté. Des morceaux comme "Ensemble" "Tu m'as quitté" ou "Jouir" sont d'une beauté splénétique déconcertante où on imagine Julien Gasc en personnage magique coincé dans une boite à musique oubliée avec son piano et ses vieux instruments... Intemporel donc et surtout beau et émouvant.

Déconcertant, troublant, irritant, génial, inaudible, addictif, unique, magique, habité, imprégné... Les adjectifs et paradoxes ne manquent pas pour définir ce premier album. On peut cependant affirmé une chose ; rares sont les artistes aujourd'hui à l'identité aussi forte et capables de se livrer avec autant de sincérité et talent !


Exceptionnel ! !   19/20
par X_Plock


Proposez votre chronique !







Recherche avancée
En ligne
144 invités et 4 membres
Poukram
X_Lok
X_Wazoo
Myfriendgoo
Au hasard Balthazar
Sondages
Selon vous, quel intérêt les side-projects offrent-ils au rock indé ?