The Pop Group

Citizen Zombie

Citizen Zombie

 Label :     Freaks R Us 
 Sortie :    lundi 23 février 2015 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

On l'avait senti venir. Ils avaient annoncé leur reformation en 2010, joué quelques concerts, plus récemment sorti une compilation de leurs meilleurs titres. Pourtant, après 5 ans, on commençait à se dire qu'un nouvel album était trop demander, que tout cela n'aura été qu'une brève tentative de secouer l'arbre à billet pour voir si presque 30 ans de hiatus avaient fait gonfler leur légende. Après tout, il faut bien dire que pour un comeback c'était un étrange comeback ; en ce moment la mode est au retour de groupes ayant arrêté tout au plus il y a 20 ans. Là c'est d'un tout autre niveau ; un peu comme si DNA se reformait sans crier gare. Et puis là, mi-février, la nouvelle tombe : le Pop Group est bien ressuscité, et son artillerie se nomme ironiquement Citizen Zombie.

Dès le premier contact avec ce nouveau cru, il est déstabilisant de constater à quel point le Pop Group est à la fois transfiguré et égal à lui-même. À l'image de la production de l'éclectique Paul Epworth, ample et bien moins aride qu'auparavant, le groupe occupe tout l'espace disponible et fait jaillir sa musique de tous les pores du studio. Il n'y a qu'à voir le morceau titre : dès l'intro on est assailli par une lourde ligne de basse, une guitare à l'allure robotique, mécaniques, des plages de claviers en fond et des choeurs aigus scandant "Citizen Zombie". Que ce soit bien clair : l'économie de moyens ne sera pas le maître mot du disque. Et Mark Stewart n'a même pas encore commencé à hurler ! Lorsqu'il se pointe au micro, le voilà qui commence à dévider son fiel, et nous de s'étonner de le voir dans une telle forme à 60 ans passés. À l'écouter en 77, on doutait déjà qu'il passe l'hiver tant il semblait rongé par un ou plusieurs démons intérieurs qui le poussaient à scander sa névrose en se désarticulant. S'il aboie comme il se doit, le Pop Group mord toujours c'est certain, mais la morsure en serait presque douce sur Citizen Zombie. Les britishs ne sont plus aussi corrosifs qu'alors, mais à quoi bon faire des plans sur la comète ; même s'ils avaient fait des efforts en ce sens, ils n'auraient jamais pu atteindre leur niveau d'agressivité d'alors. Il aurait été absurde d'attendre cela de leur part, et fort heureusement avec ce retour en grande pompe le Pop Group prouve qu'il a (contre toute attente) la tête bien sur les épaules. En résulte une remise en question salutaire qui ose nous montrer un groupe ayant vieilli et évolué plutôt qu'un vieux groupe fardé pour apparaître jeune.

Alors voilà, en somme Citizen Zombie est un disque qui a su mûrir pour transformer son style – quelques boîtes à rythmes, des synthés par-ci par-là, un style presque éclectique avec des balades piano, du spoken word, des relents cold-wave, j'en passe – tout en gardant ce qui faisait sa marque de fabrique : la perversion de la pop. Le groupe n'a jamais mieux porté son nom sarcastique qu'en 2015 ; il ne s'est jamais autant approché de la pop, laissant de côté son jazz déglingué, pour mieux la détourner à son aise. Le résultat, s'il n'approche pas en puissance la terreur sublime que pouvait provoquer un Y en 1979, est on ne peut plus réjouissant. D'autant que le groupe n'oublie pas de nous rappeler à l'occasion que son groove est resté démoniaque ("Mad Truth","Box 9"). À l'heure où le comeback à moindre coût est de mise pour mieux se remplir les poches, le Pop Group a su rester fidèle à ses valeurs et laisse penser que c'est avant tout une démarche artistique qui a motivé son retour, en assumant son âge et adaptant son art en conséquence.


Bon   15/20
par X_Wazoo


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